Punta Gorda, au cœur du Deep South.

Punta Gorda, la plus grande ville du sud du Belize, notre dernière escale avant de traverser au Guatemala. Avant notre arrivée, elle nous paraissait située au bout du monde, perdue dans la jungle. J’imaginais un petit village au bord de la mer, enfoui dans les montagnes, loin de toute civilisation.  Après tout, cette région s’appelle le Deep South, ce n’est peut-être pas pour rien.

Nous étions loin de la réalité.

Deux heures  après notre départ d’Independence près de Placencia, nous arrivons à destination, les yeux pleins de beaux paysages. Nous sommes d’abord surpris par la rusticité des maisons de la ville, les murs noircis par l’humidité et, à certains endroits, les égouts à ciel ouvert. Je n’ose rien dire, mais mon amoureux me dit: ”C’est une drôle de ville, non?”.

L’autobus nous laisse pratiquement à côté de notre hébergement, le Blue Belize. Nous rassemblons nos bagages, un peu inquiets. Est-ce que la chambre que nous avons réservée ressemblera à celle que nous avons vue sur photo? Nous arrivons beaucoup plus tôt que prévu, au début de l’après-midi et un jeune homme vient nous répondre. Aussitôt la grille ouverte, nous sommes ébahis par la beauté des lieux. Nous traversons un immense jardin. Un escalier de bois nous attend et mène à notre chambre au deuxième étage, au bout d’un grand balcon. Mais quelle chambre! Lumineuse avec de hauts plafonds, une cuisinette, un petit salon et un grand lit moelleux. Un rêve, bien loin d’une cabane dans la jungle!

 

 

Nos bagages déposés, nous marchons le long de la mer, à la découverte de l’un des restaurants recommandés par le jeune homme qui nous a accueillis à l’hôtel. C’est dimanche et beaucoup d’établissements sont fermés. Nous arrêtons à un joli restaurant peint en bleu, fermé lui aussi. C’est vraiment dommage. Les tables sur le patio, juste devant la mer, sont plus qu’invitantes. Nous entendons de la musique et mon amoureux réalise qu’une femme est assise à l’intérieur, la tête penchée sur des papiers. Il s’informe de l’heure d’ouverture. 17:00…presque deux heures à attendre. Nous avons déjeuné très tôt à Placencia et nous avons très faim. En voyant la mine déconfite de mon amoureux et ses yeux suppliants, la propiétaire décide d’ouvrir pour nous. C’est le début d’une histoire d’amour avec Ana et son restaurant Pélican. Celui-ci deviendra notre endroit préféré pour les repas et Ana, notre ange cuisinière. Peu à peu, nous apprenons son histoire. Elle est Guatémaltèque et après plusieurs années à travailler à l’étranger, elle est revenue à Punta Gorda qu’elle avait déjà habité. Elle a ouvert son petit restaurant il y a deux mois. Elle a tout repeint, puis elle a fait ériger le nouveau patio qui donne directement sur la mer. Les affaires sont encore un peu lentes, mais elle a confiance. Nous lui souhaitons tout le succès du monde.

 

 

À notre retour au Blue Belize, nous rencontrons Esme, pour les formalités d’arrivée. Elle deviendra notre deuxième ange. Cette jeune femme et son mari s’occupent du guesthouse où nous habitons. Bonne cuisinière, Esme nous servira de délicieux petits-déjeuners sur la véranda, juste devant un immense manguier. Avec le sourire, elle nous parlera de la vie à Punta Gorda, des habitudes alimentaires de la région, partagera ses recettes et nous aidera à trouver les informations dont nous avons besoin.

Notre troisième coup de cœur? Une femme asiatique qui tient un restaurant chinois situé sur la rue principale. Elle ne comprend pas notre anglais et nous ne comprenons pas le sien. Nous nous expliquons par des phrases courtes accompagnées de signes, elle demande l’aide des autres clients au besoin. La nourriture ne ressemble pas à ce que nous attendons, elle ne goûte pas ce que nous anticipons et les portions sont deux fois plus grandes que prévu. Il arrive aussi qu’elle ne puisse nous servir ce qui est inscrit sur le menu, l’arrivage s’étant perdu quelque part, il est difficile de comprendre où. Nous l’adorons et elle semble nous apprécier aussi. Avec de grands signes, elle s’assure que nous aimons notre repas, nous lui répondons par de grands sourires et des signes de tête. Notre hôte repart d’un pas solide, l’air satisfaite.

Lors de notre dernier passage, deux canadiens de langue anglaise essayaient de commander leur repas, mais impossible de se comprendre de part et d’autre. Le ton montait. La propriétaire s’est tournée vers nous pour demander notre aide. Par la suite, à chaque fois qu’elle allait à leur table, elle nous faisait les yeux levés au ciel en signe de désespoir. Nous avons tellement ri. Surtout en voyant la tête de nos deux compatriotes en recevant leur poulet à la sauce aigre-douce déposé sur un lit de patates frites!

Nous avions prévu d’utiliser Punta Gorda comme base pour découvrir les environs, particulièrement pour visiter deux sites archéologiques: Nam Li Punit et Lubaantun. Plusieurs autres expéditions en mer, sur les rivières et dans la jungle font aussi partie de l’offre de service de la région. Les villages mayas des alentours accueillent volontiers les visiteurs.

 

 

Mais une surprise nous attend lorsque nous essayons d’organiser nos visites. Une journée d’expédition vers les deux ruines mayas coûtent 95$ US par personne. Nous sommes peu friands des excursions organisées. Nous préférons nous rendre par nos propres moyens et décider du temps que nous passerons à explorer les lieux. Nous aimons lire les informations disponibles et nous asseoir pour rêver un peu. Par contre, en raison des difficultés d’accès, il arrive que l’achat d’un tour soit la seule solution pour atteindre notre objectif. Pouvez-vous imaginer notre déception: payer un tel prix pour une formule qui n’est pas notre premier choix? Même si nous concevons que ce prix convient à certaines personnes qui apprécient cet encadrement ou qui ont peu de temps devant eux, nous cherchons une autre solution.

Pourtant, les ruines ne me semblent pas si éloignées. En cherchant davantage, nous apprenons que Nam Li Punit est facile d’accès par l’autobus qui mène à Dangriga et qu’une courte marche dans la montagne nous amènera au site. Pour le retour, nous n’aurons qu’à attendre le prochain bus pour Punta Gorda. En après-midi, il y en a un à toutes les heures.

 

 

Encore plus facile pour visiter le jardin aux épices. L’autobus nous laisse à la porte!

 

 

Pour Lubaantun, c’est plus compliqué. Vous vous souvenez, il n’y a pas d’horaire écrit au Belize, il faut se renseigner au terminal d’autobus ou à la population locale. Je réalise aussi que plusieurs villages sont desservis par d’autres compagnies et nous continuons nos recherches. Je consulte le Toledo Howler, le journal local et j’y trouve un horaire d’autobus. Malheureusement, je comprends que même si les bus qui desservent les villages peuvent nous amener, ils ne reviennent pas la même journée. Lors de notre visite au jardin d’épices, nous en apprenons davantage par le jeune homme qui nous a guidé. Si nous sortons du bus à Dump, une municipalité sur notre route habituelle, un homme appelé Sonny pourrait nous amener à Lubaantun dans son taxi. Il n’a malheureusement pas son numéro de téléphone. Nous décidons de nous rendre à Dump le lendemain matin et de demander ce Sonny ou un autre chauffeur de taxi.

Esme nous regarde partir, le lendemain matin, un peu inquiète de nous voir revenir bredouilles. Avec son merveilleux sourire, elle ajoute que nous avons raison de rester optimistes et de tenter l’aventure.

En attendant l’autobus, une femme s’approche. Nous la reconnaissons, car nous avons attendu l’autobus avec elle il y a deux jours. Elle nous avait un peu raconté son histoire. Je sais qu’elle revient de l’hôpital où elle a vu le médecin et je lui demande de ses nouvelles. À son tour elle s’enquiert de notre destination pour la journée. Nous allons à Dump, dans l’espoir de trouver un chauffeur de taxi qui nous emmènera à Lubaantun. Elle sourit: “Je vais appeler mon cousin Sonny”. Et oui, c’est l’homme que nous recherchions! La vie nous amène ce dont nous avons besoin…

 

 

Le climat est particulier à Punta Gorda et les averses sont impressionnantes. Elles commencent d’un coup, comme si le ciel s’ouvrait soudainement et se terminent de la même façon, ne laissant derrière elles que les gouttes qui tombent des arbres détrempés. C’est ce qui nous est arrivé à Lubaantun. Nous sommes arrivés sous un soleil radieux, le ciel nous est tombé sur la tête pendant la visite, rendant les lieux extrêment glissants, et nous sommes ressortis sous un soleil de plomb.

 

 

Pendant notre séjour, nous avons parcouru la ville dans tous les sens et pas à un seul moment nous nous sommes ennuyés. Bien sûr, la jungle est proche, la montagne et la mer aussi, mais chaque jour qui passe nous montre un nouvel aspect de la ville et des environs. Si nous avions plus de temps, nous pourrions visiter tous les villages des environs. Finalement, l’autobus est très efficace!

 

 

Notre séjour à Punta Gorda a été un pur délice. C’est à regret que nous avons dit au revoir à Ana puis à Esme et que nous avons pris le bateau pour Livingston par un matin aussi brumeux que la journée de notre arrivée.

6 réponses à “Punta Gorda, au cœur du Deep South.

  1. Ça a l’air somptueux ! Heureusement vous parlez espagnol les aventuriers! Au plaisir de lire la suite.
    Tous mes meilleurs vœux vous accompagnent pour cette nouvelle année.
    Amicalement
    Virginie

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    • Merci Virginie. Je ne parle pas autant l’espagnol que je le souhaiterais, mais j’y travaille tous les jours. Au Belize nous avons davantage pratiqué notre anglais, mais ici au Guatemala nous sommes en pleine immersion. Nos meilleurs souhaits à toi et à ton amoureux!

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  2. Diane Dupuis-Boisvert

    Tellement intéressant !
    Un vrai reportage professionnel !!!
    Merci pour ce beau partage !

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  3. Merci Jocelyne et Robert pour ce beau reportage. Cela nous donne le goût de suivre vos traces.

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