Livingston, entre le fleuve et la mer.

Le bateau en provenance de Punta Gorda nous dépose au quai de Livingston. La mer est belle et la traversée a été facile. Nous sommes accueillis par une horde de vendeurs, assez bruyante d’ailleurs, presque cacophonique. Certains de ces jeunes hommes offrent une chambre d’hôtel, d’autres une place sur un bateau qui descend le Rio Dulce vers la ville du même nom. Ce sont des rabatteurs, ils gagnent leur vie ainsi, en ramenant des clients vers des commerces en échange d’une commission. C’est dans cette cohue que nous prenons nos bagages et nous dirigeons vers le bureau d’immigration pour faire estampiller nos passeports. Heureusement, mon sac à dos n’est pas trop lourd, la montée est abrupte et le soleil nous réchauffe plus que nécessaire.

Nous attendons 30 minutes la réouverture du bureau d’immigration: c’est l’heure du lunch. Bienvenue au Guatemala.
Nous passerons Noël dans cette petite ville de bord de mer, située à l’embouchure du fleuve Rio Dulce, accessible uniquement par voie d’eau. Elle a beaucoup changé depuis notre dernière visite il y a plusieurs années et le petit village Garifuna, calme et isolé, n’est plus qu’un souvenir.

Après quelques mésaventures qui nous amèneront à changer d’hôtel, nous logerons dans un petit guesthouse situé sur le bord du fleuve.

Oui, j’ai bien dit mésaventures.

Pour la première fois depuis que nous voyageons ensemble Robert et moi, nous avons eu un sérieux pépin avec l’hébergement que nous avons réservé. Encore aujourd’hui,  je n’arrive pas à comprendre ce qui nous a amenés à une telle issue. Voici notre histoire.

Le guesthouse est pourtant conforme à la publicité qui nous a amenés à louer. Lors de notre arrivée, les différents tours offerts et les services dispensés par le guesthouse nous sont expliqués par le couple propriétaire, avec beaucoup de détails. Une telle prise en charge est une première pour nous. Nous allons ensuite dans notre chambre pour nous installer et nous reposer avant d’aller prendre une bouchée.

Je suis réveillée par le bruit. Les cris, les portes claquées, les rires à gorge déployée durent pendant une période suffisamment longue pour que j’ouvre ma porte et que je sorte de la chambre. Habituellement, la personne bruyante réalise qu’il y a quelqu’un tout près et fait attention. J’ai observé cette situation à plusieurs reprises, pour d’autres touristes. Parfois, ils récoltent des excuses, mais je n’en demande pas tant. Nous sommes en plein après-midi et tous les autres locataires semblent sortis. L’homme ne sait peut-être pas que nous sommes là.

Le perturbateur me regarde d’un air interrogateur. Je dis qu’il y a beaucoup de bruit. L’homme se paie ma tête, me faisant signe de respirer par le nez. La propriétaire en a connaissance et s’excuse. Je la rassure, ce sont des choses qui sont hors de son contrôle. Je suis tout de même ébranlée.

Plus tard, il y a eu les questions d’usage, pas du tout inhabituelles. Le fonctionnement de la douche, qui demande un doigté particulier pour avoir de l’eau chaude. Est-ce que la chambre est non-fumeur? Même si la propriétaire le confirme, l’odeur est tout de même forte dans la pièce, l’aire où les gens peuvent fumer est tout près des chambres. Nous savons que les règles en ce qui concerne la fumée de cigarettes sont différentes de celles de notre pays et que certains propriétaires sont plus stricts que d’autres, nous nous adaptons.

Le lendemain matin, la propriétaire lave mes vêtements et les étend sur une corde près de l’endroit où il est permis de fumer. Une famille est assise dans cette aire, à côté de la corde à linge. Les enfants courent à travers les vêtements suspendus, le mari fume cigarette après cigarette. Mon amoureux fulmine, mais je ne dis rien. Après mon aventure de la veille, je ne me sens pas à l’aise de parler. Le soleil se fait de plus en plus chaud. L’homme à la cigarette et sa famille se déplacent directement sous la corde à linge pour obtenir un peu plus d’ombre. L’homme continue à fumer pendant que nos vêtements frôlent son visage. Mon chum revient m’avertir, de plus en plus mécontent. Outre l’odeur, nous avons peur que nos vêtements soient brûlés tellement l’homme est près. La situation serait facile à régler, soit en soulevant la corde à linge avec la perche prévue à cet effet ou en offrant poliment à la famille de se déplacer vers un autre coin d’ombre, tout près. La propriétaire est occupée avec de nouveaux arrivants. Pour ne pas la déranger, je m’adresse au mari, dans l’espoir de trouver une solution.

La réponse est simple: il ne fera rien, cet homme est son invité. Si les vêtements sentent la fumée de cigarette ou s’ils sont brûlés, je n’ai rien à dire. Cet homme est en vacances, il a le droit de s’amuser. Je n’ai qu’à ramasser mes vêtements et aller les faire laver ailleurs. Il ajoute que je dois m’habituer à respecter les usages de chacun des pays visités et non de m’attendre à ce que les gens se comportent comme chez moi. Ces clients sont ses invités, ils vont boire, chanter, crier et fumer. Encore plus ces jours-ci, parce que c’est Noël. Si j’ai quelque chose à dire au sujet du service, il va considérer ce qui peut être fait, mais en ce qui concerne les autres clients, ils ont tous les droits. Je n’ai qu’à me trouver un autre hébergement.

Mon amoureux apparaît derrière nous, il voit bien que je ne réussis pas à convaincre le propriétaire qu’il se trompe sur mes propos. Dès que mon chum ouvre la bouche, l’attitude du propriétaire change instantanément. Il lui sourit et offre de remonter la corde à linge avec une perche. Il ajoute, le sourire aux lèvres: tout de suite et avec plaisir. Le changement de ton est spectaculaire.

Les mots me manquent pour vous décrire mon état d’esprit.

Je vous résume la fin. Aussitôt, la propriétaire, qui voit mon émoi et mes yeux pleins d’eau, nous demande de partir car soi-disant je ne serais pas heureuse chez eux. Elle n’a jamais parlé de mon chum, tout tourne autour de moi. Elle me propose un hôtel haut de gamme, précisant que j’y serais plus à l’aise. Plus elle parle, moins je me reconnais, mais ni mon amoureux, ni moi ne réussissons à rétablir les faits. Elle nous offre de nous aider à trouver un autre hébergement, même si notre réservation couvre 5 jours.

Nous décidons de partir si nous trouvons un hébergement acceptable. C’est la meilleure solution, tout le monde serait gagnant. Nous ne comprenons pas ce qui s’est joué, mais nous ne sommes pas les bienvenus. Pas moi du moins. L’attitude du mari a été tellement déplacée et violente envers moi que je n’ai pas du tout envie de le rencontrer. Je suis partagée entre l’indignation et l’inquiétude de ne pas trouver un autre hébergement acceptable. C’est presque la veille de Noël et les hôtels sont pleins.

Rapidement, la propriétaire nous a trouvé un autre guesthouse. Après l’avoir visité, nous acceptons. Elle nous laisse partir même si nous sommes presque à l’heure du souper et que nous aurions dû payer l’hébergement pour la nuit. Cette femme est visiblement soulagée de notre décision, ce qui ne me fait pas sentir mieux. Pas du tout. Nous partons calmement après avoir payé notre chambre et les frais de lavage. Elle a relavé une partie de mes vêtements. Je l’ai remerciée.

Nous sommes repartis, avec nos sacs au dos, un peu penauds, mais soulagés d’être sortis de cette situation que nous ne comprenons pas bien, chanceux d’avoir une chambre correcte pour la période de Noël.

Est-ce que j’ai pleuré? Oui. De colère, d’impuissance et d’incompréhension. Je me suis sentie mal les premiers jours de notre séjour dans le nouveau guesthouse, je ne savais pas ce qui avait été dit à mon sujet. Tout est rentré dans l’ordre peu après, lorsqu’un jeune couple m’a remercié chaleureusement de l’information que je leur ai transmise sur l’horaire des autobus au Belize et cela, devant le propriétaire de notre nouveau guesthouse. Ils m’ont donné du chocolat pour me remercier et m’ont fait une accolade bien sentie, cela m’a fait chaud au cœur.

La vie a parfois de ces revers!

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Livingston est situé sur la mer, à l’embouchure du Rio Dulce. Le balcon de notre chambre offre une vue imprenable. Guatemala.

Nous sommes bien au Casa Nostra, notre nouveau guesthouse. Nous avons vue sur le Rio Dulce à partir de notre balcon. Il sera notre refuge pendant les festivités de Noël. Stuart, le propriétaire est très généreux de ses informations et il est très apprécié de tous les clients. Cet homme a des projets plein la tête, il est très inspirant. Il est aussi très fier de son restaurant, récipendaire du prix du meilleur restaurant de Livingston pour la cinquième année consécutive.

Livingston a beaucoup changé. Nous nous ennuyons un peu de son ambiance décontractée et calme d’y a quelques années. Peut-être que notre mésaventure avec le premier hôtel nous a laissés un peu secoués, c’est bien possible. Mais nous nous dépêchons de ranger cet interlude parmi les situations à oublier pour mieux apprécier notre voyage. Je dois une fière chandelle à mon amoureux qui m’a consolée autant qu’il a pu. Il est resté centré sur la recherche de solution malgré sa propre colère et son incompréhension de la situation. Merci.

Les festivités de Noël à Livingston? Elles se célèbrent la veille de Noël. Tous les commerces restent ouverts tard la nuit et tous les habitants font une bonne provision de pétards. À minuit, une grande pétarade se fait entendre partout dans la ville, celle-ci est envahie par une fumée blanche qui brûle un peu les yeux. Le lendemain, la ville dort. Les habitants visitent leur famille. Les commerces réouvrent tranquillement au cours de la journée. La fête est terminée.

Cette ancienne bourgade Garifuna est devenu un endroit de villégiature apprécié autant par les habitants du Guatemala que ceux du sud du Belize. Les vacanciers viennent s’amuser, faire la fête et acheter des produits de l’artisanat local. La ville est fréquentée par des couples, bien sûr, mais aussi des familles entières. Le tourisme est vraiment devenu le gagne-pain des habitants de la région. La ville offre une diversité de restaurants assez intéressante. Quant à nous, nous aimons bien ceux avec une façade ouverte sur la rue. C’est pour mieux observer l’action se dérouler devant nos yeux…

Un groupe de femmes attire ainsi notre attention. Elles tiennent un commerce éphèmère, sur le bord de la rue comme c’est l’habitude dans plusieurs pays. Ces travailleuses arrivent le matin avec leur chaise et leur matériel. Elles tressent les cheveux de tous ceux qui se laissent séduire par le projet, pour repartir en fin d’après-midi, ne laissant aucune trace de leur passage. Ces femmes exécutent leur travail à une vitesse hallucinante, sans même regarder leurs doigts. pendant qu’elles discutent entre elles ou interpellent une connaissance de l’autre côté de la rue. Je les ai revues en soirée, infatigables, offrant leurs services dans des restaurants. Parfois, une famille entière se fait coiffer. Ces artistes du cheveu montrent un album de photos et les clients choissent  l’arrangement  qu’ils désirent. Des discussions animées s’en suivent parfois entre les membres de la famille. Quel tressage choisir? L’ambiance est au plaisir et à la rigolade. Malgré le talent indéniable de ces dames, ces coiffures ne réussisssent pas à tous. Ce savant nattage est magnifique dans l’abondante chevelure noires de leurs consœurs, mais réussit moins dans nos cheveux plus pâles et plus minces. Même chez les descendants mayas, l’effet n’est pas le même. Ces coiffures sont certainement très pratiques en voyage, mais je n’ai rencontré que de rares personnes à qui cela faisait vraiment bien.

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Ces femmes exécutent des coiffures tressées assez complexes. Elles continuent leurs discussions animées tout en travaillant. Livingston, Guatemala.

Nous avons observé d’autres développements intéressants. Au moins deux restaurants servent de milieu de stage à des jeunes originaires de différents villages, parfois éloignés, pour étudier le tourisme et l’hôtellerie. J’ai cru comprendre que ces stages complètent les études faites à Ak’Tenamit, une école située dans la jungle. Il y a même un café pour accueillir les touristes. Les jeunes étudiants logent et étudient sur place pendant quelques mois, puis partent en stage pour appliquer leurs nouvelles connaissances. Nous nous sommes arrêtés à cette école dans la jungle, lors d’une ballade sur le Rio Dulce. Une jeune demoiselle nous a fait visiter, cela faisait partie de son stage. Très intéressante visite et une lueur d’espoir pour cette belle jeunesse venue des villages isolés avec peu d’accès à l’éducation.

Mis à part les circuits vers les plages avoisinantes, les grottes et les cascades dans la forêt, il est possible de faire une tournée sur le Rio Dulce. Lors de notre passage, la température était incertaine et nous avons eu un peu de pluie sur le chemin du retour. Par contre, la visite à l’école dans la jungle, les oiseaux marins, la grotte autrefois utilisée par les Mayas, les eaux thermales et la promenade entre les lotus valaient la peine. Nous avons passé une belle journée.

Livingston est aussi le point de départ du bateau qui remonte le fleuve pour se rendre de Livingston jusqu’au village appelé lui aussi Rio Dulce. C’était notre premier choix, pour nous rendre ensuite à Antigua par bus. Pour l’avoir déjà effectué en sens inverse, nous savons que cette ballade en vaut la peine. Nous avons changé d’avis à la dernière minute en raison de la température un peu fraîche pour un long trajet en bateau, sous une pluie probable.

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Le jour se lève sur le Rio Dulce. Pour nous, c’est l’heure de partir, le bateau n’attendra pas. Livingston, Guatemala.

Très tôt le matin, nous avons donc emprunté un bateau pour Puerto Barrios, une ville de l’autre côté du fleuve, sous une averse soutenue, protégés par une grande bâche et pris l’autobus directement pour Antigua. Une longue journée nous attend.

6 réponses à “Livingston, entre le fleuve et la mer.

  1. Merci Jocelyne. Très beau récit. Malheureusement, des rustres se retrouvent partout. Par contre, vos découvertes sont supérieures et les joies aussi.

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  2. Merci petit lotus d’amour!

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  3. Merci beaucoup pour ce merveilleux blog, Bon voyage pour toi et Robert … salutations Adel et John

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