San Miguel de Allende

San Miguel de Allende a bien changé depuis sa fondation en 1542 par Fray Juan de San Miguel. Devenue prospère à travers les siècles, puis reléguée aux oubliettes pendant plusieurs années, elle s’est appauvrie. La présence d’un peintre muraliste réputé et le tournage d’un film au centre-ville auraient contribué à ramener  l’attention sur San Miguel. Chaque rue du Centro témoigne de son glorieux passé. Cette petite perle du Guanajuato, considérée comme l’une des meilleures villes du Mexique pour y passer des vacances, attire une foule de visiteurs. Nous y retournons toujours avec grand plaisir. Nous venons d’y passer presque trois mois.

Je suis contente de vous retrouver aujourd’hui. Il fait soleil, le temps est encore frais à cette heure de la journée et je vois que vous portez des chaussures confortables. Allons-y!

Notre premier arrêt? La Biblioteca Pública de San Miguel de Allende. Je dois retourner un livre que j’y ai emprunté. Située sur la rue Insurgentes, à la limite du centre-ville, la bibliothèque offre un espace agréable où il fait bon s’installer, le temps d’un café ou d’une lecture.

À l’instar de la plupart des maisons des villes mexicaines, la façade de la bibliothèque publique offre un coup d’œil des plus simples à partir de la rue. C’est à notre entrée dans son immense jardin central que nous en découvrons toute la beauté cachée: un grand patio au milieu des arcades avec une fontaine au centre, des pots fleuris à ses pieds. Plusieurs tables de jardin accueillent des personnes de tous les âges. Certaines lisent tandis que d’autres s’affairent, penchées sur leur ordinateur, profitant du réseau WiFi gratuit. Plus de 60,000 livres en espagnol, en anglais et en français sont logés dans les salles tout autour du patio, derrière les arcades. Une ambiance unique.

À droite près de l’entrée, une petite réception nous accueille et c’est là que je dois remettre mon livre. Je me souviens de ma première visite alors qu’une préposée m’avait expliqué dans quelle salle je pourrais trouver les livres en anglais. Dans un espagnol encore trop boiteux pour mon goût, je lui avais plutôt demandé la section des livres en espagnol. Lorsque j’ai vu apparaître son sourire, j’ai senti que j’avais dorénavant une complice. Depuis, elle a démontré une patience infinie pour mon espagnol en devenir.

 

 

La bibliothèque est souvent le théâtre de prestations artistiques et demain soir, nous assisterons à un solo de guitare. Nous allons acheter nos billets au guichet situé à l’autre entrée, celle qui s’ouvre sur la rue Reloj. Pour nous y rendre, nous devons traverser une deuxième cour intérieure et le petit casse-croûte Santa Ana avec son envoûtante odeur de café. La prestation aura lieu dans une minuscule salle aux murs et aux plafonds recouverts d’immenses fresques: la sala Quetzal. Un écriteau indique qu’il n’est pas permis de prendre des photos, mais je triche un peu, je ne peux imaginer repartir sans vous partager cette beauté.

Si vous le voulez bien, retournons sur nos pas vers la cour centrale, du côté de la rue Insurgentes, par où nous sommes entrés. Vous voyez ces grandes tables sous les arcades? Il est possible d’y suivre des cours de peinture. C’est aussi ici que deux fois par semaine, se tiennent les Conversaciones con amigos alors qu’en fin d’après-midi, des étudiants s’y retrouvent avec un prof pour pratiquer la conversation anglaise. Évidemment les anglophones qui désirent apprendre l’espagnol sont invités. Un beau moment de partage et d’échanges!

Tout près de la sortie, il y a une boutique de livres et de souvenirs. Les flamboyantes peintures sur les murs et les plafonds de la pièce justifient amplement un arrêt.

 

 

La chaleur nous attend dès notre sortie sur le trottoir. Après une nuit fraîche, le soleil réchauffe les pavés et les murs de ciment. Vous aimeriez une boisson froide? Il y a un marchand tout près de la plaza Allende, sur notre gauche, tout en haut de la rue Insurgentes. J’aime bien cette rue animée, bordée d’échoppes en tous genres: une rôtisserie avec ses effluves de poulet grillé, des marchands de tissus, un magasin de vêtements d’enfants pour les fêtes religieuses, une petite quincaillerie…Juste avant Noël, les marchands de poinsettias étalent leur marchandise sur la grande place juste devant le Templo del Oratorio. Que de couleurs!

 

 

Voilà, nous y sommes presque, le marchand est tout près, juste à côté de l’épicerie. Nous sommes un peu essoufflés, ralentissons un peu. C’est normal, marcher dans ces rues en pente demeure un exercice exigeant, même après plusieurs mois. C’est parfait pour le cardio et les muscles des jambes!

Si vous le voulez bien, prenons le temps de nous asseoir sur l’un des bancs de la Plaza de la Soledad pour déguster notre breuvage et profiter de l’action autour de nous.

Lors de mon article précédent, je vous ai promis de vous parler de l’impact de la présence des touristes étrangers à San Miguel. J’y ai bien réfléchi, car je m’abstiens habituellement de vous partager ces réflexions: ce qui m’interpelle et me dérange peut tout á fait convenir à d’autres personnes. À vous donc de juger.

La présence d’étrangers à San Miguel n’est pas récente. Ceux-ci, appelés expatriés ou expats, sont devenus de plus en plus nombreux avec les années. Certains écrits notent que plus de 12,000 expats possèderaient une maison ou vivraient ici sur une base permanente. Avant de louer le condo pour trois mois, nous savions qu’il y aurait beaucoup d’étrangers parmi la population locale. Leur nombre nous a tout de même surpris et les changements survenus depuis à peine trois ans, aussi.

Qu’est-ce qui attire ces gens, âgés pour la plupart, en provenance des États-Unis et du Canada? Le climat certainement. Plus sec et plus tempéré. Un climat semi-désertique où les cactus poussent librement, c’est très beau. Avec les montagnes en arrière-plan et une luminosité unique, la ville est tout simplement un paradis, plusieurs artistes le reconnaissent. L’offre de services est plus qu’intéressante: des restaurants à profusion, des théâtres, des récitals de musique, des soins médicaux et des pharmacies. L’architecture est incroyable, chaque rue témoigne du passé épique de la ville. Plusieurs festivals se tiennent à San Miguel tout au long de l’année et attirent beaucoup de visiteurs. Le niveau de vie est très abordable pour les expatriés.  Même si les prix sont plus élevés qu’ailleurs au Mexique, il demeure bien en deçà de ce qu’ils paieraient dans leur pays d’origine. Pour ceux qui désirent une vie des plus luxueuses, c’est possible aussi. Tout cela, dans une ville magnifique, avec une population accueillante. Pourquoi pas?

La venue des étrangers a certainement contribué à l’essor de la ville. Les restaurants et les hôtels, l’artisanat, les boutiques, les commerces sont florissants. Toutes ces activités fournissent du travail et les dons de certains expats ont permis de mettre en place de nouveaux services à la population. Plusieurs Mexicains m’ont dit que cette affluence leur a amené un vent d’ailleurs et considèrent qu’ils n’y auraient pas eu accès autrement.

Parallèlement,  cette demande de services a fait grimper le prix de l’immobilier. Les maisons sont chères et le prix des locations aussi. Au centre-ville, les prix dans les boutiques et les restaurants sont plus élevés qu’ailleurs. Abordables pour nous peut-être, mais pas pour une bonne partie de la population de la ville. Avec les années, les Mexicains se sont déplacés vers les autres quartiers ou à la campagne. Certains secteurs sont presque exclusivement habités par des étrangers et si ce n’était des maisons coloniales, on se croirait aux États-Unis. Plusieurs expatriés vivent même dans des enclaves grillagés et se mêlent peu au reste de la population. Notre condo s’y trouvait, à ma grande déception. Je ne peux m’imaginer que ces enclaves soient la seule solution pour vivre en sécurité.

Au début de notre séjour, nous avons assisté à des pièces de théâtre et à des récitals dans les églises où il y avait peu ou pas de la population locale. Déçue, j’ai souhaité éviter ces activités par la suite. Je préfère fréquenter les quartiers où vivent les gens du pays, passer du temps à la campagne, visiter les alentours. J’aime bien avoir l’occasion de poser des questions et de mieux comprendre la réalité de ce beau pays. C’est un privilège à mes yeux.

À San Miguel, la langue parlée des étrangers est l’anglais. Nous avons rencontré plusieurs expats qui ne parlent pas l’espagnol. Pas besoin, me dit-on. Inconcevable à mes yeux. Il m’apparaît important d’apprendre la langue du pays: les rudiments du moins et plus, si vous y passez un long moment où si vous y avez élu domicile. C’est pour moi une question de respect. Vous verrez à quel point cela ouvre des portes! Ici à San Miguel, les écoles de langues ne manquent pas. Quant à nous, notre choix s’est porté sur l’école de Michelle Garrison de Garrison & Garrison Books. Nous avons aussi assisté à ses formations sur la culture mexicaine. Michelle, originaire des États-Unis, vit au Mexique depuis plusieurs années et s’est intégrée admirablement,

Plusieurs d’entre nous sont très intrusifs. Un jour, je regardais de loin une mariée entrer dans l’église, toute souriante au bras de son père, suivie de ses bouquetières. Elles étaient magnifiques! La mariée avançait lentement afin de permettre à son photographe de prendre des clichés. Celui-ci a dû s’armer de patience lorsqu’une touriste s’est mise à suivre le cortège et à prendre une multitude de photos, de tous les points de vue possibles, les pieds sur le bord de la traîne de la robe de la mariée. Elle est repartie comme elle est venue, en marchant lentement et photographiant les  édifices avoisinants, inconsciente de son indiscrétion. Une parfaite inconnue qui s’immisce dans une activité intime. Les Mexicains étant extrêmement polis, personne n’a rien dit.

Nous sommes des invités dans ce pays et il est important d’observer comment les gens vivent autour de nous, d’être sensibles aux silences ou aux inconforts, de poser des questions lorsque c’est possible. Nous pourrions choquer, sans le vouloir, ni même le réaliser.

Ici, à San Miguel, les gens nous saluent poliment, avec le sourire. C’est tellement agréable! Ils nous accueillent, généreusement. Ne brusquons rien, parlons doucement et avec un ton approprié. Plusieurs Mexicains nous ont fait remarquer que les expats parlent fort. Ils ont l’air fâché à leurs yeux et cela peut rendre inconfortable. J’ai observé autour de moi par la suite et oui, plusieurs d’entre nous sont effectivement bruyants.

Même si la classe moyenne me semble davantage présente au Mexique et que San Miguel attire aussi des touristes mexicains, la pauvreté est omniprésente. Plusieurs expatriés font du bénévolat, dans le but sincère d’aider et plusieurs font une différence, j’en suis sûre. Par contre, dans certains cas, il m’a été impossible d’identifier comment les gens du pays sont impliqués dans la prise de décisions ou lors de la prestation des services. Je me demande comment un étranger peut mettre en place une aide adéquate dans ces circonstances.  Comment connaître les besoins d’un pays qui n’est pas le nôtre sans impliquer les gens de ce pays au niveau décisionnel? Cela m’apparaît un peu maladroit. Et même, à l’occasion, un peu prétentieux. Et cela s’entend parfois dans le ton et c’est bien dommage. Le bénévolat est certainement un geste qui permet d’aider et de se rapprocher des gens, mais je considère important de vérifier la pertinence des interventions. L’implication des gens du pays m’apparaît un incontournable.

Je n’essaie pas de vous convaincre d’éviter San Miguel. Bien au contraire. Les situations que je vous décris ne sont pas uniques à San Miguel, vous les aurez peut-être observées ailleurs. Elles sont juste un peu plus concentrées ici.

Je souhaite que nous fassions attention de ne pas détruire cette belle ville pour en faire un endroit qui réponde à nos critères ou à nos besoins. Ce n’est pas pour cela que nous voyageons.

Quant à nous, vous l’avez bien deviné, notre amour pour San Miguel demeure entier et nous y reviendrons avec plaisir. Cette ville mérite que vous y fassiez un arrêt, vous ne le regretterez pas.

Avez-vous encore un peu de temps? Puisque nous sommes dans le quartier, j’aimerais bien aller au marché Ignacio Ramírez. Nous y trouvons de tout! Ma première visite date de plusieurs années lors de notre premier séjour à San Miguel. Mon amoureux était retenu à l’hôtel par une forte fièvre et je m’étais accordé un peu de temps pour me perdre dans les petites rues de ce quartier pendant que mon complice se reposait. Pour moi, ce marché est un incontournable. C’est par là, en descendant la rue Colegio.

 

 

À notre entrée, nous sommes accueillis par les salutations des marchandes, assises derrière des étals de fruits et légumes bien rangés. Des piñatas, des paniers et de sacs de magasinage colorés sont accrochés au plafond, juste au dessus de leurs têtes. À chaque séjour, je choisi d’effectuer mes achats ici et je reviens toujours aux mêmes étals. Les marchandes nous reconnaissent dès la deuxième visite!

Elles trouvent très drôle de voir mon amoureux acheter les fruits, ce qui me vaut un clin d’œil moqueur lorsqu’il choisit un aliment de moins bonne qualité. Elles lui proposent un meilleur choix après un deuxième coup d’œil complice dans ma direction. Puis, elles m’aident à sélectionner le bon avocat, celui qui est prêt aujourd’hui et celui qui sera mûr demain. Pour terminer les achats, elles ajoutent un fruit supplémentaire dans notre sac, un petit cadeau ajoutent-elles l’air sérieux, les yeux brillants. Nous prenons soin de les remercier et de les saluer correctement. Je les revois à chacun de nos séjours, malgré les années qui s’écoulent. Elles travaillent du matin au soir, au moins six jours par semaine, parfois sept. Ces dames ont tout mon respect.

 

 

Allons un peu plus loin dans les rangées, j’aimerais acheter des fleurs fraîches pour l’appartement. Vous avez vu les choix qui s’offrent à nous? Difficile de choisir!

Ce marché est immense. Derrière nous, des petits casse-croûtes servent de délicieux sandwichs. Si vous continuez plus loin vers l’intérieur du bâtiment, vous découvrirez une multitude de magasins de vêtements ou de chaussures. Encore plus loin, vous rencontrerez des marchands de tapis, de linge de maison et des étals de céramiques. Un escalier vous mènera, tout en bas, vers d’autres boutiques de bijoux, de vêtements brodés et de souvenirs. Elles bordent un long couloir qui se continue, à ciel ouvert en traversant les rues Loreto, puis Reloj jusqu’à Hidalgo, près de la Cazalda de la Luz. Un plaisir pour les yeux. Il y en a pour tous les goûts. Plusieurs artisans travaillent en tenant boutique et vous pourrez les observer à l’œuvre. C’est à vous de voir si la marchandise vous convient et de marchander un peu si le cœur vous en dit.

C’est les bras pleins de fleurs et de sacs de produits frais que nous sortons du marché. Il nous reste à faire un dernier arrêt juste en face, à la petite épicerie de quartier, ma préférée. Nous descendons deux marches en entrant et saluons les caissières comme le font les autres clients. Je veux acheter des œufs, ils sont au fond de l’épicerie, au comptoir des viandes. Ils sont placés dans des petits sacs de plastique et vendus au poids. La préposée nous dira le prix que nous répéterons à la caissière. Voilà c’est fait!

Si vous le voulez bien, retournons à l’appartement pour y ranger nos achats. La montée de la rue Santo Domingo sera rude avec nos bras chargés et il faudra faire attention aux œufs. Il serait facile de héler un taxi, mais si vous acceptez de marcher, l’exercice nous fera du bien. Nous redescendrons plus tard pour prendre une bouchée au resto afin de profiter de l’ambiance de San Miguel. Notre séjour est presque terminé et nous avons loué une voiture pour explorer davantage les environs, avant de nous diriger vers le sud du Mexique.

Nous avons apprécié nos trois mois à San Miguel de Allende, nous y avons rencontré des gens exceptionnels et nous espérons les revoir bientôt. Nous avons aussi passé de beaux moments avec de très chers amis Mexicains, venus nous visiter l’espace d’une fin de semaine. Nous repartons avec de très bons souvenirs de notre séjour. Nous aimons cette ville, mais le goût de l’aventure nous reprend…

À bientôt!

 

 

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3 réponses à “San Miguel de Allende

  1. Super! J’ai le goût de m’y rendre.

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  2. Quelle agréable promenade dans la ville, c’est comme accompagner une amie. On y sent presque les odeurs. Il y en a plein la vue: l’architecture, les fleurs, le marché, les couleurs, sans oublier le sourire des gens. Merci pour la ballade. Carmen

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