Archives quotidiennes : 4 décembre 2015

Les villes du centre

Depuis quelques jours, nous sommes au centre du pays, tout juste au sud de l’ancienne frontière entre le Vietnam du nord et le Vietnam du sud. Cette région est reconnue pour son climat pluvieux et nous arrivons en plein dans la saison des pluies. À cette période des inondations sont même à prévoir! Nous verrons bien.

Notre premier arrêt, Hué, nous amène une autre vision du Vietnam, celle des rois, de leur cour, de leurs serviteurs et aussi de leurs somptueux tombeaux. La Citadelle de Hué, construite au début du XIVe siècle, sous les ordres de l’Empereur Gia Long, est superbe même si les rénovations sont toujours en cours sur une partie du site. Nous optons pour effectuer la visite seuls, notre après-midi est mémorable et le soleil nous fait la surprise de nous accompagner. Il fait juste assez chaud pour que notre longue marche dans la ville, traversant pont et jardins, soit des plus agréables.

Au cours de notre visite de la Citadelle, nous arrêtons dans une boutique de tableaux logée à l’intérieur des murs. Un artiste y peint une toile et nous laisse l’observer. Il s’agit de monsieur Hoang Thanh Phong. Il a généreusement peint devant nos yeux ébahis faisant apparaître sur sa toile un merveilleux paysage. Quel talent! Et quelle belle rencontre…Nous n’avons malheureusement pas rencontré sa femme, Nguyen Thi Hue qui est aussi une artiste-peintre passionnée. Ils sont propriétaires de la Gakka Art Gallery. Une belle rencontre!
Après une bonne nuit de sommeil, nous visitons une pagode et deux mausolées. Il y a tellement de touristes ici! Je m’y attendais un peu en choisissant le Vietnam comme destination. Voir arriver tout un autobus complet change le visage des sites…mais comme nous ne sommes pas les seuls à vouloir explorer ce pays et que chacun trouve la façon qui lui convient, nous faisons avec. Par contre, ce ne sont pas tous les touristes qui sont aimables et nous rencontrons parfois des personnes insatisfaites qui critiquent les changements qu’ils observent. Bien sûr les choses changent mais peut-on demander à un peuple de ne pas évoluer? Même si les choix sont parfois douteux, ils font partie de l’évolution d’un peuple et je veux bien croire qu’à la fin les ajustements nécessaires seront apportés. Depuis notre arrivée nous observons une belle jeunesse, pleine d’énergie. Malheureusement, dans certaines régions, la population devient dépendante du tourisme et perd un peu son identité. Nous préférons le contact avec la population hors de ces circuits mais ce n’est pas toujours possible.

À Hué, nous avons observé un phénomène qui nous était inconnu jusqu’ici. À deux reprises, des personnes faisant partie de groupes nous ont demandé de nous tasser pour qu’ils puissent prendre des photos à leur aise. Sans personne dans la photo. Pas demandé de façon élégante non plus! De telles attitudes me scandalisent un peu. Nous sommes tous égaux et la présence des autres touristes fait partie des visites. Nous partageons la planète et nous ne sommes pas chez nous. Je fais attention pour ne pas passer devant quelqu’un qui prend une photo, par respect, mais je n’accepte pas d’arrêter mes observations ou de me ranger pour faire plaisir à un photographe…ou à plusieurs qui m’interpellent à grand cris.

Heureusement pour nous, nous avons croisons d’autres touristes qui profitent de ce qui les entoure sans trop juger et en restant émerveillés. C’est avec bonheur que nous retrouvons par hasard un couple qui avait partagé notre repas lors de notre nuit chez l’habitant à Sapa. Une belle rencontre…
Nous quittons Hué sous la pluie et traversons en train des champs inondés. Quel spectacle de voir cette population vraiment adaptée au climat de cette région. Tous ont toujours un manteau de pluie ou un parapluie tout près. Ce matin, les déplacements en moto se font sous la protection d’une grande bâche de plastique. Comme il fait chaud ce n’est pas très inconfortable. Pas besoin de vous dire que la végétation est verdoyante!

À notre arrivée à Da Nang, nous sommes curieux de voir ce que cette ville nous réserve. On nous avait dit: « N’allez pas à Da Nang, ce n’est pas une ville touristique et l’infrastructure n’est pas aussi interessante pour vous. La majorité des touristes préfèrent aller directement à Hoi An ». Vous nous connaissez, nous avons une longue histoire d’amour avec les endroits moins touristiques. C’est le meilleur moyen de comprendre un peu plus ce qui se passe dans un pays. Nous avons donc maintenu notre projet et nous voilà!

Le lendemain de notre arrivée, nous visitons la montagne de marbre par nous même en prenant le bus local. Facile et peu coûteux! Et surtout, cela nous permet de visiter à notre rythme. La réceptionniste de l’hôtel nous a même écrit nos destinations en Vietnamien. Heureusement. Le trajet en autobus a été une aventure différente! Une personne s’occupait de placer les passagers lors de leur entrée dans le bus, de les faire payer puis de les aviser de leur arrivée prochaine à destination. Quelle concentration! Il s’adressait à la bonne personne au bon moment! Et surtout, pas de perte de temps. L’employé nous demandait de nous tenir près de la porte prêt à sortir. Quitte à recevoir une petite poussée pour aller plus vite. En effet, en entrant dans le bus, l’employé m’a un peu ‘aidée’. Je boite encore un peu suite à ma chute à Sapa et je ne devais pas aller assez vite. Sans trop réfléchir, je lui ai dit: « Don’t push me! ». Je ne suis pas sûre qu’il ait compris le sens de mes paroles mais mon regard a dû en dire long. Il ne m’a pas touchée lors de la sortie.

En marchant le long de la rivière, nous sommes émerveillés par les ponts de Da Nang. Celui qui retient davantage notre attention est le pont du dragon où un immense dragon de métal jaune serpente le long de la structure. Lors de notre passage en soirée, quelle surprise! C’est la fête de la lumière. Les ponts s’illuminent de mille couleurs, les bateaux font le trajet sur la rivière, le bord de l’eau s’éclaire de feux de toutes les couleurs et le majestueux dragon passe du vert au bleu puis au jaune. Sur le coup de 21:00, la tête du dragon crache du feu puis de la vapeur d’eau. C’est tout un spectacle! Nous étions très heureux d’avoir suivi notre idée et de ne pas avoir manqué Da Nang!

Notre visite à Hoi An est plus décevante au départ. Nous arrivons un dimanche, les rues de la vieille ville sont bondées et nous avons de la difficulté à bien apprécier le vieux quartier classé Patrimoine de l’Humanité par l’Unesco. Par contre, le lendemain nous retournons après notre visite à My Son, un site archéologique de l’époque Cham reconnu par l’UNESCO. Cette fois-ci, la vieille ville, bien que très touristique, nous semble plus calme et plus accueillante que la veille.

Nous sommes un peu fatigués suite à notre visite du site et nous rêvons d’un bon café vietnamien. Notre guide, est le fils d’un combattant qui, pendant la guerre du Vietnam, a dû se cacher pendant plusieurs mois dans les ruines qui servaient alors de base à l’armée Viêt Cong. L’armée américaine a bombardé My Son et les cratères laissés par les bombes sont encore visibles aujourd’hui. Des monuments historiques ont été détruits. Le jeune homme tenait un discours franchement anti-américain au détriment des informations que nous attendions au sujet des mausolées de cette importante époque Cham dont la maçonnerie est unique. Nous étions mal à l’aise. Nous sommes conscients que toutes les guerres laissent des traces et nous déplorons chacune d’elles. Et je n’étais pas sans penser aux conflits actuels…

En cette fin de journée, nous apprécions donc les vieilles maisons ainsi que les ponts éclairés de la vieille ville de Hoi An. Les lanternes suspendues au dessus des rues ou devant les commerces donnent une ambiance de fête. Nous y prenons le repas du soir, dans la cour intérieure d’une maison ancienne, avec comme ciel des lanternes colorées. C’est romantique à souhait! Et quelle journée pleine de contrastes…