Hopkins, en douceur

Dès notre arrivée sur la terrasse du restaurant Innies, Flor et Marcella nous accueillent d’un grand sourire. Avec empressement, elles nous invitent à choisir notre table, comme si elles étaient à la fois surprises et ravies de notre arrivée. Nous avons l’embarras du choix. Il est 14:30 de l’après-midi et les clients se font rares. Le  resto est vide. Autour de nous, tout est astiqué, le sol balayé et bien propre. Leurs tâches sont terminées jusqu’au repas du soir ou jusqu’à l’arrivée d’un nouveau client, comme c’est notre cas.

Nous arrivons tout juste de Belize City et aussitôt nos bagages déposés, nous sommes partis à la recherche du petit resto où nous avions mangé des fish’n chips lors de notre passage précédent, il y a plus de 10 ans. Nous avions gardé d’excellents souvenirs de ce poisson préparé par Marva, alors que son restaurant se résumait à une toute petite cabane de bois sur le bord de la route. Mais elle savait cuisiner cette dame et elle nous avait conquis par son dynamisme. Au fil des rencontres, car nous avons récidivé, elle nous avait parlé de sa famille nombreuse et de son grand projet: la construction de sa future maison. Elle nous avait montré le début des travaux, tout à côté. Le rêve s’ententait dans sa voix. Aujourd’hui, Innies est logé dans la nouvelle construction de béton, avec une petite terrasse devant, proprement clôturée, juste à côté de l’ancienne maison de bois.

La haute saison n’est pas encore commencée, mais elle arrive à grands pas. Dans ce resto désert en ce milieu d’après-midi, Flor et Marcella ont donc un peu plus de temps pour nous faire la jasette et elles ont la gentillesse de répondre à nos questions. Nées de familles Garifunas, elles ont habité Hopkins toute leur jeune vie. Elles ont 19 ans et elles sont tout simplement magnifiques. Flor commence un nouveau travail, c’est aujourd’hui sa première journée. Il est facile de ressentir sa fierté, mais aussi tous ses espoirs de gagner sa vie. Du fond du cœur, nous lui souhaitons le meilleur. Je ne sais trop quel avenir attend ces jeunes femmes dans un aussi petit village.

 

 

 

Nous repartons, heureux de notre repas et de notre rencontre avec les deux jeunes serveuses. Elles ont bien tenté de nous apprendre un peu de la langue Garifuna, après nous avoir mis en garde: c’est une langue compliquée. Elles la parlent couramment, s’expriment dans un anglais parfait et s’amusent à utiliser le Créole ou le broken english entre elles. Nous avons ri de bon cœur. Elles ont appris très vite nos noms ainsi que quelques mots en français. Lors de nos visites suivantes, nous aurons la surprise de les entendre nous saluer dans notre langue et de nous appeler par nos prénoms. Au fil des jours, nous verrons Flor devenir rapidement à l’aise dans ses nouvelles fonctions. Très à l’aise même, et toujours aussi souriante avec son crayon piqué dans son chignon de cheveux noirs relevés sur le dessus de sa tête.

 

 

 

Nous logeons à Tipple Tree Beya, au même endroit que lors de notre visite précédente. Nous rêvions de nous retrouver bien installés dans un hamac sur le grand balcon devant notre chambre avec vue sur la mer. Il est rare de nous retrouver au même établissement, plusieurs années plus tard et d’avoir le même sentiment que la première fois. Même plage bien entretenue, même vue sur la mer et surtout même calme. Tricia, la propriétaire, démontre toujours le même entrain et la même gentillesse. Nous serons les seuls locataires pour presque toute la semaine et j’ai grandement apprécié mes petits-déjeuners en pyjama, bien campée dans mon hamac à admirer la mer. Un grand luxe!

Il faut dire que Hopkins est toujours un petit village de bord de mer malgré les développements des dernières années. Les petites routes de terres sont maintenant plus larges, il y a plus de restaurants le long de la rue principale, plus d’hébergement bâti en matériau dur, principalement avec des blocs de ciment. La rue principale me semble davantage empruntée: un ensemble d’hotels plus luxueux, de bars et de restaurants y sont aménagés, un peu plus au sud. Mais une longue marche vers ces nouveaux endroits nous a confortés dans notre décision de séjourner dans le village de Hopkins: nous recherchons la compagnie des gens de la région.

 

 

 

Nous aimons l’ambiance de ces maisons de bois bâties sur pilotis avec les poules qui courent dans tous les sens. Cela ne me dérange pas que le coq appelle le jour de sa voix éraillée. J’aime voir la voisine laver sa vaisselle, debout dans sa maison, son plat à vaisselle posé sur une grande tablette directement sous sa fenêtre, à l’extérieur. Je ne vois que le haut de son corps. Elle lave sa vaisselle dehors tout en restant à l’intérieur! J’aime aussi la voir étendre son lavage sur la corde à linge près de sa maison, en face de la mer. J’aime voir son petit garçon jouer avec un camion de bois dans le sable qui entoure l’ensemble des maisons de ce bord de mer. J’aime la musique qui s’échappe des murs de bois de leur modeste demeure.

Un jour, lors d’une promenade à pied, nous avons rencontré deux adorables dames, assurément d’un certain âge. Elles sont nées à Hopkins, mais après leurs études en soins infirmiers, elles avaient migré aux États-Unis pour y travailler. Elles sont revenues pendant leurs vacances pendant des années, jusqu’à ce que le temps de la retraite se pointe le bout du nez. Elles vivent maintenant dans ce climat plus chaud, leur pays natal. L’une d’elles raconte qu’elle travaillait en obstétrique et qu’elle a vu naître des milliers d’enfants. Un sourire inonde son visage sous son chapeau de paille, un peu défraîchi, mais toujours utile sous le soleil du Belize. L’autre dame ajoute, avec les yeux noirs pétillants, qu’elle travaillait en salle d’opération. Elles sont radieuses et enjouées. Une belle rencontre, qui nous a laissés le cœur chaud.

Nous apprécions les salutations des habitants, jeunes ou vieux. Ils semblent nous reconnaître après les premiers jours et en profitent pour vérifier si tout va bien. Nos déplacements à pied sont parfois accompagnés de chiens qui viennent eux aussi nous saluer, sans même émettre le moindre son. Nous comprenons rapidement qu’ils sont doux. Nous croisons régulièrement des cyclistes, le vélo étant un moyen de transport très utilisé par des gens de tous les âges.

La pauvreté est présente partout à Hopkins, les familles vivent de la pêche et plusieurs d’entre elles ne vivent que d’un seul salaire. Malgré tout cela, nous nous sommes toujours sentis en sécurité à Hopkins. Nous étions prudents, bien sûr, mais comme partout ailleurs. Encore ici, pas de richesse affichée, autant pour ne pas trop attirer l’attention que par respect pour les moins nantis.

La veille de notre départ, nous sommes arrêtés chez Innies pour saluer nos serveuses préférées. Marcella travaillait seule. Je lui ai souhaité une très belle vie. Émue, elle m’a remercié chaleureusement et m’a demandé: “Can I give you a hug?” Oui, Marcella, tu peux. Et nous nous sommes fait une accolade. J’ai fait les mêmes voeux pour Flor, Marcella lui fera le message.

Flor et Marcella ne sont pas les noms réels de nos serveuses du resto Innies. J’ai changé leur nom car je n’ai pas demandé la permission d’utiliser leurs vrais identités. Si un jour elles me lisent, je tiens à leur affirmer que leur nom et leur sourire sont à tout jamais inscrits dans mon cœur.

 

6 réponses à “Hopkins, en douceur

  1. Merci de partager votre aventure. J’aime vos photos.
    Denis

    J'aime

  2. Quelle douceur dans ces photos, comme hors du temps! Un avant-goût tropical très motivant.
    Amicalement
    Virginie

    J'aime

  3. Décidément, tu racontes si bien que j’étais à vos côtés, marchant, croisant ses visages qui semblent familier et imaginant leurs sourires. Merci Jo, tu écris si bien avec cette bienveillance qui m’émeut. Merci

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s