Kompong Thom

Qu’est-ce qui nous amène dans ce petit village situé à mi-chemin entre Siem Reap et Phnom Penh? Notre insatiable intérêt pour les sites archéologiques bien sûr, jumelé à notre désir de connaître davantage la vie dans un petit village. Le Cambodge nous intrigue et ce n’est pas en suivant uniquement les circuits touristiques que nous en apprendrons plus.

Le choix d’un hôtel nous a pas mal donné une idée de ce qui nous attend. Un patelin avec peu de services pour les touristes. Mais c’est de bonne guerre. Au fil des jours nous comprenons que le Cambodge a peu de sites d’intérêts à offrir et qu’un voyageur peut rapidement en faire le tour. Ce pays a d’autres richesses qu’il faut prendre le temps de découvrir. Nous avons le temps et surtout, le désir de comprendre le mode  de vie de ce petit pays. Il se peut que le confort ne soit pas toujours au rendez-vous!

Notre hôtelière parle le français et se fait un plaisir de nous répondre dans notre langue. Par contre, pour apprendre un peu plus sur la vie Kompong Thom, ce n’est pas elle qui m’aidera. Elle demeure très formelle et peu présente. Elle nous salue poliment, avec un grand sourire et c’est tout.

Aussitôt nos bagages déposés dans notre chambre, nous partons à la recherche d’un chauffeur de tuk tuk qui voudra bien nous amener au Sambor Pre Kuk, le site archéologique qui nous a attiré à Kampong Thom. Les négociations terminées, nous allons prendre une bouchée au seul restaurant recommandable de la ville. Ou presque…

Le restaurant est immense pour une si petite ville. Ce n’est pas surprenant, tous les autobus s’y arrêtent en allant soit vers Siem Reap, soit vers la région de Phnom Penh ou encore plus loin vers le sud. La nourriture y est assez bonne, le service assez courtois mais la propreté laisse à désirer. Mais nous avons appris avec le temps à demander que notre table soit nettoyée. Avec le sourire, cela passe mieux. Les Cambodgiens n’aiment pas être pris en défaut, c’est normal et nous sommes des invités dans leur pays.

Sur le chemin du retour vers notre hôtel, un chauffeur de tuk tuk nous aborde poliment, dans un anglais impeccable. Il propose une visite au site archéologique pour le lendemain. Il est très réservé mais ses yeux s’éteignent lorsque je lui explique que nous avons déjà notre chauffeur. Il est plus de dix heures du soir. Cet homme n’a pas de travail pour le lendemain, son regard déçu restera avec moi longtemps.

Réveillés tôt le lendemain, nous partons pour Sambor Pre Kuk après le petit déjeuner pris au même restaurant que la veille. Je reconnais certains serveurs de la soirée précédente, ils ont l’air un peu endormis et je me demande jusqu’à quelle heure ils ont travaillé. Les heures de travail sont longues ici au Cambodge et parfois le salaire n’est pas au rendez-vous.

Encore une fois, il fait beau et chaud. Nous avons environ une heure de route devant nous. Une belle occasion de découvrir la campagne. Le sourire aux lèvres nous savourons notre voyage.

Sambor Pre Kuk est très ancien, très étendu et disséminé dans la verdure. Nous désirons prendre un guide mais personne n’est libre. Juste au moment où nous débutons notre visite par nous même, notre chauffeur de tuk tuk nous appelle. Quelqu’un vient de se libérer.

Et la visite commence. Pendant presque trois heures, notre guide nous entretient de cette culture Pré-Ankorienne qui date de l’époque du 7e siècle au 9e siècle, jusqu’à ce que le pouvoir soit transféré à Angkor avec l’arrivée d’un nouveau roi. Le site a été revisité par la suite et de nouvelles constructions se sont ajoutées. Par contre, les techniques de construction sont différentes et ces édifices supportent moins bien le passage du temps. Les styles diffèrent et les dieux aussi. Au Cambodge, le Bouddhisme s’est ajouté à l’Hindouisme et il n’est pas rare que les deux religions se retrouvent dans les mêmes lieux.

C’est pour nous un véritable bonheur de découvrir ces petits édifices camouflés dans une belle verdure. Les arbres nous protègent du soleil et la visite se déroule confortablement.

D’entrée de jeu, nous réalisons que le site a été bombardé et que les édifices portent des stigmates de ces batailles. Des Vietnamiens se seraient réfugiés à travers les ruines et des bombardements auraient suivi pour les déloger. Encore une triste page d’histoire pour cette nation qui est considérée comme ayant été la plus bombardée de l’histoire. Jusqu’à maintenant…

Notre guide prend le temps de nous expliquer les enjeux qui menacent les ruines. La déforestation, les gens qui viennent couper les arbres le soir où la nuit,  d’autres qui viennent creuser pour trouver des artéfacts. Sambor Pre Kuk est immense et seulement une partie  a été explorée. Des travaux de réfection sont toujours en cours, parrainés par des pays amis. La cité est en attente d’être reconnu par l’UNESCO. Le processus sera peut-être terminé d’ici deux ans. Est-ce que cela sera suffisant pour protéger ce patrimoine laissé aux habitants de ce pays? Quelles en seront les conséquences pour le personnel déjà en place? Qui sait.

Nous avons aussi une belle discussion avec notre guide au sujet de la vie à la campagne et les enjeux concernant la survie de son peuple. L’importance de l’éducation, son regret de ne pas avoir pu pousser ses études comme il l’aurait souhaité, sa reconnaissance envers ceux qui lui ont donné la chance d’étudier et son désir de transmettre ses connaissances aux jeunes de sa communauté. Il donne de son temps à des élèves afin de leur enseigner l’anglais.

Même si la majorité des gens n’en parlent pas ou ne font que le mentionner, nous constatons que ce pays a été durement touché par les guerres. Ce peuple est travaillant, la population jeune et dynamique. Nous leur souhaitons des jours meilleurs.

Nous remercions chaleureusement notre guide, la visite a été plus longue que prévu, il a été très généreux de son temps. Un petit pourboire lui témoigne de notre gratitude.

Notre chauffeur de tuk tuk nous reçoit avec un « Je vous attends depuis trois heures!  » Bien sûr! Nous lui avions dit la veille, cela faisait partie de la négociation du prix. Mais je crois qu’il ne nous avait pas crus…C’est bien mal connaître notre passion!

Sur le chemin du retour, notre chauffeur s’arrête à une intersection: « Voulez-vous prendre les routes de campagne? » Sans aucune hésitation, nous acceptons. Une heure pour nous promener à travers les petits hameaux, les rizières et les cultures de lotus! Quel bonheur! La campagne est beaucoup plus propre que Kampong Thom et ses alentours. Il existe bien de petits amoncellements de détritus près de certaines habitations, mais ce n’est pas généralisé.

Nous avons appris lors de la discussion avec notre guide du matin que plusieurs membres de la population ont de la difficulté à se nourrir tous les jours. Même lui doit compléter ses revenus par un travail occasionnel dans une rizière. L’état de ses mains nous le confirme. Une chaude lutte non seulement pour nourrir sa famille mais aussi pour éduquer leur enfant et peut-être, de compléter ses propres études. Ce que nous lui souhaitons de tout coeur. C’est à lui et à tous les autres qui travaillent si fort que nos pensées vont en traversant cette verdoyante nature. C’est aussi en souhaitant que l’homme réalise à quel point cette nature est merveilleuse mais qu’il la met à risque en la fragilisant avec ses détritus, en polluant ses cours d’eau et en en décimant ses forêts pour cuisiner. Ou tout simplement pour la vente de son bois précieux.

Nous revenons à notre hôtel, pleins de poussière mais le sourire aux lèvres. Kampong Thom vaut le détour. Nous repartons demain pour Phnom Penh.

Une réponse à “Kompong Thom

  1. Janine , Robert

    Temple Samba Pré Kuk (des anges)
    De l’art, aprés tant d’années (pour grandir),c’est beau
    Des sculptures Kmer du 7e siècle,le progrés n’a rien à y voir…….

    J'aime

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