Ayutthaya, une visite trop brève.

Nous aimons prendre le train et ceux de la Thaïlande ne font pas exception, c’est une petite aventure à chaque fois. Aujourd’hui, notre plaisir est de courte durée, le trajet entre Bangkok et Ayutthaya dure à peine une heure trente et lorsque le train s’arrête, nous avons l’impression d’avoir à peine quitté la grande ville.

Aussitôt sortis de la gare, nos sacs sur le dos, des chauffeurs de tuk tuk proposent leurs services les uns après les autres. Ils demandent cher pour nous amener à notre guesthouse et ne laissent place à aucune négociation. Il fait très chaud et en quelques minutes nos vêtement sont trempés. Finalement, juste de l’autre côté de la rue, un conducteur accepte un compromis. C’est plus cher qu’à Bangkok, mais il fait trop chaud pour marcher avec nos sacs.

Nous voici enfin à Ayutthaya, cette ancienne capitale du royaume de Siam, avec ses merveilles d’un autre temps.

Selon l’UNESCO, cette cité fondée en 1350 était densément peuplée, florissante et même cosmopolite. Son influence s’étant étendue considérablement suite à la chute d’Angkor, elle avait développé un réseau de communications avec l’ensemble du monde dont la France, l’Inde, la Chine. Son style unique et sophistiqué en faisait une ville moderne avec ses routes, ses douves et une gestion de l’eau digne d’une brillante technologie. Le royaume fut saccagé en 1767 lors d’une des occupations birmanes, sa population fut chassée. Ayutthaya ne fut jamais reconstruite au même endroit et les pouvoirs de la capitale furent déplacés sur la rive du Chao Praya, juste en face de l’actuelle Bangkok.

C’est pour nous un retour, mais la ville est tellement changée que nous avons l’impression de la voir pour la première fois. La cité moderne a pris de l’ampleur, construite autour des ruines et des monastères bouddhistes qui en font aujourd’hui partie intégrante. Ravis, nous entrevoyons l’occasion d’admirer des Bouddhas de toute les grandeurs et de toutes les formes, dans des temples richement décorés où les fidèles font leurs prières et déposent leurs offrandes.

J’avais prévu faire le tour des ruines en vélo, tel que suggéré dans les guides. Mais le court trajet entre la gare et le guesthouse démontre d’une façon incontestable que la circulation est trop dense pour moi. Le parc historique est situé sur une île, entourée de trois cours d’eau, dont le Chao Praya. Des ruines de cités très anciennes, d’une construction préalable à celles d’Ayutthaya, sont situées sur les rives avoisinantes. Amateurs de vieilles pierres, ces ruines nous attirent. Pour visiter l’ensemble des points d’intérêt, il faut donc parcourir la ville dans tous les sens, traverser les ponts d’une rive à l’autre. Il faudra trouver une autre façon d’effectuer nos visites car nous ne voulons pas nous concentrer uniquement sur le parc historique, qui lui se fait assez bien à vélo. Je ne suis pas assez habile pour conduire dans cette circulation et je ne veux pas prendre de risques.

Nous comprenons rapidement que nos deux nuits à Ayutthaya ne seront pas suffisantes. Nous manquerons plusieurs vestiges ainsi que le Musée.

Notre guesthouse est situé sur l’île, dans une ruelle calme et notre hôtesse est accueillante. La chambre est spacieuse et bien organisée avec grand balcon, une table, des chaises, enfin tout pour rendre un séjour confortable. Dommage que nous repartions si vite.

En soirée, nous devons acheter nos billets de train pour notre prochaine destination. Notre hôtesse confirme que l’achat doit se faire obligatoirement à la gare. Lorsque nous voyageons sans itinéraire fixe, la prévision de l’étape suivante n’est pas à négliger pour éviter les mauvaises surprises. En ce qui concerne la Thaïlande, nous n’avons pas encore terminé la planification de notre parcours, mais nous savons que notre prochaine destination est Pi Mai. Il suffit de vérifier s’il reste de la place sur le train ainsi que l’heure du départ. Nos guides de voyage contiennent une partie des informations, mais celles-ci sont parfois différentes sur le terrain. Alors mieux vaut être vigilants et nous rendre à la gare sans tarder.

Nous empruntons une embarcation qui fait la navette entre les deux rives, nous adorons cela. Nous voilà transformés en deux gamins qui tournent une activité bien anodine en aventure! Le billet de train acheté, nous explorons cette partie de la ville avant de reprendre le bateau vers notre hôtel. La nuit tombe rapidement en Asie et il fait déjà sombre lorsque nous montons dans la navette en compagnie de deux cyclistes avec leurs vélos. Soudain, le conducteur s’exclame, les yeux de mon amoureux s’arrondissent. Le bras de vitesse du moteur est resté dans les mains du batelier. Il se précipite aussitôt vers une boite à outils rangée à côté des sièges, près de nous. Unijambiste, il se déplace à toute vitesse en utilisant presque uniquement ses bras. Quelle force!

Nous dérivons, la rive s’éloigne, la tension devient palpable. Un des cycliste s’avance vers le conducteur et l’éclaire à l’aide de son téléphone alors que la compagne du batelier sort son cellulaire. Elle fait un appel et malgré la pénombre, je lis l’inquiétude sur son visage éclairé par la lueur de son téléphone. Le quai s’éloigne de plus en plus. De loin, une femme avec une chemise fleurie fait de grands signes de son embarcation, je crois qu’elle est prête à nous remorquer si cela devient nécessaire. Après plusieurs aller-retour entre la transmission et le coffre à outils, le chauffeur réussit à redémarrer le moteur. Malgré des bruits un peu inquiétants, notre bateau se dirige vers le quai de départ où nous attend une autre femme. Je reconnais celle qui nous a vendu les billets à la guérite. Elle nous fait descendre tandis que la femme à la blouse fleurie s’approche, elle prendra la relève. Pendant que notre barque s’éloigne, le conducteur sort de son bateau et l’amarre solidement. La mine renfrognée, le dos courbé, il s’éloigne lourdement sur ses béquilles. Je suis désolée pour lui. Sa soirée de travail est terminée et je n’ose imaginer ce que cette dépense imprévue signifie pour lui.

Le lendemain matin, notre hôtesse tarde à se montrer, pourtant c’est elle qui prépare notre petit-déjeuner. Peu de temps après, notre hôtelière apparaît. Les cheveux ébourifflés, les yeux un peu enflés, elle raconte les aventures de sa nuit. L’un des invités a laissé un robinet ouvert et la pompe fonctionnait sans arrêt. Pas question de frapper aux portes des chambres pour identifier d’où venait la fuite et de réveiller tout le monde. Elle a donc fermé la pompe pour éviter de brûler le moteur, quitte à se lever à toutes les heures pour repartir la pompe pour quelques minutes dans le cas où quelqu’un aurait utilisé la toilette. Quelle nuit pour elle!

Pendant que nous prenons notre petit-déjeuner, notre aubergiste discute avec son chauffeur de tuk tuk. Elle a proposé de nous aider à organiser notre journée, elle connait bien le site et son histoire, son aide est appréciée. Elle suggère un trajet qui alternera entre les vestiges du passé, les temples plus récents et en fin de journée, une balade en bateau nous amènera vers des sites un peu plus excentrés sur le bord de l’eau. Nous pourrons observer ainsi le coucher du soleil sur les ruines. Ce programme nous convient et nous partons.

À l’heure du dîner, pendant que nous dégustons un pad thai dans un petit resto, je sors la carte de la ville ainsi que nos bouquins. Jusqu’ici nous avons fait confiance au trajet proposé par notre hôtesse. Nous avons aimé nos visites de la matinée, mais les déplacements dans la ville prennent du temps et la journée passe vite. Mieux vaut mieux nous impliquer davantage dans le choix des temples si l’on veut voir ce qui est important pour nous!

Le chauffeur ne parle pas anglais et notre thai est nettement insuffisant, mais nous réussissons à nous comprendre. Curieusement, il semble soulagé de notre implication, il fait un large sourire et le plan de l’après-midi est réglé en un tour de main.

En fin de journée, alors que le bateau nous amène vers les derniers sites de la journée, mon amoureux choisit de rester tranquille et de ne pas descendre du bateau pour les dernières étapes. C’est bien la première fois!

Après une douche apaisante, nous soupons dans un restaurant en bordure de la rivière. Un chansonnier interprète des chansons internationales. Il fait beau, il fait doux. Tout va bien.

Demain nous partons pour Pi Mai.

Bangkok, la deuxième chance

En toute honnêteté, notre premier séjour en Thaïlande ne m’avait pas trop plû. Bien sûr, nous avions vu des paysages magnifiques, des temples à faire rêver et d’impressionnantes ruines, témoins d’un passé glorieux. Mais nous avions aussi rencontré des personnes brusques, impolies et les tentatives d’arnaques n’avaient pas manqué. Personnellement, j’étais revenue au Québec avec un goût amer. Incapables de sortir des sentiers bien balisés du tourisme thaï, j’avais le sentiment que nous avions manqué l’essentiel. Lire la suite

Revoir Phnom Penh

Pourquoi c’est Phnom Penh qui nous est venu en tête alors que nous cherchions un endroit pour bien débuter notre voyage en Asie?

Probablement parce qu’il y a quelques années, notre premier séjour dans la capitale du Cambodge nous a séduits, particulièrement après que nous ayons découvert l’hôtel Anise. Nous avions le désir de revenir dans cet endroit au charme presque surrané, avec son personnel accueillant et son décor absolument dépaysant. L’établissement est tenu par une charmante dame que nous retrouvons avec plaisir. À ma grande surprise, elle nous reconnaît et vient nous saluer avec ses yeux brillants et son sourire irrésistible.

Lors de notre première rencontre, il y a trois ans, elle m’avait expliqué qu’elle a dû fuir son pays lors de la guerre. Cette gentille dame m’a dit: surtout expliquez bien à vos lecteurs que j’ai dû recommencer à zéro, je n’avais plus rien! Je crois me souvenir qu’elle m’avait parlé de plusieurs emplois à la fois pour arriver à joindre les deux bouts et à élever sa famille. Elle est de retour dans son pays depuis quelques années et participe activement à l’économie de sa ville en employant des jeunes.

L’hôtel est un vrai oasis de paix dans une ville exubérante, en pleine expansion. Un peu partout dans la capitale, d’immenses gratte-ciel sont en construction à travers les maisons coloniales, fiers vestiges d’un passé qui n’existe plus. Dans certains quartiers, ces résidences sont un peu prises en étau entre des édifices modernes, construits tout en hauteur. Lors de nos promenades dans les rues, il faut lever la tête pour les apercevoir, car leur rez-de-chaussée est souvent occupé par des commerces ou simplement masqués par des grilles. Comme toutes les grandes villes, le meilleur et le pire se côtoient, la pauvreté et l’opulence, la propreté et l’insalubrité. Les parfums d’une cuisine succulente et les odeurs d’égouts.

Nous avons l’impression que le nombre de scooters et de motos a considérablement augmenté depuis notre première visite. Déjà qu’il n’était pas évident de circuler à pied le long des rues, les trottoirs devant les commerces sont devenus des stationnements pour les véhicules à deux ou à quatre roues. Pour louer un emplacement, il suffit de payer au préposé. Il replace les motos au besoin, il aide le conducteur des voitures à reculer en toute sécurité et il n’hésite pas à arrêter le traffic si nécessaire! Un nouveau négoce est né, à un point tel qu’il est parfois difficile d’entrer dans un commerce. Se faufiler entre les motos stationnées, devient un art et en faire tomber une pourrait avoir un effet domino que je souhaite éviter à tout prix. Croyez-moi, je suis tout à fait capable de cette maladresse!

Pour nous déplacer à pied, nous en sommes réduits à contourner les autos stationnées dans tous les sens, en longeant ce qui reste de trottoir. Mieux vaut marcher face à la circulation pour voir venir les vélos, les tuk tuk, les motos et les voitures, sans oublier de regarder de tous les côtés. Nous partageons le bord de la route et à certaines heures, la circulation devient un heureux chaos où chacun réussit à se faufiler. Parfois, des familles complètes prennent place sur une moto. Souvent le conducteur ne porte que de simples gougounes…

Pour traverser, la règle reste simple. Cela ne sert pas à grand chose d’attendre son tour. Il ne vient pas. La ville n’est pas conçue pour les marcheurs. Mieux vaut s’avancer doucement, d’un pas régulier en s’assurant le plus possible d’avoir un contact visuel avec les chauffeurs que nous croisons. Un motocycliste qui discute au téléphone n’est pas plus rassurant ici que chez nous.

Malgré tout cela Phnom Penh demeure une ville paisible, ses habitants aussi. Il suffit d’un simple sourire qui vient du coeur pour qu’un visage s’éclaire en retour et que la barrière de la langue s’estompe.

Il n’y a pas beaucoup de visites à effectuer à Phnom Penh. Nous avons vu le Palais royal, le Musée National ainsi que les marchés et c’est avec plaisir que nous retrouvons la jetée le long du Tonlé Sap, le resto Friends, la librairie Books Monument et bien sûr, l’hôtel Anise. Nous avons décidé de ne pas visiter les Killing fields, ni le Musée du génocide. Après avoir beaucoup lu sur ce génocide, nous ne souhaitons pas nous y retremper. Cela nous rappelle trop qu’encore aujourd’hui, de vastes crimes sont commis envers l’humanité, juste devant nos yeux.

Quarante ans après la libération du pays du joug des Khmers rouges, nous observons une jeunesse vivante, un peuple travailleur. Le pays continue à se reconstruire, jour après jour. Dans plusieurs villes du Cambodge, il est possible de contribuer à une cause pour aider la population à risque. Soit en fréquentant un restaurant qui emploie des jeunes en difficulté et leur enseigne un métier, soit en achetant dans un magasin qui vend des produits confectionnés par des personnes handicapées ou par des femmes sorties de la prostitution. Pour vraiment aider, il suffit d’ouvrir l’oeil et de se renseigner sur la légitimité de la cause.

Le Cambodge essaie aussi de prendre soin de ses enfants. Le ChildSafe Movement dont le mandat est de protéger les enfants de la prostitution, en est un bon exemple.

Une autre bonne façon d’aider l’endroit que nous visitons est d’acheter et de consommer des produits locaux afin de permettre à la population de gagner sa vie. Loger dans de petits hôtels et manger au restaurant du coin alimente l’économie locale. C’est une règle que nous essayons de respecter peu importe le pays où nous sommes. C’est encore plus vrai au Cambodge.

En nous promenant dans la ville, je ne peux oublier qu’à l’arrivée des Khmers rouges, elle a été pratiquement vidée en l’espace d’une journée et qu’aujourd’hui, elle revit de son mieux, au fil des jours. Nous avons encore tant de questions sur la façon dont les survivants se sont réorganisés!

C’est un hasard de la vie qui se charge de fournir les réponses, par le biais d’un chauffeur de taxi.

Nous quittons le Cambodge le 7 janvier, exactement quarante ans après la libération des Khmers rouges. La ville est très calme, la plupart des commerces et des services sont fermés. La population se souvient. En circulant dans les rues anormalement calmes, notre chauffeur de taxi nous raconte ce que sa famille a vécu, ce que son peuple a subi. Il nous raconte le retour de sa famille dans cette ville vidée de ses habitants, quatre ans plus tôt. Nous lui demandons la question qui nous brûle les lèvres depuis quelques jours: est-ce que les gens ont pu retrouver leur maison? Non, ceux qui revenaient avaient le droit de s’installer dans une maison à la condition qu’ils soient les premiers à occuper. Elle leur appartenait dorénavant. Vous comprenez alors que la plupart des propiétaires étaient probablement décédés. Comment savoir? Il fallait faire vite pour avoir un toit pour la famille, c’est ce que ses parents ont fait. La ville a été rebâtie peu à peu, sans eau, ni électricité. Sans hôpitaux, sans écoles non plus. Toute une génération de gens instruits avait été décimée, ceux qui pouvaient soigner ou enseigner avaient été considérés des intellectuels, donc éliminés.

C’est avec fierté que le chauffeur regarde autour de lui, qu’il nous montre d’un geste à quel point cette ville a évolué depuis 40 ans. Il nous décrit la résilience de son peuple, avec l’aide reçue de certains pays. Il nous dit, presque ému: vous êtes chanceux que je vous raconte tout cela. Vous savez maintenant.

Oui, nous savons maintenant et nous écoutons, avec respect.

Nous aimons Phnom Penh, profondément. C’est avec un peu de tristesse que nous quittons le pays et ses habitants si chaleureux.

Bangkok nous attend.

Retour à Siem Reap

Les fêtes de Noël et du premier de l’An sont toujours un peu délicates à vivre lorsque nous sommes en voyage. Est-ce parce que les fêtes habituelles de notre pays, nous manquent? Pas du tout. Nous pensons souvent à notre famille et à nos amis, mais les communications sont si faciles de nos jours que la distance n’a plus beaucoup d’importance. C’est pour une autre raison que nous devons porter attention à ces périodes de l’année: la montée des prix de l’hébergement. Même si Noël n’est pas une fête Cambodgienne, la saison touristique bat son plein, plus de visiteurs profitent de leur congé pour visiter le pays et les prix augmentent de façon vertigineuse, pour redescendre dès le lendemain du Jour de l’An. Il devient difficile de se trouver un hébergement convenable, à un prix abordable. À chaque année, nous essayons de prévoir le coup et de choisir d’avance un endroit où nous serons bien.

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La vie rurale de Kratie

Il fait beau, il fait chaud, c’est la saison sèche au Cambodge. Nous dormons à Kratie, une petite ville située plusieurs heures au nord de Phnom Penh. Un peu perdue dans les rizières, elle longe le Mékong, ce fleuve mythique qui alimente mes rêves de voyage depuis si longtemps.

Les attractions principales de la ville sont les dauphins d’eau douce, le temple Phnom Sombok ainsi que le tour de l’île de Koh Trong en vélo. Ces visites sont certainement intéressantes, mais ce n’est pas ce qui nous attire aujourd’hui. Même en faisant le tour de l’île en bicyclette, il nous manquerait des explications que seul un habitant de la région peut nous offrir. Une personne qui parle la langue du pays et qui nous aiderait à comprendre la vie quotidienne des habitants de la région, sans que nous nous sentions des intrus ou des voyeurs. Après avoir refusé les excursions habituelles à l’agence de voyage du guesthouse où nous logeons, nous demandons des références pour un chauffeur de tuk tuk qui parle un peu l’anglais. Tous les conducteurs habituels semblent déjà occupés, mais nous gardons confiance. Quelques coups de fil plus tard, nous avons notre guide. Il ne sera pas libre avant une heure, mais cela nous importe peu. Nous voulons aller dans une petite ville appelée Chhlong et il nous y amènera. C’est parfait pour nous.

Sokcheat arrive un peu à l’avance et descend d’un tuk tuk tout neuf. Il arrive tout juste d’une autre sortie avec d’autres touristes. Il nous emmènera à Chhlong mais nous devons aller chercher sa remorque, munie de sièges bien rembourrés, tirée par une moto. Ce sera plus confortable et plus rapide. Elle est garée chez lui. Parfait, cela nous convient. Vous venez?

En chemin vers sa maison, notre guide nous indique un petit resto tout propre. Il s’arrête brièvement pour parler avec sa femme et taquiner sa petite fille. C’est leur nouveau restaurant, il reviendra y travailler à notre retour, en fin d’après-midi. Sa femme nous suit en moto pour aider son mari à sortir le tuk tuk-remorque du fond de la cour. Et voilà, nous sommes prêts! Ils font une bonne équipe ces deux-là.

Le coeur battant, nous prenons la route à travers les rizières et les champs de maïs, émerveillés par la campagne qui nous entoure. Mon compagnon a le sourire aux lèvres, moi aussi. Ces aventures nous plaisent tellement! Nous en avons plein les yeux, habités par un grand sentiment de liberté. C’est le bonheur du vagabondage, le sentiment indescriptible de ne pas savoir ce qui nous attend et d’en être heureux.

Des maisons sur pilotis bordent la route, au détour d’une rizière nous apercevons d’autres maisons au loin, construites autour d’un potager. Comment vous décrire ces maisons? J’essaie de les prendre en photo au passage, mais la route est cahoteuse et je photographie tantôt le ciel, tantôt la terre. Alors je m’essaie avec les mots.

Construites de bois devenu grisâtre avec le temps, ces maisons sont érigées sur de hauts pilotis. Pourquoi sur pilotis? Parce que le Mékong gonfle considérablement pendant la saison des pluies et qu’il envahit les terres. La famille vit dans la partie haute. Dans les maisons plus anciennes, le plancher est construit de lattes de bois, un ingénieux procédé qui laisse passer l’air ainsi qu’un peu de fraîcheur. Le dessous des maisons est ouvert, à même la terre battue. L’arrangement de ces espaces dépend des besoins et des intérêts de la famille. Parfois ils sont le domaine des poules et des coqs, parfois ils servent de rangement pour des outils de toutes sortes et à l’occasion, ils sont d’un fouillis indescriptible. Pour certaines familles, c’est un refuge protégé par l’ombre de la maison, un royaume de la saison sèche, aménagé avec table et chaises, hamacs et articles de cuisine. Un endroit où il fait bon se reposer, un endroit où il fait bon recevoir des amis et des voisins.

Devant les maisons, des structures de bois sont installées, ressemblant à de grandes tables un peu basses. Les familles semblent les utiliser à différents usages. Les femmes s’y installent pour exécuter des travaux, assises sur la structure. Elles s’y retrouvent pour discuter entre elles, pour déposer leurs instruments de cuisine et préparer la nourriture ou encore pour vendre leurs productions. Cela semble un lieu pour le travail, un lieu de partage et aussi un lieu de repos à l’heure de la sieste.

Plusieurs habitants ont installé un petit commerce devant leur maison, souvent près de la route. Cela leur permet de gagner leur vie ou simplement d’ajouter à leurs revenus. Pour chaque communauté, il est possible d’acheter presque tout à proximité:  des  sucreries, des légumes ou de l’essence. Il n’y a pas de poste d’essence à la campagne et les habitants ont trouvé un autre moyen de s’approvisionner. Cela ressemble à une petite pompe installée sur un grand baril. Très ingénieux et surtout, très utile!

Dans la ville de Chhlong, de magnifiques anciennes maisons coloniales de l’époque française bordent le Mékong. Témoins de l’ancienne Indochine, elles ont été abandonnées puis habitées par des Cambodgiens qui n’ont pas nécessairement les moyens d’entretenir ces grandes maisons. Des commerces se sont installés au rez-de-chaussée et forment maintenant un marché.

Avant de partir pour la journée, nous avons lu un article au sujet de l’une de ces maisons qui a été restaurée et qui est devenue un gîte appelé le Relais de Chhlong. Sokcheat ne connaît pas l’endroit, mais en peu de temps il le trouve et nous obtient la permission de visiter. C’est tellement beau et bien rénové! J’y passerais volontiers plusieurs mois pour y écrire!

Nous visitons ensuite deux familles qui produisent des nouilles de riz. La technique de la première se rapproche une peu d’un travail à la chaîne, même si les instruments utilisés nous semblent un peu rudimentaires. Mon amoureux ne tarde pas à s’impliquer pour aider les femmes à presser sur la pâte afin que les nouilles ressortent du contenant prévu à cette fin. C’était bien aimable de sa part, mais les femmes lui ont démontré qu’elles ont trouvé leurs propres trucs pour bien fonctionner. Mais je crois qu’il a aimé l’expérience!

Un peu plus loin, une autre famille prépare leurs nouilles de riz avec des moyens plus près des habitudes ancestrales. Elles vendent leur production aux habitants de la région.

Tout le reste de l’après-midi nous rencontrons d’autres femmes. Certaines opèrent des appareils pour émonder le riz, d’autres préparent des sucreries au lait de coco. Une de ces femmes cuisine des collations au riz qu’elle vend à l’entrée du temple tout près. Nous y avons goûté et c’est délicieux. Cette femme nous a raconté son histoire. Elle a perdu son mari dans les bras du Mékong alors que ses trois fils étaient en bas âge. Elle les a élevés seule. Aujourd’hui, ses enfants sont grands et gagnent leur vie, mais elle tient à travailler pour ne pas vivre à leurs crochets. Une femme d’une beauté touchante, d’un air calme et digne.

Tout au long de notre périple, à tous les endroits où nous arrêtons, Sokcheat nous présente et demande la permission de nous arrêter. Jamais nous avons l’impression de déranger ou de ne pas être à notre place. Les discussions se déroulent simplement et notre guide traduit facilement les propos ou les questions. Il s’amuse avec les enfants, goûte les plats cuisinés, s’intéresse aux personnes visitées. Il connaît presque tout le monde! Il est content de nous faire découvrir son univers et nous sommes heureux de nous sentir si bienvenus.

De retour au guesthouse, ravis de notre journée, nous demandons à notre chauffeur s’il a des suggestions pour le lendemain. Nous prenons entente pour un trajet dans une autre région.

Le lendemain matin, Sokcheat nous retrouve, le sourire aux lèvres, il fait ce qu’il aime. Pourtant, sa nuit a été courte, il a fini tard au restaurant. Nous commençons notre tournée par un arrêt dans des usines où sont fabriquées des briques à base de glaise. Robert et Sokcheat donnent un coup de pouce à un très jeune homme et à sa mère. Ils sont seuls et ne pourront peut-être pas fournir une production suffisante dans la journée. Nous sommes bouleversés par le jeune âge du garçon.

Nous traversons ensuite le Mékong sur un traversier en compagnie de camions et de motos de toutes les couleurs.

Aujourd’hui encore, nous avons le privilège de rencontrer des familles qui ont développé différentes stratégies pour gagner leur vie. La récolte du riz est terminée et ils s’adonnent à d’autres tâches comme baratter du sucre de palme après l’avoir fait bouillir dans un énorme chaudron de métal placé sur un feu de bois, à l’extérieur de la maison. Bien sûr, mon amoureux a fait l’essai du barattage, avec une certaine adresse, je dois l’admettre. Puis ce fut la rencontre d’une famille qui prépare des bananes panées et frites. Pendant ce temps, notre guide taquine les enfants, prend un bébé et nous raconte le vécu des habitants de son coin de pays. Se révélant de plus en plus, il nous parle de sa famille, de ses projets, de ses défis.

Sa joie de vivre est contagieuse, malgré une vie exigeante. Il ne faut pas oublier qu’après ses journées de travail, il rejoint sa femme pour travailler au restaurant.

La pauvreté est présente partout. Nous avons rencontré des gens qui travaillent fort, qui ont imaginé des projets ingénieux pour survivre, qui ont pris du temps pour nous faire goûter leurs productions ou pour nous raconter un bout de leur histoire par la bouche de notre guide. Sokcheat a su nous ouvrir les portes afin que tous soient à l’aise d’échanger. J’ai adoré m’asseoir parmi ces femmes et les écouter discuter avec notre guide dans ce langage si mélodieux que nous ne comprenons pas. Nous étions bien, nous étions émerveillés.

Nous sommes rentrés sous un ciel rosé par le coucher du soleil sur le Mékong, ravis d’en savoir un peu plus long sur cette vie cambodgienne. Merci la vie.

❤️ Information utile:

Pour retrouver Sokcheat composer le + 85560647227 pour un appel international. Pour un appel local: 060647227

 

Antigua, à l’ombre des volcans.

Nous allons débuter la nouvelle année à Antigua, à l’ombre des volcans. Ville rêvée pour faire la fête ou pour se détendre, en amoureux ou en famille, Antigua offre un cadre bien différent de Livingston, que nous venons de quitter. Située en montagne, son architecture coloniale a tout pour charmer ceux qui rêvent d’ailleurs, comme nous. Avec sa gastronomie variée, ses bons restaurants, sa cuisine de rue, Antigua séduit. Tout est délicieux. Son ambiance aussi, presque magique. Nous y passerons une semaine. Lire la suite

El Remate, entre la jungle et le lac.

Vous cherchez une petite bourgade, tranquille, près des sites archéologiques du nord-est du Petén? El Remate répond à tous ces critères. Située le long de la route menant à Tikal, entre la jungle et le lac Petén Itzá, elle offre une pause nature inégalable. C’est la première fois que nous y résidons. Notre but est de nous rapprocher des sites mayas peu accessibles de cette région. C’est notre dernier arrêt avant de retourner au Belize et nous avons bien l’intention d’en profiter. Lire la suite

Flores, ville du Petén.

Flores assure un point de chute intéressant pour visiter Tikal et les autres sites archéologiques du Petén. Elle est divisée en deux sections, l’île de Flores et Santa Elena. La plupart des touristes choisissent de séjourner sur l’île. Les commerces, l’hébergement et les restaurants n’y manquent pas. Le soir, les tuk tuk n’ont plus accès aux rues. Seuls les taxis peuvent y circuler. Mis à part les bars situés près du pont qui sépare l’île de Santa Elena, les rues sont paisibles. L’île est très jolie.

Santa Elena, quant à elle, n’offre rien de particulier, elle n’est pas prévue pour recevoir les touristes. C’est là que nous avons choisi de séjourner. Lire la suite

Livingston, entre le fleuve et la mer.

Le bateau en provenance de Punta Gorda nous dépose au quai de Livingston. La mer est belle et la traversée a été facile. Nous sommes accueillis par une horde de vendeurs, assez bruyante d’ailleurs, presque cacophonique. Certains de ces jeunes hommes offrent une chambre d’hôtel, d’autres une place sur un bateau qui descend le Rio Dulce vers la ville du même nom. Ce sont des rabatteurs, ils gagnent leur vie ainsi, en ramenant des clients vers des commerces en échange d’une commission. C’est dans cette cohue que nous prenons nos bagages et nous dirigeons vers le bureau d’immigration pour faire estampiller nos passeports. Heureusement, mon sac à dos n’est pas trop lourd, la montée est abrupte et le soleil nous réchauffe plus que nécessaire.

Nous attendons 30 minutes la réouverture du bureau d’immigration: c’est l’heure du lunch. Bienvenue au Guatemala.
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Punta Gorda, au cœur du Deep South.

Punta Gorda, la plus grande ville du sud du Belize, notre dernière escale avant de traverser au Guatemala. Avant notre arrivée, elle nous paraissait située au bout du monde, perdue dans la jungle. J’imaginais un petit village au bord de la mer, enfoui dans les montagnes, loin de toute civilisation.  Après tout, cette région s’appelle le Deep South, ce n’est peut-être pas pour rien.

Nous étions loin de la réalité. Lire la suite