Si on restait en Isan?

Notre visite en Isan date de plusieurs mois avant la pandémie, mais je vous offre tout de même cet article, en souvenir de ce peuple qui nous a profondément touchés. La pandémie influencera certainement notre façon de voyager, mais ne sera pas la fin de nos aventures. Nous allons nous adapter. Le monde a tant à nous offrir!

Notre séjour en Isan a commencé à Phimai, une toute petite ville bien loin de l’agitation des grandes agglomérations. Perdu dans cette grande région du nord-est de la Thaïlande, le village n’est qu’un minuscule point sur la carte. Nous sommes arrivés tard et très fatigués. Notre chambre était d’une simplicité déprimante et l’accueil a été ordinaire. Bien ordinaire.

La journée s’était pourtant bien amorcée. Elle a commencé tout en douceur, à Ayutthaya.

Pendant le petit-déjeuner, la propriétaire du gîte s’est assise avec nous et nous a raconté son parcours de vie. Pouvez-vous imaginer que toute petite, elle s’endormait au bruit du vent dans les bambous qui s’agitaient au loin, dans la cité ancienne? La ville n’était pas encore devenue celle que nous connaissons aujourd’hui. Ces moments privilégiés sont un vrai bonheur pour notre soif d’apprendre et de comprendre. Nous quittons à regret cette femme adorable, notre séjour chez elle étant trop court pour nos esprits curieux.

Tout se bouscule alors que nous attendons notre train, assis bien sagement sur un banc et qu’un employé de la gare nous demande notre billet. J’ai confondu deux billets de trains et je me suis trompée sur l’heure de départ! Nous avons manqué le train express avec sa climatisation et des sièges confortables. Il y a un prochain train, mais il arrête fréquemment, le trajet prendra deux fois plus de temps. Comment ai-je pu confondre les deux billets? Mon amoureux me console…mais je m’en veux.

Malgré notre déception, nous nous installons le plus confortablement possible dans le train pour admirer cette nature qui nous est inconnue. Pour la première fois depuis notre arrivée en Thaïlande, nous observons la campagne et les gens qui y vivent. Quel est leur quotidien? Où vivent-ils? Dans cette petite maison au milieu de la rizière ou dans ce petit village que nous venons de croiser? Au delà des visites des plus beaux sites du pays, notre soif de connaître les gens qui l’habitent est de loin la plus forte.

Il est déjà tard quand le train s’arrête à Nakhon Ratchasima. Mon amoureux s’empresse de négocier un tuk tuk pour nous rendre au terminus, situé à quelques kilomètres de la gare. Il nous reste une heure de route à parcourir avant de déposer nos bagages. Nous attrapons un bus presque immédiatement avec le soutien de bons samaritains pour qui l’aide semble toute naturelle. Arrivés à Phimai à la noirceur, nous descendons en face de l’horloge, tel que recommandé par notre logeuse. Un court trajet à pied, nos sacs sur le dos et nous sommes accueillis froidement à notre hôtel, quelques minutes plus tard. Notre premier contact avec l’Isan.

Finalement, même si nous arrivons tard et qu’à Phimai les commerces ferment tôt, nous prenons place dans un resto-bar où la cuisinière accepte de nous préparer un plat qui ne figure pas sur le menu. Du riz, des légumes et du tofu. Assis à une table sur le trottoir en compagnie des gens du coin venus déguster une dernière bière avant la fermeture, nous avalons notre repas, fatigués, mais heureux. Je me prends à rêver à la vie des gens d’ici.

Nous dormons bien, même si les murs de la chambre laissent passer les bruits aussi sûrement qu’une feuille de papier. Comme à toutes les fois où nous arrivons fatigués, l’endroit nous apparait bien plus intéressant après une nuit de repos. C’est le cas pour Phimai. La jeune fille qui nous a accueilli la veille et qui m’avait un peu bousculée, est souriante et polie. Nous partons à la recherche d’un endroit pour prendre un petit-déjeuner. Nous rêvons d’un café décent avant de commencer notre journée d’exploration. Nous ne serons pas très longtemps à Phimai, mieux vaut en profiter.

Le Prasat Hin Phimai, le site archéologique qui nous a attirés dans cette petite ville, était un centre religieux et politique important, relié aux temples d’Angkor au Cambodge. Les habitations d’aujourd’hui sont construites tout autour et la cité ancienne fait partie intégrante de la ville. Dès l’entrée, un musée bien documenté ajoute à notre compréhension du monde khmer. Selon les informations contenues à l’intérieur du musée, les vestiges d’occupation de la région datent d’il y 4000 à 1500 ans. Les Khmers se seraient installés à Phimai à partir du II ième siècle jusqu’au XI e siècle. Encore une fois, nous sommes fascinés par l’histoire de ces constructions anciennes. J’aime, j’aime, j’aime!

Il y a peu de touristes à Phimai, les gens sont accueillants et même, accommodants. Nous découvrons une Thaïlande que nous ne connaissions pas, avec des habitudes et des valeurs qui nous sont inconnues. Dans notre vie de nomades, il nous arrive d’être confrontés à des situations que nous comprenons mal. Après notre visite du parc archéologique, nous nous dirigeons vers le très beau musée de la ville, situé pas très loin. De nouveau, nous plongeons avec délices dans le monde khmer. J’ai l’impression que l’une des employées nous suit d’une salle à l’autre et prend des photos de nous. Je la vois uniquement du coin de l’oeil et quand je me retourne, elle baisse son appareil. Je me sens inconfortable. Mon impression devient une certitude lorsqu’elle abandonne toute réserve et croque quelques clichés de moi, à deux pas de nous. Je ne sais trop quoi en penser et sans trop réfléchir, je lui demande de cesser. No picture please. La femme, d’un certain âge, semble surprise et me regarde d’un air interrogateur. Je pointe son appareil photo et lui dit non, avec un signe de tête. Elle s’éloigne, je réalise qu’elle ne comprend pas l’anglais. Je me sens un peu mal car je ne suis pas dans mon pays et je n’ai pu m’expliquer en raison de la barrière de la langue. J’aurais dû sortir mon cellulaire et entamer une discussion à l’aide du traducteur et du clavier thaï. J’ai manqué une belle occasion de comprendre pourquoi elle nous prenait ainsi en photo et de lui expliquer mon malaise. Je le regrette même si je sais que prendre des photos des gens sans leur permission, ça ne se fait pas. C’est universel.

Phimai est connue pour son banian vieux de 350 ans. Le site est à une bonne distance, mais la marche nous permettra d’entrevoir un peu plus la ville. Allons-y!

La journée se termine alors que nos pieds demandent un repos bien mérité. Nous avons beaucoup marché, la vie de cette petite ville nous fascine.

Nang Rong, notre prochaine destination, nous servira de base pour explorer d’autres sites archéologiques d’origine Khmer. Nous devrons repasser par Nakhon Ratchasima, aussi appelé de son ancien nom: Khorat, et nous diriger vers le sud, plus près de la frontière Cambodgienne. Encore une fois, les déplacements s’effectuent facilement avec l’aide des gens. Il faut se dépêcher pour attraper la navette? Quelqu’un prend mes bagages et les transporte pour moi. Là où il n’y a pas de bus, des minivans font la navette. Malgré que l’anglais soit peu utilisé, nous réussissons à nous faire comprendre.

Le jeune homme qui nous accueille à l’hôtel parle un anglais approximatif, mais avec des efforts de part et d’autre, tout va bien. Encore une fois, la chambre est très simple, même si nous avons davantage de place qu’à l’hôtel de Phimai. Notre hébergement est situé en plein centre-ville, au milieu de la vie quotidienne et des commerces. Nous sommes enchantés.


Nos journées s’écoulent doucement alors que nous explorons les environs. Une restauratrice nous sert des plats végétariens en remplaçant la viande par du tofu. Une jeune professeur d’anglais s’intéresse aux raisons de notre séjour à Nang Rong et nous offre son numéro de téléphone au cas où nous aurions besoin d’aide. Robert achète des bas au marché et fait rire tout le monde en s’asseoyant sur un tout petit banc sur le trottoir pour les essayer.


Le chauffeur qui nous conduit aux ruines khmer nous fait cadeau deux gros sacs de friandises qu’il a cuisiné chez lui. Il vend habituellement sa marchandise au marché. Nous avons laissé les sacs à un jeune homme de l’hôtel. Il était super content.

Nous fréquentons le marché de nuit. Ces marchés sont une grande richesse de la Thaïlande. Des commerces éphémères variés s’installent le soir pour disparaître en fin de soirée, sans laisser de traces. Un peu avant la tombée de la nuit, des cuisiniers arrivent avec leur matériel: réchaud, chaudrons, tables et petits bancs attachés solidement à leur moto. La variété de la nourriture proposée m’impressionne. Tout est prêt d’avance, les légumes déjà coupés, le service efficace. Le temps de le dire, les plats sont cuisinés et nous pouvons nous asseoir aux tables installées temporairement entre les stands. À Nang Rong, le marché de nuit se tient dans une rue, fermée pour l’occasion.

Nous retrouvons avec plaisir mon dessert préféré, le sticky rice with mango. Avec le pad thaï, c’est l’une des spécialités du pays. Il s’agit d’un riz collant sucré, cuisiné avec du lait de coco. Ce plat est servi avec des tranches de mangue fraîche. Plusieurs nappent ce dessert d’une préparation au lait de coco, crémeuse et sucrée. Je n’en ajoute pas, j’aime mon sticky rice with mango nature. Il est suffisamment sucré.

Un soir, nous achetons notre sticky rice à une marchande que nous avons remarquée la veille. C’est la fête tout autour de nous et il y a de la musique. Nous sommes les deux seuls touristes et nous applaudissons chaleureusement une des chanteuses en finissant notre dessert, debout près de la scène. Le chanteur suivant nous dédie sa chanson dans un anglais approximatif. Pas besoin de vous dire que nous l’avons écouté avec attention. C’était bien!

Un peu plus tard, je m’approche d’un étal, intriguée par deux petits garçons qui s’achètent un pop sicle d’une forme très allongée. Ces friandises glacées sont conservées dans un grand bac de métal rempli d’eau. Il fait tellement chaud, comment peuvent-elles rester congelées? Les moules de forme conique sont aussi en métal. Le vendeur m’en offre un et refuse que je le paie, mon amoureux a aussi droit à son dessert glacé.

Un autre homme arrive avec de petites assiettes de carton remplies de nourriture, suivi de près par un autre. Alors que je prends des photos des moules à popsicles, mon amoureux se retrouve les mains chargées d’assiettes dégoulinantes, remplies de nourriture parfumée et ce, malgré ses protestations. Personne n’accepte d’être payé et nous nous retrouvons avec un dilemme. Nous n’avons pas faim et nous ne savons pas dans quelles conditions ces plats ont été préparés, mieux vaut ne pas les consommer. Mais nous n’osons nous en débarrasser car tous les yeux sont rivés sur nous.

La jeune chanteuse que nous avons félicitée plus tôt nous sort adroitement de cette impasse. D’une voix ferme et forte que tous peuvent entendre, elle déclare cette nourriture trop épicée pour nous et l’enlève des mains de mon amoureux d’un geste assuré, ne laissant place à aucune argumentation. Elle lui offre même de l’eau pour qu’il se lave les mains. Ouf! Quel soulagement, tout se règle sans heurt.

Notre vie hors des sentiers battus nous plaît de plus en plus. La barrière de la langue ne cause pas de problème, nous avons nos traducteurs sur nos téléphones et nous devenons de plus en plus habiles à nous en servir. Nous aimons les gens et les contacts sont faciles. Une idée a germé dans mon esprit depuis notre passage à Phimai. Je propose à mon amoureux de passer le reste notre séjour en Thaïlande dans cette région appelée Isan, bordée par le Cambodge, le Laos et bien sûr, le Mekong. Cela veut dire ne pas retourner à Sukkhotai, un site archéologique que je souhaitais revoir, ni à Chang Mai tel que prévu, mais de prendre notre temps, loin du réseau touristique habituel. Il est possible que nous n’ayons pas accès à tous les sites que nous souhaitons visiter en raison des transports parfois un peu difficiles. Ce trajet impliquera des choix, mais nous offrira certainement plus de chances de découvrir la population locale. Le moment venu, nous entrerons au Laos à la hauteur de Vientiane à partir de Nong Khai.

Une belle décision, très enrichissante. Bien sûr, nous n’avons pas appris le thaï en si peu de temps, mais nous avons vécu des expériences inoubliables. Les soirées passées à découvrir les marchés de nuit, par exemple. Nous adorons faire le tour des stalles et choisir ce qui nous plaît. Rapidement les commerçants nous reconnaissent et se souviennent de ce que nous aimons. C’est le cas de la marchande de sticky rice à Ubon Ratchathani. Plus besoin de commander, elle nous voit arriver et son visage s’éclaire d’un beau sourire. Lorsque mon amoureux lui a demandé la permission de prendre une photo, notre complicité a été scellée pour toujours.

Nous explorons ces villes qui ne retiennent habituellement pas les touristes: Surin, Ubon Ratchathani, Khon Kaen. La visite d’un musée par-ci, un temple par là, un site archéologique…nos journées se passent dans l’émerveillement.

Vous vous souvenez de cette gentille propriétaire d’un gîte à Bangkok? Lorsque nous avions fait laver nos vêtements dans une buanderie du quartier, un de mes vêtements manquait à l’appel. Pouvez-vous imaginer que lorsqu’il a été retrouvé, la propriétaire nous l’a fait parvenir à Surin, par autobus? Je lui en suis très reconnaissante!

À Khon Kaen, nous passons une soirée avec une petite famille. Deux sœurs et un frère se retrouvent réunis auprès de leur père souffrant. Nous avons passé des moments magiques en leur compagnie, le temps trop court d’une soirée. Ils nous ont fait découvrir la gastronomie de leur coin de pays, assis à une table, sur le trottoir tout en discutant de leur vie. Les deux filles habitent en Europe alors que leur frère est toujours en Thaïlande, mais il vit dans une région plus près de Bangkok. Ils seront dans nos cœurs pour toujours.

Fidèles à nos habitudes, nous prenons les transports en commun et avec l’application de localisation sur nos cellulaires, c’est un jeu d’enfant de nous retrouver. Mon amoureux est passé maître dans cet art. Un jour, en revenant du centre d’achats, un conducteur d’autobus de Khon Kaen, décide de nous aider, bien malgré nous. Nous étions à peine assis qu’il stationne sur le côté de la rue et nous demande de pointer notre destination sur la grande carte de la ville affichée sur l’un des murs à l’intérieur de l’autobus. Rassuré, il retourne au volant de son véhicule moderne et le moment venu, arrête au bon endroit. Nous descendons avec un sourire amusé.

Nous avons aussi emprunté une autre forme de transport collectif qui nous est inconnu dans notre pays. C’est une camionnette avec des bancs dans sa boite arrière. Il y a un toit pour nous protéger du soleil et j’imagine de la pluie, la saison de la mousson venue. Ces camions suivent une trajectoire établie. Il suffit de les arrêter d’un signe de la main et de monter. Nous payons le trajet en descendant aux arrêts prédéfinis. C’est ainsi que nous nous promenons en bonne compagnie parfois avec des étudiants qui, leur journée de classe terminée, font le trajet de retour à la maison debout en consultant leur cellulaire. Quel équilibre ils ont!

Est-ce que vous saviez qu’un grand marathon se tient à Khon Kaen, la troisième plus grande ville de la Thaïlande? Tout un événement! Les rues sont fermées et les participants se déplacent de partout. Nous avons rencontré un père tout fier de l’avoir couru avec son fils, avant même le lever du jour. Sa femme l’accompagnait et leur fille était venue du Japon pour les encourager. Ils sont tellement inspirants! Nous les avons rencontrés au Musée, un peu plus tard. Ils reprenaient l’avion en fin de journée pour retourner dans le sud de la Thaïlande, là où ils habitent.

Lors de notre visite au Wat That, un des beaux temples de la ville, nous sommes surpris par le nombre de personnes présentes, mais aussi par les vêtements portés par les fidèles. La plupart étaient habillés de blanc et de noir, des offrandes plein les bras. Nous avons eu l’explication lors du souper avec nos trois amis thaïs. Un moine très respecté est décédé il y a quelques mois. Dans ses dernières volontés, il voulait que ses cendres soient exposées dans ce temple, à cette date précise. Ses cendres seront ensuite dispersées dans le Mékong, juste en face de Nong Khai, la prochaine ville sur notre trajet, justement le jour de notre arrivée.

C’est à Nong Khai, une ville construite le long du Mékong, que nous terminerons notre séjour en Thaïlande et que nous traverserons au Laos, juste en face. Nous avons l’intention de visiter le parc nationaux Phu Phra Bat avec ses peintures rupestres et ses constructions dont certaines datent de l’époque Dvâravati. 

Après deux autobus et un tuk tuk, toujours guidés par les gens du pays, nous arrivons à notre hôtel situé sur le bord du fleuve mythique. Des gens sont rassemblés le long du mur qui longe l’eau, leurs appareils photo à la main, en silence. Ils observent un cortège de bateau. Les cendres du moine sont dispersées selon sa volonté.

Nous profitons de ce moment solennel pour remercier la vie de tous ces beaux moments passés en Isan. Nous reviendrons peut-être, il y a tant de choses à voir.

6 réponses à “Si on restait en Isan?

  1. Francois Jutras

    Merci de nous faire connaite et voyager avec vous dans cet bel endroit

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  2. Merci pour nous partager votre visite en Thaïlande. Le texte est bien agrémenté de très belles photos.

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  3. Vraiment intéressant merci pour ce partage! Je ne connaissais pas du tout cette région de la Thailande!

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