Archives quotidiennes : 5 février 2017

Mayapan, Mani et Oxkutzcab

D’un pas léger, mon amoureux et moi marchons vers la Chaya Maya, le sourire aux lèvres. Nous aimons bien ce resto sans prétention du centre-ville  de Mérida avec sa décoration simple et sa cuisine typique de la région. Le temps est doux, le soleil se montre le bout du nez. Bien accueillis à notre arrivée, nous nous dirigeons vers la table qui nous est désignée. Il est 7 heures du matin. La journée commence bien.

Ces jours-ci, nous profitons de la liberté offerte par notre petite voiture pour découvrir les environs et ce matin, l’exploration de Mayapan figure tout en haut de notre liste de souhaits. Quoique très importantes, ces ruines sont plus difficiles à joindre par les transports en commun et ne font pas partie des circuits offerts habituellement parmi les visites guidées. Jusqu’ici, nous avons visité plusieurs sites archéologiques, autant au Mexique qu’au Bélize, au Guatemala et au Honduras. Une expérience inoubliable à chaque fois. Vous m’avez souvent entendu dire que mon seul regret est de les avoir déjà explorés, parce que je n’aurai plus jamais le plaisir de les voir avec les yeux de la première fois. Je crois que cela dit tout sur le plaisir que nous anticipons ce matin. C’est notre première visite à Mayapan. Un vrai cadeau.

Au volant de notre petite voiture, nous traversons des paysages légèrement vallonnés, des forêts parfois denses et des terres cultivables. Nous sommes au pays de citronniers et de la culture maraîchère. Un plaisir pour les yeux. Nous arrivons à Mayapan sans complication, le cœur battant. C’est avec une douce anticipation que nous abordons la visite sous un soleil ardent. Le chant des oiseaux nous accueille à l’entrée et un vent très léger s’infiltre entre les édifices, ajoutant au mystère. Il n’y a pas âme qui vive sur le site et nous en profitons pour rêver à notre guise à la vie qui se déroulait dans la ville. Le temps d’un arrêt, la lecture des descriptions devant chaque structure nous plonge dans ces temps anciens. Pendant que je prends des photos, Robert complète les informations en me faisant la lecture directement de notre guide de voyage,  assis sur une pierre ou sur une marche d’escalier. Une douce habitude.

Que nous raconte l’histoire au sujet de cette cité antique? J’ai consulté plusieurs sites et comme d’habitude il y a plusieurs contradictions, je me suis donc fiée aux informations officielles du gouvernement du Mexique.

Mayapan était une cité fortifiée, d’inspiration à la fois Maya et Toltèque. Même si les traces des constructions dans la région datent des années 300 à 600, la cité prit son essor entre les années 1200 et 1450. Elle gagna en importance à partir de cette époque et compta jusqu’à 12,000 habitants. La ville est reconnue comme étant la dernière capitale Maya du Yucatán. L’ensemble des résidences, des édifices officiels et les cénotes étaient abrités à l’intérieur des murs, construits sur des plateformes. Plus de 4000 structures ont été répertoriées.

Mayapan serait née des insatisfactions envers la gestion de Chichen Itzà. Devenue un important site administratif, les familles environnantes élisaient des membres de leurs familles pour participer à l’administration de la région. Parmi les familles très influentes, le nom de la lignée des Cocoom revient souvent. Plusieurs années plus tard, lors d’une rébellion, toute la ville fut détruite et brûlée. Selon certains auteurs, les luttes incessantes entre les différentes puissances du Yucatan auraient facilité la prise de pouvoir des espagnols.

Partout nous retrouvons des indices confirmant l’inspiration de Chichen Itzà. Un bel exemple est le Castillo de Kukulkan. Ça vous rappelle quelque chose? Certes plus petit que celui de Chichen Itzà, il n’en demeure pas moins intéressant, avec le Dieu Chac-Mool représenté à son sommet. Mais, vous vous en doutez bien, l’édifice qui m’impressionne le plus est une construction circulaire qui me rappelle l’observatoire de Chifchen Itzà.

Nous parcourons lentement l’ensemble des structures en essayant de nous imaginer les résidences couvertes de stuc et peintes de couleurs vives, les gens qui vaquent à leurs occupations. Émerveillés par tant d’ingéniosité, nous tentons de nous représenter la vie telle que vécue il a plusieurs centaines d’années, avant l’arrivée des espagnols.

Après notre plongée dans le passé, l’heure est venue de commencer nos visites des villages environnants. Certaines petites villes de la région cachent des bijoux architecturaux tels que des monastères construits à l’époque de l’arrivée des espagnols. Connue sous l’appellation « La route des couvents », cette tournée est un des rêves de mon amoureux depuis des années. Mani étant la ville la plus rapprochée, elle devient notre prochain arrêt. Un retour du passé presque brutal, conjugué au présent, dans un petit village endormi sous le soleil de l’après-midi. À cette heure-ci, tout semble désert. Il n’y a presque personne dans les rues, l’église est fermée et je me retrouve chez les policiers pour demander des informations dans un espagnol que je souhaiterais meilleur.

Après avoir rangé notre petite voiture, nous partons à pied pour explorer les environs et peut-être, trouver un endroit pour prendre une bouchée. Finalement attablés, seuls dans un immense resto, nous avons l’impression d’être à l’extérieur du temps. C’est pourtant l’heure de la comida corrida, le repas principal au Mexique, mais le resto est désert! Plusieurs hypothèses me passent par la tête. Il fait chaud et c’est l’heure de la sieste? Le resto est bien tenu, mais où sont les clients? Tout le monde est au travail?

Nous reprenons notre exploration dans les rues désertes sous un soleil qui encourage à la sieste. Avant de retourner à la voiture, nous marchons vers l’immense église aperçue plus tôt. Elle ouvrira ses portes plus tard, mais nous ne voulons pas attendre plus longtemps, il faudra bien retourner à Mérida avant la nuit.

Les murs ocres du monastère tranchent sur le ciel bleu, baigné de la lumière de l’après-midi. Encore une fois, nous sommes seuls. Robert marche près de moi et j’entends le bruit de ses pas dans l’herbe séchée, couvrant momentanément le chant timide des oiseaux.

C’est en silence que nous prenons la mesure du passé de l’immense édifice. À une époque ancienne, un missionnaire appelé Fray Diego de Landa Calderón aurait institué un tribunal religieux à Mani. Suite à ses inquisitions, des objets sacrés et des idoles Mayas furent découverts et brûlés sur un immense bûcher, détruisant ainsi presque tous les livres Mayas originaux. Une immense perte pour l’humanité.

Malgré la fin de la journée qui approche, nous décidons de faire un arrêt à Oxkutzcab, une ville tout près. Plusieurs surprises nous y attendent. Contrairement à Mani, la ville est très animée. Il y a des gens partout, vaquant à leurs occupations. Nous retrouvons avec plaisir ces bicyclettes aperçues dans la région de Rio Lagartos, mais aussi d’étranges petites voitures taxi comme celles que nous avons empruntées en Asie.

Nous voici dans un autre monde! Plusieurs femmes portent le costume traditionnel, de jolies robes blanches garnies de broderies colorées. Après quelques détours pour prendre le pouls de la vie du village, nous aboutissons à un grand marché, juste devant une imposante église. Un policier, l’air sérieux et le torse bombé, nous indique où nous stationner. Les activités du marché seront bientôt terminées et les vendeurs nettoient leur étal. En explorant les alentours de l’édifice qui abrite le marché, une autre surprise nous émerveille : la corniche de l’un des côtés du bâtiment est en réalité une longue fresque racontant des scènes de la vie de la région.

Nous sommes si conquis par la vie de ce village que nous projetons une autre visite le lendemain matin pour mieux l’apprécier. Heureux de notre journée, nous reprenons la route en suivant bien les instructions de la voix de Navmi. Il nous faut peu de temps pour comprendre que la voix n’a aucune idée qu’elle nous dirige vers des sens uniques et que nous ne pouvons exécuter ce qu’elle nous recommande. Elle nous ramène sans cesse à la même rue sous prétexte que nous l’avons manquée! Et c’est très difficile de nous diriger dans la bonne direction ou même demander notre chemin car nous n’avons pas la moindre idée de la route que nos cherchons. Nous avons emprunté des chemins de campagne pour nous rendre ici et retourner à Mérida en reprenant ces routes prendrait un temps fou. Finalement je vois un écriteau indiquant la direction de la route principale que nous avons suivie ce matin. Cette expérience, qui nous aura coûté un temps précieux, nous apprend que Navmi n’est pas idéale pour cette région-ci et que nous devrons trouver une alternative.

Nous empruntons la route vers Mérida alors que le jour est tombé. Je rêve alors d’un margarita, confortablement assise avec mon amoureux, sous les arcades d’un resto juste en face du zocalo et d’admirer les danses traditionnelles. Vamos!