Mayapan, Mani et Oxkutzcab

D’un pas léger, mon amoureux et moi marchons vers la Chaya Maya, le sourire aux lèvres. Nous aimons bien ce resto sans prétention du centre-ville  de Mérida avec sa décoration simple et sa cuisine typique de la région. Le temps est doux, le soleil se montre le bout du nez. Bien accueillis à notre arrivée, nous nous dirigeons vers la table qui nous est désignée. Il est 7 heures du matin. La journée commence bien.

Ces jours-ci, nous profitons de la liberté offerte par notre petite voiture pour découvrir les environs et ce matin, l’exploration de Mayapan figure tout en haut de notre liste de souhaits. Quoique très importantes, ces ruines sont plus difficiles à joindre par les transports en commun et ne font pas partie des circuits offerts habituellement parmi les visites guidées. Jusqu’ici, nous avons visité plusieurs sites archéologiques, autant au Mexique qu’au Bélize, au Guatemala et au Honduras. Une expérience inoubliable à chaque fois. Vous m’avez souvent entendu dire que mon seul regret est de les avoir déjà explorés, parce que je n’aurai plus jamais le plaisir de les voir avec les yeux de la première fois. Je crois que cela dit tout sur le plaisir que nous anticipons ce matin. C’est notre première visite à Mayapan. Un vrai cadeau.

Au volant de notre petite voiture, nous traversons des paysages légèrement vallonnés, des forêts parfois denses et des terres cultivables. Nous sommes au pays de citronniers et de la culture maraîchère. Un plaisir pour les yeux. Nous arrivons à Mayapan sans complication, le cœur battant. C’est avec une douce anticipation que nous abordons la visite sous un soleil ardent. Le chant des oiseaux nous accueille à l’entrée et un vent très léger s’infiltre entre les édifices, ajoutant au mystère. Il n’y a pas âme qui vive sur le site et nous en profitons pour rêver à notre guise à la vie qui se déroulait dans la ville. Le temps d’un arrêt, la lecture des descriptions devant chaque structure nous plonge dans ces temps anciens. Pendant que je prends des photos, Robert complète les informations en me faisant la lecture directement de notre guide de voyage,  assis sur une pierre ou sur une marche d’escalier. Une douce habitude.

Que nous raconte l’histoire au sujet de cette cité antique? J’ai consulté plusieurs sites et comme d’habitude il y a plusieurs contradictions, je me suis donc fiée aux informations officielles du gouvernement du Mexique.

Mayapan était une cité fortifiée, d’inspiration à la fois Maya et Toltèque. Même si les traces des constructions dans la région datent des années 300 à 600, la cité prit son essor entre les années 1200 et 1450. Elle gagna en importance à partir de cette époque et compta jusqu’à 12,000 habitants. La ville est reconnue comme étant la dernière capitale Maya du Yucatán. L’ensemble des résidences, des édifices officiels et les cénotes étaient abrités à l’intérieur des murs, construits sur des plateformes. Plus de 4000 structures ont été répertoriées.

Mayapan serait née des insatisfactions envers la gestion de Chichen Itzà. Devenue un important site administratif, les familles environnantes élisaient des membres de leurs familles pour participer à l’administration de la région. Parmi les familles très influentes, le nom de la lignée des Cocoom revient souvent. Plusieurs années plus tard, lors d’une rébellion, toute la ville fut détruite et brûlée. Selon certains auteurs, les luttes incessantes entre les différentes puissances du Yucatan auraient facilité la prise de pouvoir des espagnols.

Partout nous retrouvons des indices confirmant l’inspiration de Chichen Itzà. Un bel exemple est le Castillo de Kukulkan. Ça vous rappelle quelque chose? Certes plus petit que celui de Chichen Itzà, il n’en demeure pas moins intéressant, avec le Dieu Chac-Mool représenté à son sommet. Mais, vous vous en doutez bien, l’édifice qui m’impressionne le plus est une construction circulaire qui me rappelle l’observatoire de Chifchen Itzà.

Nous parcourons lentement l’ensemble des structures en essayant de nous imaginer les résidences couvertes de stuc et peintes de couleurs vives, les gens qui vaquent à leurs occupations. Émerveillés par tant d’ingéniosité, nous tentons de nous représenter la vie telle que vécue il a plusieurs centaines d’années, avant l’arrivée des espagnols.

Après notre plongée dans le passé, l’heure est venue de commencer nos visites des villages environnants. Certaines petites villes de la région cachent des bijoux architecturaux tels que des monastères construits à l’époque de l’arrivée des espagnols. Connue sous l’appellation « La route des couvents », cette tournée est un des rêves de mon amoureux depuis des années. Mani étant la ville la plus rapprochée, elle devient notre prochain arrêt. Un retour du passé presque brutal, conjugué au présent, dans un petit village endormi sous le soleil de l’après-midi. À cette heure-ci, tout semble désert. Il n’y a presque personne dans les rues, l’église est fermée et je me retrouve chez les policiers pour demander des informations dans un espagnol que je souhaiterais meilleur.

Après avoir rangé notre petite voiture, nous partons à pied pour explorer les environs et peut-être, trouver un endroit pour prendre une bouchée. Finalement attablés, seuls dans un immense resto, nous avons l’impression d’être à l’extérieur du temps. C’est pourtant l’heure de la comida corrida, le repas principal au Mexique, mais le resto est désert! Plusieurs hypothèses me passent par la tête. Il fait chaud et c’est l’heure de la sieste? Le resto est bien tenu, mais où sont les clients? Tout le monde est au travail?

Nous reprenons notre exploration dans les rues désertes sous un soleil qui encourage à la sieste. Avant de retourner à la voiture, nous marchons vers l’immense église aperçue plus tôt. Elle ouvrira ses portes plus tard, mais nous ne voulons pas attendre plus longtemps, il faudra bien retourner à Mérida avant la nuit.

Les murs ocres du monastère tranchent sur le ciel bleu, baigné de la lumière de l’après-midi. Encore une fois, nous sommes seuls. Robert marche près de moi et j’entends le bruit de ses pas dans l’herbe séchée, couvrant momentanément le chant timide des oiseaux.

C’est en silence que nous prenons la mesure du passé de l’immense édifice. À une époque ancienne, un missionnaire appelé Fray Diego de Landa Calderón aurait institué un tribunal religieux à Mani. Suite à ses inquisitions, des objets sacrés et des idoles Mayas furent découverts et brûlés sur un immense bûcher, détruisant ainsi presque tous les livres Mayas originaux. Une immense perte pour l’humanité.

Malgré la fin de la journée qui approche, nous décidons de faire un arrêt à Oxkutzcab, une ville tout près. Plusieurs surprises nous y attendent. Contrairement à Mani, la ville est très animée. Il y a des gens partout, vaquant à leurs occupations. Nous retrouvons avec plaisir ces bicyclettes aperçues dans la région de Rio Lagartos, mais aussi d’étranges petites voitures taxi comme celles que nous avons empruntées en Asie.

Nous voici dans un autre monde! Plusieurs femmes portent le costume traditionnel, de jolies robes blanches garnies de broderies colorées. Après quelques détours pour prendre le pouls de la vie du village, nous aboutissons à un grand marché, juste devant une imposante église. Un policier, l’air sérieux et le torse bombé, nous indique où nous stationner. Les activités du marché seront bientôt terminées et les vendeurs nettoient leur étal. En explorant les alentours de l’édifice qui abrite le marché, une autre surprise nous émerveille : la corniche de l’un des côtés du bâtiment est en réalité une longue fresque racontant des scènes de la vie de la région.

Nous sommes si conquis par la vie de ce village que nous projetons une autre visite le lendemain matin pour mieux l’apprécier. Heureux de notre journée, nous reprenons la route en suivant bien les instructions de la voix de Navmi. Il nous faut peu de temps pour comprendre que la voix n’a aucune idée qu’elle nous dirige vers des sens uniques et que nous ne pouvons exécuter ce qu’elle nous recommande. Elle nous ramène sans cesse à la même rue sous prétexte que nous l’avons manquée! Et c’est très difficile de nous diriger dans la bonne direction ou même demander notre chemin car nous n’avons pas la moindre idée de la route que nos cherchons. Nous avons emprunté des chemins de campagne pour nous rendre ici et retourner à Mérida en reprenant ces routes prendrait un temps fou. Finalement je vois un écriteau indiquant la direction de la route principale que nous avons suivie ce matin. Cette expérience, qui nous aura coûté un temps précieux, nous apprend que Navmi n’est pas idéale pour cette région-ci et que nous devrons trouver une alternative.

Nous empruntons la route vers Mérida alors que le jour est tombé. Je rêve alors d’un margarita, confortablement assise avec mon amoureux, sous les arcades d’un resto juste en face du zocalo et d’admirer les danses traditionnelles. Vamos!

Mérida, la ville blanche

Mérida, la capitale du Yucatán, devient notre base pour les prochains jours. Appelée aussi la ville blanche, elle doit ce surnom à sa réputation d’être une ville propre. Elle est aussi connue pour être le meilleur endroit pour acheter un hamac. Pour nous, ce bijou architectural demeure une ville centrale du Yucatán, avec tous les services dont nous avons besoin. Une lavanderia située tout près de l’hôtel rafraîchira nos vêtements pour un prix plus qu’abordable pendant que notre petite voiture nous mènera sur la Ruta Puuc, la tournée des monastères et des villages environnants. Nous reviendrons dormir à Mérida.

C’est avec plaisir que nous retrouvons Mérida à chacune de nos visites. Ses rues étroites, son centre-ville bien vivant, ses resto branchés, ses musées et ses théâtres en font une ville exceptionnelle. Sa vie culturelle est d’une grande richesse et son architecture de style colonial, à couper le souffle. Ses maisons roses, bleues et vertes nous en mettent plein la vue. La cuisine typique de la région ne fait qu’ajouter à la réputation de cette grande dame.

Je me souviens de notre premier séjour à Mérida et de notre découverte de ses danses traditionnelles. Le trajet en autobus à partir de Cancun s’était effectué sous une pluie abondante et de longs éclairs déchirant le ciel. La pluie faiblissait à peine quand nous avions marché jusqu’à l’hôtel, nos sacs sur le dos. Aussitôt nos bagages déposés, mon amoureux m’avait entraînée à l’extérieur pour découvrir la ville sous les premières éclaircies de la journée. C’est là que j’ai été éblouie par les chorégraphies qui se tiennent, chaque soir, sous les arcades des édifices ancestraux entourant le zocalo. Les costumes brodés de fleurs et de dentelles, les danses et la musique m’avaient charmée et j’y reviens avec plaisir à chacune de nos visites.

Le zocalo? Un des plus beaux que nous ayons vu, avec ses arbres et ses fleurs, juste devant la Catedral. La plus ancienne église du continent américain veille sur les environs. Elle aurait été construite à l’arrivée des espagnols dans la région et, comme c’était l’usage à cette époque, érigée avec les pierres des pyramides de la cité antique maya située tout près.

Le zocalo est un beau prétexte pour savourer la vie. Les activités se succèdent à toutes heures du jour. Les enfants se dégourdissent les jambes et courent dans les allées. Les plus petits nourrissent les pigeons, les yeux brillants d’excitation sous le regard attentif de leur mère. Quant aux pigeons, ils n’attendent qu’un geste et quelques grains pour se précipiter sur leur pitance journalière, au grand bonheur de tous. Ils sont des centaines et l’ombre d’un passant suffit à les chasser dans un assourdissant bruit d’ailes. Plus loin, des personnes de tous les âges se reposent sur les bancs, certains le nez rivé sur l’écran de leur téléphone. Ils naviguent sur le net. Depuis longtemps, le Mexique a compris l’importance d’un accès aux services d’internet sans fil gratuits dans les parcs. Inalambrico, comme il est indiqué sur les affiches. Nous aimons particulièrement ses bancs en forme de S où les amoureux viennent se blottir et se regarder dans les yeux.

Plus loin, un groupe pose bruyamment devant les immenses lettres colorées: Mérida. Les éclats de rire font tourner des têtes et provoquent des sourires: la bonne humeur est contagieuse. Pendant ce temps, des passants traversent le parc à grands pas, une chemise de carton beige sous le bras, comme il se fait ici. Il est facile de s’imaginer qu’ils se dirigent vers un rendez-vous tout près et que la chemise contient des documents importants pour eux. Un peu plus loin, un homme en veston, son journal sous le bras, s’arrête devant la chaise d’un cireur de soulier. Ils échangent à peine quelques mots de politesse. Le nouveau venu s’assoit et déplie son journal pendant que ses chaussures reprennent leur éclat sous les bons soins du cireur. En fin d’après-midi, les bancs du jardin central servent de base pour des discussions animées ou tout simplement, pour profiter des derniers rayons de soleil de la journée.

Je pourrais vous parler des musées et des théâtres de Mérida car nous les avons déjà visités, ils ne sont pas la raison de notre présence cette fois-ci. Mais si vous séjournez un jour dans les environs, cela vaut la peine de les explorer. L’histoire de la région est très riche et surtout, très ancienne. Le nouveau Gran museo del Mundo Maya mérite certainement le détour. Vous y apprendrez qu’un météorite tombé dans la région il y a 65 millions d’années, a tout détruit sur son passage, y compris les dinosaures.

La contrée est non seulement riche en vestiges archéologiques, mais elle est aussi dotée d’une faune exceptionnelle. À 95 kilomètres à l’ouest de la ville, nous pouvons facilement nous rendre à Celestún, sur le bord du golfe du Mexique, pour y observer une colonie de flamants roses. J’y serais retournée volontiers, mais cette fois-ci nous souhaitons profiter de la voiture pour visiter une autre partie du Yucatán, moins accessible par le biais des transports en commun.

Cette année, nous logeons dans un hôtel que nous ne connaissions pas. Il est doté d’un stationnement, un incontournable au centre-ville car la circulation y est difficile. L’hôtel est bien situé et il est simple de nous déplacer à pied lorsque nous n’avons pas à sortir de la ville. Nous aimons bien notre chambre et le personnel se montre très attentionné. Par contre, les services internet ne fonctionnent pas adéquatement. Pendant la durée de notre séjour, nous entendrons une variété d’excuses: le service est en évaluation et sur le point d’être changé; pour l’instant un seul appareil fonctionne à la fois; un autre client a pourtant réussi à avoir accès au réseau et, pour terminer, les produits Apple ont plus de difficulté à accéder au système. Nous avons déjà entendu toutes ces excuses lors des voyages précédents, mais pas toutes en même temps. De plus, nous étions à ce moment dans des régions isolées en Asie et je ne m’attendais pas à les entendre dans un pays aussi développé que le Mexique. Surtout pas à l’ère où tout est disponible par le biais de la toile: réserver nos hôtels, établir nos itinéraires en voiture et surtout, maintenir le contact avec notre pays où nous avons tous les deux des responsabilités. Je tairai le nom de l’hôtel en souhaitant que la situation soit maintenant réglée.

Malgré cet inconvénient, nous réussissons tout de même à planifier nos escapades à la campagne. Nous avons acheté des cartes SIM pour nos téléphones dès notre arrivée à Cancun et nos forfaits nous permettent des recherches sur Internet. Heureusement, car de belles aventures nous attendent. Demain, c’est Mayapan, un important site archéologique. Les vieilles pierres nous attendent et le soleil sera de la partie. Vamos!

Noël loin des siens

Cette année encore, mon amoureux et moi passons les fêtes de Noël loin de chez nous. Loin des nôtres et de tous ceux que nous aimons.

L’hiver nous apparait idéal pour partir à l’aventure pendant plusieurs mois. Le temps de Noël et du Jour de l’An n’a pas un attrait si important à mes yeux et la cohue de cette saison ne me manque pas du tout. Ceux que j’aime, oui! Mais, j’imagine qu’ils me manqueraient autant si nous partions l’été.

Cette année, nous passerons cette période de festivités à San Miguel de Allende, une ville construite à flanc de montagne, située à 4 heures de route au nord de Mexico. Nous y avons loué un condo pour trois mois, de décembre à février, notre première expérience de location pour une période aussi longue. Habituellement, nous nous déplaçons à tous les deux ou trois jours, sauf aux rares moments où nous éprouvons le besoin de déposer nos valises pour une semaine.

Le Mexique devient donc notre terre d’accueil pour cette année. Les premiers préparatifs pour la fête de la Navidad nous apparaissent dès la mi-novembre alors que nous parcourons le Yucatàn avec notre petite voiture de location. Les arbres montés et décorés sur les places centrales, les magasins de tissus arborant des motifs de Noël, les décorations en vente un peu partout, nous sentons l’énergie de la saison s’installer graduellement. L’apparition de toutes ces merveilles pour les yeux nous réjouit, non seulement tout au long de notre périple vers Mexico, mais en surcroit sous un soleil radieux.

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Nous observons la construction de l’arbre de Noël de la ville Oxkintok, le premier que nous apercevons cette année, Yucatán, Mexique.

C’est à Mexico que les préparatifs nous épatent le plus et pour cause. Au Centro Historico, un gigantesque sapin est monté juste en face de la cathédrale. D’immenses grues sont nécessaires pour réaliser le projet et nous décidons d’observer les opérations tout en haut du Gran Hotel de Mexico, le temps d’un souper. Le resto sur le toit offre une vue plongeante sur le zócalo et les édifices environnants. En plus d’avoir une vision panoramique sur les travaux autour du sapin, nous observons ceux de la construction d’une immense patinoire, juste à côté. Justement, des hommes l’arrosent à partir de camions citernes stationnés tout près. Je n’ose même pas penser à l’empreinte écologique laissée par cette immense étendue de glace. La nuit, à Mexico, le mercure ne descend jamais jusqu’à zéro alors que le jour il atteint parfois les 23 ou 24 degrés en après-midi. Mais il faut bien l’avouer, cette immense patinoire à ciel ouvert permet aux Mexicains de vivre une expérience réservée habituellement aux pays nordiques.

Au même moment, de l’autre côté de la rue, d’énormes décorations sont hissées sur les devantures des édifices coloniaux qui bordent l’immense place centrale, la deuxième plus grande au monde, après celle de Moscou. Pas besoin de vous expliquer l’intensité des émotions ressenties ici lorsque tout est fin prêt et illuminé. C’est grandiose…et émouvant. Nous avons vécu cette expérience il y a quelques années lorsque nous avons marché sur cette place devenue magique, en compagnie de milliers de Mexicains. Je ne l’oublierai jamais et je n’ai qu’un seul regret: cette année, nous serons loin de Mexico au moment où tout sera terminé.

Nous ne sommes pas en reste à notre arrivée à San Miguel de Allende. Partout les arbres de Noël ornent les devantures des magasins, des restaurants et des hôtels. Celui devant la Parroquia, la basilique qui veille sur le zócalo central, se dresse toujours aussi beau que les années précédentes. Des piñatas sont suspendues sous les arcades des édifices environnants et un ciel de lumières déployé au dessus des rues qui mènent au jardin principal. Ces rues sont fermées à la circulation et permettent un accès sécuritaire à la place centrale ainsi qu’à ses commerces.

Le 12 décembre, nous avons un avant-goût des activités religieuses traditionnelles. C’est la fête de la vierge de la Guadalupe, très vénérée au Mexique. Les activités durent trois jours, avec des feux d’artifices tous les soirs. Le Mexique est un pays catholique et ses fêtes en témoignent bien.

San Miguel de Allende étant une ville très appréciée par les touristes, nous assistons, quelques jours avant Noël, à l’arrivée de vacanciers. Ils arrivent d’un peu partout: des Etats-Unis, de l’Ouest canadien et bien sûr, des autres régions du Mexique. Des familles entières se regroupent et les enfants dégustent des sucreries ou s’amusent avec les ballons achetés au marchand ambulant. Certains passants admirent l’immense crèche montée sous le pavillon central du parc avec des animaux vivants qui broutent juste devant. Le jardin s’est paré de poinsettias rouges, leur couleur flamboyante  tranche sur le vert des arbres parfaitement taillés.

Un peu plus tard, en soirée, des musiciens de rue donnent un spectacle et plusieurs passants s’arrêtent pour suivre les rythmes entraînants. Nous sommes habituellement peu friands des villes très touristiques mais San Miguel de Allende a su garder son allure coloniale et franchement, toute cette activité de gens heureux est tout simplement délicieuse! La ville a revêtu son manteau des jours de fêtes pour le plus grand bonheur des promeneurs. Nous aimons beaucoup.

Le soir de Noël, nous avons une surprise en traversant le parc, les cloches de La Parroquia résonnent à toute volée devant des centaines de personnes réunies comme tous les soirs sur la place centrale. Pendant un moment, la plupart d’entre d’entre nous gardons le silence pour apprécier la beauté du son des carillons. Comment une telle foule peut se montrer si calme sur une place publique aussi achalandée? Certes, cet endroit privilégié par les promeneurs du soir est habituellement calme malgré tous ceux qui s’y prélassent, mais cette fois-ci, c’était impressionnant! Et touchant.

 

Je vous entends me demander: « Et les cadeaux dans tout cela? » Oui, il y a des échanges de cadeaux au Mexique. Mais ils arrivent le 6 janvier, apportés par les rois mages. Bien sûr, certaines familles échangent des cadeaux à Noël et au Jour de l’An, mais la fête principale des enfants est la journée des Rois. Le Jour de Noël est célébré en famille, quant au Jour de l’An, ce sont des festivités comme dans tous les autres pays du monde. Feux d’artifices compris!

Et si l’on en juge selon le nombre de visiteurs qui continue d’affluer depuis Noël, ça promet.

Chichen Itzà

Chichen Itzà, la quatrième visite pour mon amoureux. La troisième pour moi. Ce n’est pas mon site archéologique préféré mais j’y reviens toujours avec plaisir, autant pour admirer à nouveau ses merveilles, que pour voir les étincelles dans les yeux de mon amoureux. Nous aimons les vieilles pierres et leur histoire. Celles de Chichen Itzà sont classées au patrimoine de l’Unesco et valent amplement un arrêt. En nous promenant, le nez en l’air, nous essayons d’imaginer les constructions comme elles se dressaient à l’époque où la cité étaient habitée, ses murs recouverts d’un stuc lisse, peint de couleurs vives, les habitants vacant à leurs obligations ou pratiquant des rituels pour plaire aux dieux. Des heures de rêveries et d’émerveillement. Aujourd’hui, le soleil est lumineux, la température agréable et vous nous accompagnez.

À notre entrée sur le site, El Castillo nous accueille, toujours aussi imposant sur un fond de ciel bleu. C’est dimanche après-midi, il y a foule. Les vendeurs ambulants sont nombreux, beaucoup plus nombreux qu’à notre dernière visite.

Un peu d’histoire? Peu d’écrits anciens existent au sujet de Chichen Itzà. Comme pour tous les sites, beaucoup d’inconnues et même des contradictions demeurent. Voici ce que j’ai pu récolter. Tout d’abord une ville Maya, fondée vers 415-435 de notre ère, elle devint un important lieu de pèlerinage au cours des siècles. Selon les recherches, elle aurait été abandonnée, puis de nouveau occupée jusqu’à l’arrivée des Toltèques, un peu avant les années 1000. Les nouveaux arrivants donnèrent à la cité un nouvel essor, mêlant les connaissances et les styles d’architecture avec ce qui existait déjà. Une nouvelle partie de la cité fut construite.

Vous comprenez maintenant notre fascination pour ces sites archéologiques. Des cités entières, chargées d’histoire et de secrets, abandonnées parfois pour des raisons nébuleuses. Nous sommes éblouis par les connaissances et l’ingéniosité de ces peuples anciens. Une belle leçon d’humilité.

Lors de notre première visite, il y a plusieurs années, nous avons pu escalader la fameuse pyramide de Kukulkan, appelée aussi El Castillo. Aujourd’hui, c’est interdit. L’énorme construction n’en est pas moins majestueuse même si elle nous apparaît toute simple. Elle fait maintenant partie des sept merveilles du monde. Selon les experts, l’édifice serait en réalité un calendrier Maya. En comptant les marches sur ses quatre faces ainsi que la dernière qui mène au temple tout en haut, le compte fait tout juste 365! Aux équinoxes du printemps et de l’automne, au coucher du soleil, un serpent apparaît sur les pierres le long des escaliers qui mènent en haut de la pyramide, à partir de la tête de pierre que l’on peut apercevoir aux pieds des escalier jusqu’à sa queue tout en haut de l’édifice. Nous n’avons jamais eu l’occasion d’observer le phénomène, mais je suis impressionnée tout de même. Pour compléter la magie, nous savons maintenant que la pyramide est construite sur un cénote, une réserve d’eau souterraine. L’eau était une denrée rare dans la péninsule du Yucatan, ces réserves d’eau étaient nécessaires à la survie du peuple. Il est probable d’ailleurs que la pénurie d’eau ait précipité la chute de certains de ces empires.

Derrière El Castillo, nous retrouvons le Temple des guerriers et juste devant, le Temple des mille colonnes. Autrefois, les édifices devaient être recouverts de toits construits de matières malheureusement dégradables. Il ont disparu depuis longtemps, ne laissant que les pierres des murs et les colonnes. Un marché s’y tenait vraisemblablement, tout près. Là non plus, nous ne pouvons désormais plus entrer et nous promener entre les colonnes. Les Mexicains savent comment protéger leur patrimoine et le nombre de visiteurs annuellement justifie certainement ces mesures de protection. De loin, je peux encore apercevoir le Chac Mool, le dieu de la pluie Maya, placé tout en haut de l’escalier menant au temple des guerriers. Les offrandes étaient déposées sur son ventre. Les sacrifices humains ont eu lieu à Chichen Itza, impossible d’en douter. J’ai lu que ces rites auraient été introduits par les Toltèques, un peuple plus guerrier.

Pour ma part, je préfère El Caracol, cet édifice en forme circulaire qui servait d’observatoire. Des ouvertures permettaient d’observer certains astres plus spécifiquement. Quatre portes sont ouvertes sur les points cardinaux. Cela m’impressionne, car l’on parle ici d’une construction des environs de l’an 1000!

Puis nous dirigeons vers le jeu de balle. El jugeo de pelote, populaire à travers les siècles. Chichen Itza possède le plus grand des terrains dédiés à cette activité en mésoamérique. Des inscriptions anciennes décrivant des scènes du jeu y sont encore déchiffrables sur un des murs.Toutes les cités possédaient un ou plusieurs de ces terrains de jeux, selon leur importance. Chichen en possédait plusieurs. La balle, en matériau dur, pouvait peser plusieurs kilo. Les joueurs devaient arrêter et projeter la balle avec leurs hanches, leurs bras, sans se servir de leurs mains. Malgré les protections sur certaines parties du corps, il est facile d’imaginer l’effet d’un coup de balle sur les parties exposées. Sur le terrain, l’acoustique est impressionnant, les bruits des coups et des cris devaient être décuplés. Le sort du perdant ou du gagnant n’est pas clair et semble dépendre de plusieurs paramètres. Par contre, nous savons que sous le règne des Toltèques, il y aurait eu des mises à mort, mais l’histoire ne décrit pas si s’agissait du capitaine de l’équipe perdante ou peut-être même de celui de l’équipe gagnante…

Nous terminons notre visite en empruntant le sacbé, un chemin ancien qui mène vers le Cenote Sagrado, où des offrandes étaient jetées pour faire plaisir aux dieux.

Le site est changé depuis notre dernière visite, mais la magie opère encore.

Nous devons quitter maintenant, car nous dormons à Mérida. Il y aura d’autres sites archéologiques, c’est une promesse. Ils sont tous différents mais leur ambiance est magique.

Rio Lagartos

« Vous avez atteint votre destination ».

C’est la voix de notre application de navigation Navmii. Nous l’avons appelée Rosa. Elle nous a indiqué le chemin depuis Cancun ce matin et nous accompagnera pendant notre traversée du Yucatán, du Tabasco, de l’état du Veracruz et la partie à l’est de Mexico.

Pour les deux premières semaines de notre voyage, nous avons loué une voiture afin d’effectuer le trajet entre Cancun et Mexico. Cela fait beaucoup de kilomètres à parcourir en peu de temps mais l’autonomie que nous apportera l’auto nous permettra d’accéder à des villages et à des sites archéologiques plus difficiles à atteindre par le biais des transports en commun.

Notre premier arrêt est une petite ville, située au nord de Valladolid, appelée Rio Lagartos. Nous somme surpris d’arriver si tôt. Le village nous semblait encore à une heure de route. Pourtant Rosa a bien raison. Devant nous c’est la mer, le golfe du Mexique. Des bateaux de pêcheurs sont amarrés au bord du quai. Derrière nous, se dresse notre hôtel. Le temps de garer notre petite voiture, de sortir nos bagages, nous réalisons que nous sommes une heure plus tôt que celle de Cancun, ce qui explique notre arrivée avant l’heure prévue. Cela tombe bien, nous pourrons profiter plus longtemps de ce village de pêcheurs, endormi sous le soleil du golfe du Mexique.

Pourquoi nous rendre dans ce village isolé, situé au bout de la route? Pour sa réputation d’être une réserve naturelle de la Biosphère. Pour ses eaux colorées et ses flamants roses. Quelques minutes après notre arrivée, nous cherchons quelqu’un qui peut nous amener en promenade sur l’eau.

En attendant l’heure prévue, une ballade à pied nous fait découvrir un village tranquille qui nous semble presque désert à première vue. Pourtant, la vie est là, cachée par les murs de ses résidences pour la plupart modestes, petites et d’une grande simplicité. Nous entendons des voix, des rires d’enfants, des échos de discussions. Il y a peu de voitures, les gens transportent leurs marchandises à l’aide d’un curieux vélo muni d’un support en métal en avant pour accueillir leur marchandise. En bordure de l’autoroute, nous avons observé des habitants qui les utilisaient pour transporter du bois. Ici, nous avons vu une femme prendre place en avant assise au lieu de la marchandise! Cela ne doit pas être d’un grand confort… Au centre de la ville, près de l’église et du parc central, une petite épicerie crée un peu d’achalandage. Il nous faut payer nos achats en argent. Peu de commerces acceptent les paiements par cartes de crédit et les habitants doivent se rendre à Tizimin, une ville voisine pour avoir accès à un guichet automatique…

À l’heure prévue, vers quinze heures, une barque nous attend pour notre ballade de plus de deux heures à travers les mangroves. La région est reconnue non seulement pour ses oiseaux roses mais aussi pour ses eaux rosées à certains endroits, cette couleur serait due à l’eau très salée et aux reflets du soleil sur les flots. Une immense saline y est exploitée, un peu plus loin. Des hommes pêchent. Le filet de l’un s’est pris au fond de l’eau et notre guide lui donne un coup de main pour le libérer. Le filet du pêcheur est rempli de petits poissons. Après un court échange, il en lance un à celui qui lui est venu en aide.

 

Il y a peu de touristes et nous avons la chance d’observer une multitude d’oiseaux en toute quiétude. Le soleil d’après-midi nous réchauffe juste ce qu’il faut pour rendre la ballade confortable.

 

Un petit crocodile vient nous saluer, attiré par le poisson que lui tend notre guide. Sur le chemin du retour, le ciel change graduellement de couleur. Au loin, le soleil commence sa descente dans l’eau.

 

Mais le point culminant de notre promenade est sans conteste notre rencontre avec les flamants roses. Notre guide connaît bien sa région, il sait qu’en fin d’après-midi ils se posent devant le village où une eau peu profonde leur permet de se nourrir. Retenant notre souffle et sans faire de bruit, nous nous retrouvons au beau milieu du rassemblement.

 

Quelle magie! Ils sont d’un rose presque orangé. Ils avancent dans l’eau d’un pas presque saccadé, leur long cou esquissant de gracieux mouvements. Leur bec noir plonge brièvement dans l’eau pour y tirer de la nourriture. Certains s’envolent soudain ne laissant derrière eux que le bruit de leurs battements d’ailes. Les autres se laissent flotter sans bruit dans la nuit qui s’installe tranquillement. C’est l’heure de rentrer.

 

Nous repartons presque à regret le lendemain matin, après un petit-déjeuner avec vue sur l’eau et les bateaux de pêcheurs. Une autre lente promenade dans le village nous ramène à notre hôtel. C’est tranquille, nous sommes dimanche. La plupart des touristes ne se rendent à Rio Lagartos que pour quelques heures et repartent aussitôt. Nous sommes heureux d’y avoir dormi et nous serions resté plus longtemps.

 

C’est bientôt l’heure de plier bagages afin de reprendre la route. Nous devons arrêter au guichet automatique à Tizimin et mon amoureux souhaite arrêter à Chichen Itza avant d’arriver à Mérida….

C’est moi qui conduit, mais c’est Rosa qui dicte le chemin.

Les yeux de Orchha

Orchha, un village tranquille du Madhya Pradesh, blotti dans un immense site archéologique avec deux palais, des mausolées et plusieurs temples…vestiges des temps anciens. Bien loin de l’agitation et des sollicitations de Khajuraho. Une toute petite ville toute simple. D’un autre âge, d’une autre culture.

Notre premier repas à Orchha est inoubliable. Il fait plus doux en cette fin d’après-midi et nous choisissons un resto avec une terrasse sur le toit, juste devant les châteaux. Un bonheur pour les yeux. Après une longue attente, nos plats sont enfin déposés devant nous. Les odeurs qu’ils dégagent ravissent nos estomacs affamés. Notre petit-déjeuner pris très tôt avant le départ du train de Khajuraho est bien loin déjà. Un dal de lentilles jaunes, un aloo gobi et des pains naan! Des plats juste assez épicés…

Du coin de l’œil, je vois passer de grands singes un peu plus loin et me lève pour m’assurer qu’ils ne viennent pas vers nous. Mais non, ils partent dans une autre direction. Nous continuons notre repas, mieux vaut manger tandis que tout est encore chaud. C’est tellement bon!

Tout à coup, je sens une présence à côté de moi. Des grands singes se servent à même nos naans! Celui qui est le plus près de moi dépasse la table à partir du torse. Juste à la bonne hauteur pour se servir confortablement. Ses yeux à la hauteur de mes yeux. Je hurle. De peur, bien sûr mais aussi de colère de me faire piquer un repas si attendu! Sans réfléchir, je me lève et les intrus reculent. Le renfort arrive. Mes cris ont alerté les serveurs qui chassent prestement les gourmands. Tout se déroule tellement vite que mon amoureux n’a pas le temps de se lever. Lui qui est toujours prêt à me protéger!

Nous avons droit à de nouveaux naans, les autres plats n’ont pas été touchés et nous terminons notre festin sous l’œil attentif des serveurs, munitions en main pour éloigner les intrus. Le cuisinier raconte que les singes tentent souvent de le rejoindre dans sa cuisine. Il ne veut pas utiliser des pierres alors il leur lance ce qu’il a sous la main. Parfois des tomates, des patates…cette fois-ci c’est avec des petits oignons rouges que la chasse s’effectue. Et je doute que les primates apprécient…

Les deux palais de Orchha valent bien le détour. Datant du 16e et du 17ème siècles, ils sont encore impressionnants avec leurs portes en arcades et leurs cours intérieures. L’un des deux, le Jahangir Mahal, aurait été construit en l’honneur de Jahagir, un empereur Moghul, par son ami de très longue date, Veer Singh Deo. On raconte que l’empereur n’y aurait séjourné qu’une seule fois. Incroyable dépense d’argent, de temps et de matière première mais un vrai régal pour les yeux. Une véritable incursion au pays des mille et une nuits

 

Tout à côté, le Raja Mahal est encore plus finement ciselé. Encore aujourd’hui, il est possible d’admirer les peintures qui recouvrent les murs de certaines pièces, peu exposées à la lumière. Les portes de ces chambres sont fermées mais les gardiens ne se font pas prier pour les ouvrir. Imaginez pendant quelques minutes cette construction de cinq étages d’un côté et de quatre de l’autre, ses terrasses couvertes de tapis et de coussins. Les murs des pièces intérieures couverts de scènes impliquant Lord Rama, Khrisna tandis que d’autres représentent la vie quotidienne de l’époque. Un voyage dans le temps!

Les sites archéologiques sont disséminés dans la ville et nous devons nous déplacer à travers les petites rues pour les visiter. Nous adorons bien sûr ces escapades pédestres. Mais à certains moments, je me sens mal à l’aise. À plusieurs endroits, selon les habitudes d’ici, les hommes se regroupent sur le bord de la rue pour discuter, assis en demi-cercle pour déguster un tchaï. Du coin de l’œil, je vois souvent un de ces hommes donner un coup de coude à ses amis en m’apercevant. Les autres se retournent et m’examinent alors intensément lors de notre passage. Ils baissent à peine le regard lorsque je les regarde. Aucunement timide, je suis habituée à me faire regarder en voyage. C’est normal, je ne suis pas chez moi. Blanche avec les yeux bleus, portant des vêtements différents, je puis comprendre que cela attire l’attention. Mais habituellement un sourire finit par détendre l’atmosphère et les salutations fusent. Pas ici. Je ne me sens pas en danger, juste scrutée intensément, dans un lourd silence. Sans gêne, ni respect. Lors d’un repas, je questionne notre cuisinier-chasseur-de-singes et il explique que l’intention de ces gens n’est pas d’être déplacés. Leurs actes découlent d’une simple curiosité qu’ils ne pensent même pas à dissimuler. Il s’agit souvent de gens qui ont peu vu de touristes. Je comprend mieux. D’autres femmes touristes m’ont confirmé que cela leur arrive aussi. Mais parfois c’est trop et mon amoureux se fâche par un bel après-midi alors qu’un groupe d’adolescents me regarde intensément, debout juste devant moi, assez près pour me toucher. Occupée à lire dans notre guide de voyage, j’ignore les intrus. Mais je ne pourrais faire un seul pas tant ils sont proches! Et « sir » Robert fait une colère et les chasse protégeant ainsi sa princesse.

Le lendemain, la visite du palais de Datia, le Birsingh Deo, s’avère aussi passionnante que celle des palais de Orchha. Nous sommes pratiquement seuls pour visiter l’ancienne résidence du maharaja. Il a plusieurs étages et même si j’ai le vertige, je ne veux rien manquer. Les quartiers du maharaja sont situés au centre du palais et sont répartis sur sept étages.

À la fin de la visite, le guide nous demande si nous voulons rester un peu pour jouir un peu plus longtemps de la vue du troisième étage. Nous acceptons et j’en profite pour prendre des photos. Robert pour explorer davantage. Au moment de redescendre, nous cherchons l’escalier. Totalement intéressés par les propos de notre guide, nous n’avons pas prêté attention. D’autant plus que les marches sont toutes dissimulées derrière un mur et qu’il est bien difficile de reconnaître l’escalier par lequel nous sommes montés. Il y a bien plusieurs descentes mais celles que nous empruntons sont verrouillées à l’étage du bas et il nous faut remonter. Nous finissons par retrouver notre chemin à l’aide des jeunes des environs qui se promènent par là. Quelle aventure!

En fin d’après-midi, alors que nous marchons à travers le marché de Orchha, l’attention de mon amoureux est attirée par un bel étalage de biscuits colorés disposés en pyramide dans une boutique située tout juste en bordure de la rue. Vous connaissez la passion de cet homme pour ces desserts, aussi bons pour les yeux que pour le palais. Il s’approche tranquillement pour mieux voir alors qu’une vache s’approche elle aussi, venue d’un autre côté. Assis devant sa propre boutique, un marchand de l’étal voisin, lève les yeux de son journal et aperçoit la vache qui s’approche de plus en plus. Il crie à son voisin qui accourt aussitôt de l’arrière de son magasin pour protéger sa marchandise. Il arrive tout juste après que la vache ait humé les pâtisseries et risqué un grand coup de langue. Il chasse l’intruse sans trop de ménagements. Le marchand replace tranquillement ses pâtisseries sous l’œil dégouté de mon amoureux…Pas de pâtisserie pour lui…la vache est arrivée première!

Notre séjour à Orchha est teinté d’expériences diverses. Ce soir nous soupons à notre resto préféré, mais à l’intérieur cette fois-ci pour éviter nos amis les singes. Cet endroit calme où les clients discutent tranquillement se transforme presque instantanément à l’arrivée de trois touristes qui se mettent à faire un vacarme assourdissant. Ils discutent fort et rient à gorge déployée. Ils ont trouvé le moyen d’avoir une bouteille de vin, une denrée rare à Orchha. L’alcool n’y est pas vendue ouvertement. En soit, il n’y a pas de mal à boire du vin et celui-ci provient Sula, un vignoble près de Nasik. Nous y avons fait un saut l’an dernier. Le vin est délicieux. Mais ce soir, le ton monte rapidement jusqu’à ce que le trio fasse un appel avec leur tablette électronique. Ils parlent tellement fort que plus personne ne s’entend parler. Ils crient et doivent répéter car leur interlocuteur ne semble pas comprendre. Robert leur demande poliment de baisser la voix. Mais il s’attire des refus et des insultes suivies d’une invitation à sortir du resto s’il n’est pas content. À notre grande surprise d’autres clients parlent leur langue et il s’ensuit une engueulade bien sentie. Un italien n’a pas apprécié les insultes que Robert a récoltées, il le dit haut et fort. Un autre couple vient à la rescousse. Tous sont dérangés par le trio et outrés de leur comportement. Mais rien n’y fait. Les serveurs découragés ne savent plus quoi faire. Ils appellent leur patron à leur secours. Une des femmes du bruyant trio se met à m’imiter lorsque je discute avec le serveur au sujet du plat qu’il vient de me servir. Je la regarde mais je ne dis rien et ne lui accorde aucune autre attention. Cela ne vaut pas la peine. Et cela ne mènera à rien. Si deux couples d’Italiens n’ont pas réussi à les arrêter, mieux vaut lâcher prise. Heureusement le patron arrive et se rend à la table du trio maléfique qui quitte le resto non pas sans avoir passé des commentaires désobligeants sur les plats qui leur ont été servis. Ouf! Nous avons droit à des excuses du patron et des employés. Mon amoureux fulmine, avec raison. Moi je me dis que la vie s’occupera bien d’eux. Mais cette aventure nous a quand même un peu secoués. C’est si loin de nos valeurs.

Au déjeuner, le lendemain matin, le cuisinier-chasseur-de-singes nous raconte que ces gens de la veille ne seront plus admis au resto et il avoue son impuissance. « Je sais comment agir quand il s’agit de gens de mon pays, mais hier soir c’étaient des étrangers, personne ne savait quoi faire… ». Mais bon, cette aventure nous a liés avec ce courageux Italien venu à la rescousse de Robert. Il a gagné mon respect pour la vie. Ainsi que sa douce Roberta, aussi ahurie que moi de voir son amoureux habituellement calme devenir si furieux! Espérons que nous pourrons nous revoir. En Italie ou au Québec. Nous allons certainement garder le contact.

Notre séjour à Orchha a été vraiment riche en aventures et en belles rencontres. Il y a aussi Marie et Patrice, rencontrés à notre hôtel pour une période trop courte. Nous gardons aussi le contact.

Avant notre départ, mon amoureux a bénéficié d’une coupe de cheveux qui s’avérait absolument nécessaire depuis un bon moment. Il a trouvé son compte chez un barbier installé dans un minuscule abri au bord de la route avec en plus, un bon rasage et de massage de tête. Il en est ressorti tout beau, tout frais.

Nous partons pour Gwalior par un bel après-midi en laissant une ville qui nous a fait passer par toutes les émotions. Heureusement, celles qui demeurent sont le souvenir des magnifiques palais et de belles personnes dont nous garderons un excellent souvenir.

Les toits de Varanasi

Varanasi, notre deuxième séjour dans cette ville que nous aimons sans l’aimer. Même si nous avons apprécié notre première visite il y a quelques années, un retour à Varanasi ne faisait pas partie de nos projets. Mais en raison de sa proximité du site archéologique de Sarnath, la décision de s’y arrêter s’est prise toute seule. Après son illumination à Bodh Gayá, d’où nous arrivons, Lord Buddha se serait dirigé vers la région de Sarnath et il y aurait prononcé son premier sermon. Une étape importante dans l’histoire du Bouddhisme.

Lors de notre premier séjour à Varanasi, la magie avait mis beaucoup de temps à s’installer. Il avait fallu que nous déménagions dans un hôtel sur le bord du Gange pour ressentir enfin le côté mystique de cette vieille cité. Pourquoi? Parce que Varanasi a un autre visage. Celui qui se développe lorsque des touristes sont regroupés au même endroit. Lorsque l’appât du gain devient prédominant. Lorsque l’autre n’est plus une personne mais une occasion de faire de l’argent. Lorsque les gens sont si nombreux à offrir le même service qu’il faut se démarquer, faire plus de bruit que les autres pour gagner sa vie. Mais certains choisissent un chemin particulier…un chemin qui rend Varanasi difficile à aimer. Les sollicitations qui ne finissent plus, le long de rues extrêmement sales avec une circulation…indescriptible.

Et pourtant, Varanasi a beaucoup plus à offrir. Et c’est à la découverte de ces moments que nous partons avec notre caméra. Pas de projet, pas d’itinéraire. Juste suivre les ruelles qui s’ouvrent devant nous aussitôt que nous quittons la rue principale du marché.

Notre première randonnée nous mène le long des ghats, ces escaliers qui longent le Gange. Chacun des ghats porte un nom différent selon sa vocation. Ils se succèdent pour devenir de longues promenades bâties entre le fleuve sacré et de grands édifices érigés il y a plusieurs siècles. Ces gigantesques constructions arborent un air d’un autre âge, un peu perdues dans le brouillard et dans la fumée qui flotte dans l’air. Varanasi dégage sa propre odeur. Je l’ai reconnue dès mon arrivée. J’avais oublié.

Les  vaches sont omniprésentes, même dans les escaliers abrupts. C’est à se demander comment elles arrivent à s’y engager! Aujourd’hui, des enfants essaient de jouer au criquet sur l’une des places plus dégagée mais un troupeau de vaches les entoure soudain. Curieux, nous observons comment les gamins s’en sortent. Les vaches sont traitées avec des attentions particulières ici. Mais les jeunes repoussent les intruses une à une, doucement et continuent leur joute comme si de rien n’était. Quant à nous, nous continuons notre chemin en regardant où l’on met les pieds. Ces coquines laissent des traces odorantes dans lesquelles mieux vaut ne pas mettre les pieds.

Inlassablement, nous refusons les offres pour une balade en bateau. Nous en avons déjà fait l’expérience et je dois vous dire qu’une excursion sur le fleuve sacré soit au lever du jour ou au coucher du soleil nous ramène à une autre époque. Une aventure inoubliable. Je crois que c’est à ce moment que j’ai ressenti le mieux l’âge et la sagesse de cette vieille cité. Aujourd’hui encore, à toute heure du jour, les propriétaires de barques emplissent leur bateau de fervents pour aller déposer des pujas à l’intention de Ganga, la déesse-fleuve. Des centaines d’oiseaux les suivent afin de profiter de ces offrandes. Lors du coucher du soleil, les embarcations laissent derrière eux une traînée de fleurs et de petites chandelles allumées. C’est très joli.

Jour après jour, le soir venu, de grandes cérémonies se tiennent sur le ghat Dasashwamedh. Il est possible d’y assister soit à partir d’une barque accostée au bord du fleuve soit assis directement sur le ghat. Des milliers de pèlerins y assistent, entassés les uns sur les autres, installés sur des plateformes prévues à cet effet. L’ambiance n’a pas sa pareille et l’énergie qui y circule est difficile à décrire. Tant de personnes rassemblées avec la même ferveur. C’est très émouvant et c’est avec le sourire que nous invoquons ces beaux souvenirs.

Plus loin, des baigneurs viennent de loin pour se purifier dans l’eau qu’ils considèrent sacrée. Malgré la pollution bien documentée. Des familles entières bien souvent. Ils arrivent en groupe, avec leurs vêtements secs, leur contenant vide pour ramener l’eau du Gange et souvent, leur repas pour casser la croûte assis sur le ghat avant de repartir. Purifiés.

En plus des gens qui se baignent et d’autres qui font leur toilette, le fleuve sert aussi pour la lessive. En effet, sur plusieurs ghats, chaque matin, les vêtements sont lavés. Ceux-ci sont alors savonnés et rincés dans l’eau du Gange. Ils sont étendus par la suite sur de grandes surfaces de pierre pour le séchage, offrant au promeneur une vue sur un carousel de tissus colorés et parfois, sur des vêtements intimes.

Puis il y a les ghats de crémation. Lors de notre visite précédente, il y a quelques années, nous avions vu un fils qui s’assurait que les derniers rites soient exécutés pour sa mère. Je ne voulais pas assister à une crémation mais puisque qu’une cérémonie se tenait au moment de notre passage, nous avons pris le temps d’observer. J’ai été impressionnée par le côté solennel de la cérémonie. Nous avons quitté après quelques minutes. Cette fois-ci, nous passons notre chemin.

Nous logeons près du grand marché à quelques minutes de marche des ghats. Au bout d’une petite allée, derrière une haute clôture de métal, se cache un très joli guest house tout blanc. Le Shree Ganesha. Impossible d’imaginer qu’une si jolie demeure se loge derrière ces maisons à l’aspect délabré qui bordent la rue. Les chambres sont très propres et la nôtre donne sur une petite place avec des tables et des chaises. Un vrai havre de paix à l’abri de la circulation intense de la rue! Déjà que les déplacements à pied sont difficiles, ils sont compliqués par le passage des dévots qui se rendent au Gange et des promeneurs qui sillonnent le grand marché tout près. Les propriétaires des boutiques et des petits commerces lancent sans cesse des invitations inopportunes et incessantes. Ils ne s’arrêtent que pour déguster leur tchaï, rassemblés en groupe devant une boutique. Leur précieux liquide versé dans une petite tasse de terre cuite à usage unique. Jetée par la suite.  Sur le bord de la rue. Aussitôt la pause terminée, ils se remettent à nous inviter à visiter leur commerce. Avec insistance s’il vous plaît. Une litanie sans fin.

À Varanasi, il y a deux sortes de rickshaws. Les auto-rickshaws et les autres, tirés par un homme en vélo. C’est surprenant de voir le nombre de personnes qui peuvent monter en même temps dans ces véhicules! Et comment les chauffeurs peuvent se frayer un chemin partout, à des endroits où l’on s’imagine que c’est impossible. Comme passager, la route est déjà passablement cahoteuse dans les rues encombrées. Mais comme piéton, les rickshaws sont des armes redoutables. Mieux vaut se ranger à leur passage. Bien entendu, les chauffeurs se cherchent constamment du travail et aussitôt que nous faisons quelques pas dans la rue, ils nous interpellent: « Tuk tuk madam? » « Where are you going sir? » Et ils nous suivent, même si l’on dit non. Peu importe le nombre de fois où nous le disons. La meilleure solution est de ne pas répondre, ce qui nous rend très inconfortables. Dans notre culture c’est très impoli mais un simple « non » entame un échange. Ce n’est pas une bonne idée. Les Indiens eux-mêmes nous suggèrent de continuer notre chemin sans répondre. Cela fonctionne jusqu’à un certain point.

Il nous semble qu’à chaque fois fois que quelqu’un nous adresse la parole ici c’est pour nous inviter à consommer un service. « Voulez vous visiter ma boutique? Juste regarder »…ou une autre offre du genre. Les gourous, bien reconnaissables dans leurs habits orangés, leur visage peint et leurs innombrables colliers, proposent une photo. Mais nous savons qu’ils vont nous demander de l’argent alors ce n’est pas la peine. Une industrie mercantile née de celle de la religion…l’autre visage de Varanasi. Vous l’avez compris, celui que nous aimons moins.

La visite à Sarnath nous offre un bel interlude. Partis en auto-rickshaw, nous profitons de la température plus clémente, il fait plus chaud ici à Varanasi. Une belle journée à se promener à travers les ruines et à rêver des temps anciens. Sans oublier la visite du musée du site, un vrai délice encore une fois!

L’après-midi avant notre départ pour Khajuraho, nous arpentons pour une dernière fois les petites ruelles du marché. Un vrai labyrinthe. Nous croisons des habitants du quartier, visitons quelques boutiques et croisons pas mal de vaches. Et oui, même dans les ruelles d’à peine un mètre de largeur! Nous avons vraiment l’impression qu’il y en a davantage cette fois-ci!

À quelques reprises, nous avons de la difficulté à circuler près de certains temples en raison des interminables files d’attente de fidèles qui attendent patiemment avec leurs offrandes dans les mains. Il y a tellement de temples à Varanasi! Nous en avons visité plusieurs la veille et lors de notre visite il y a plusieurs années. Dans certains temples, plus réputés donc plus achalandés, il faut être déterminés pour se frayer un chemin afin de jeter un coup d’œil. Les gens se poussent pour avoir accès au petit autel dressé pour la divinité et déposer leur puja. Près de ces temples, des policiers armés de fusils surveillent la situation. Particulièrement où il y a de longues files d’attente. Il y a des tensions religieuses à Varanasi. Beaucoup de tensions. Et une bousculade se déclenche vite!. En souriant, nous passons à côté de ces fidèles qui nous regardent avec beaucoup de curiosité.

Mais c’est du haut d’un toit que nous disons au revoir à Varanasi. L’endroit où nous retrouvons des moments paisibles. Où nous aimons prendre nos repas. Écouter la musique qui vient d’une maison voisine. C’est là que nous avons une autre vision de la ville. Des vêtements de toutes les couleurs qui sèchent sur les balcons et des cerfs-volants des enfants qui flottent dans l’air en émettant un léger sifflement. Les grands édifices au loin, les barques sur le Gange. Des maisons plus propres et mieux aménagées que ce que notre vue à partir de la rue nous laisse entrevoir, les clameurs de la vie en bas…

Nous garderons un bon souvenir de Varanasi malgré tous ses enquiquinements. Mais deux fois est suffisant pour nous. Est-ce que nous recommandons d’éviter cette ville? Jamais. La visite en vaut la peine. Mais regardez où vous mettez les pieds.

Bodh Gaya

Bodh Gaya, un village construit près de l’emplacement où Lord Bouddha a eu son illumination suite à une longue méditation sous un arbre appelé Boddhi. L’endroit est devenu un site de pèlerinage et l’empereur bouddhiste Ashoka y a fait ériger le temple Mahabodhi quelques 250 années plus tard. C’est notre prochaine destination après Kolkata.

Nous prenons le train de nuit.

Ce soir, nous partageons un espace de six couchettes. Deux autres lits accommodent deux personnes, le long du couloir. Huit places dans un endroit assez restreint. Mon amoureux et moi aimons les trajets en train car ils offrent de belles occasions de faire des rencontres inoubliables. Cette fois-ci ne fait pas exception. À notre arrivée, un Indien est assis devant nous. Il se rend à Gaya, chez sa belle-famille, pour ramener sa femme, son fils de 5 ans et un bébé de quelques semaines. Un homme charmant avec un bel anglais et de belles manières. Peu avant le départ, un jeune asiatique se joint à nous. Grand, souriant et heureux d’apprendre qu’il est dans le bon wagon et qu’il n’est pas le seul à se rendre à Bodh Gaya, située à plusieurs kilomètres plus loin que Gaya… Un trajet en rickshaw s’imposera.

Pendant la soirée, alors qu’un vendeur de tchaï fait sa tournée, le jeune homme asiatique demande le prix puis en achète un. Il sort une liasse de roupies et paye sa consommation. Nous le regardons tous avec des yeux ronds. Sortir son argent de cette façon est bien la dernière chose à faire. Une règle élémentaire que n’importe lequel routard connaît bien. Mieux vaut ne pas étaler ses possessions. Notre co-locataire indien lui explique de ne pas se comporter ainsi. Mais le jeune homme comprend très peu l’anglais et le parle encore moins. Peine perdue. Questionné sur ses projets à Bodh Gaya, il balbutie quelques mots en anglais. Il y restera une seule nuit et je pense qu’il n’a pas d’hôtel. Il a l’air un peu perdu et pas très organisé. L’homme indien a les yeux de plus en plus inquiets. Finalement, le jeune asiatique sort son cellulaire et les deux hommes discutent à l’aide d’un traducteur. Le calme revient.

Je commence à aimer ce grand asiatique qui, malgré son air naïf, a la technologie de son côté et sait comment l’utiliser. Nous préparons les couchettes et après nous avoir salué très poliment, le jeune homme gagne celle qui lui est réservée, au dessus de celle de Robert et de la mienne. Au moment de fermer la lumière, l’homme indien nous dit: « Je suis inquiet pour lui » en indiquant le jeune homme endormi sur la couchette du haut.

Plus la nuit s’installe, plus l’air se rafraîchit. Nous sommes dans un « sleeping class », la classe la moins luxueuse. C’est tout ce qui nous restait lors de l’achat des billets. Les fenêtres ne ferment pas juste et le vent s’infiltre. Les habitués ont d’épaisses couvertures avec eux. Pas nous. Pourtant, nous avions prévu une température froide sur le train, mais pas à ce point. Malgré nos vêtements les plus chauds, le froid nous glace jusqu’aux os. En pleine nuit nous ouvrons nos bagages pour ajouter des couches de vêtements. Puis, nous quittons nos couchettes respectives pour nous blottir l’un contre l’autre et garder ainsi notre chaleur. Jusqu’au petit matin.

Les trains en Inde n’annoncent pas le nom des gares où ils entrent, alors il faut être vigilants. Dans le cas d’un train de nuit, mieux vaut mettre une sonnerie pour se réveiller avant l’arrivée prévue. Histoire de se préparer et de rassembler les bagages. Et surtout d’arrêter à la bonne gare. Ce matin, notre train a plusieurs heures de retard, c’est encore un peu plus compliqué car l’heure prévue de l’arrivée du train ne sert plus de repère. Notre compagnon indien connaît déjà le trajet et essaie lui aussi d’évaluer le temps qui nous reste avant de descendre.

Le jeune asiatique se lève à son tour. Mais encore une fois, il fait sourciller notre co-locataire indien avec son peu d’anglais et son allure un peu perdue. Celui-ci essaie de lui expliquer de ne pas acheter ses billets de train dans une agence à Bodh Gaya. Ce sage Indien ne semble vraiment pas faire confiance aux commerçants de cette ville. En souriant, Robert et moi écoutons ses recommandations sur les règles de sécurité. Il s’inquiète au sujet de notre compagnon asiatique. J’avoue que celui-ci semble être une proie facile. Jusqu’au moment où il sort son cellulaire, consulte son GPS et nous informe que nous sommes presque arrivés. Il se lève et rassemble ses affaires sous l’œil éberlué de notre compagnon indien!

À l’extérieur de la gare, l’Indien négocie le prix du rickshaw, monte avec nous ainsi que notre nouvel ami asiatique. Arrivé à destination, avant de descendre alors que nous continuons notre route, il nous demande par signe d’aider notre jeune compagnon. Nous acquiesçons même si je crois que le jeune homme sait très bien se débrouiller seul. Il est arrivé jusqu’ici, non?

Le trajet en rickshaw entre Gaya et Bodh Gaya, nous expose au vent frais du petit matin et nous arrivons à destination complètement frigorifiés. Au moment de payer le chauffeur de rickshaw, notre compagnon de fortune sort sa liasse de billets pour payer sa part et je ne réussis pas à lui faire comprendre que c’est dangereux de montrer son argent ainsi. Je laisse tomber, il ne comprend pas mon intervention. Comme si rien de mal pouvait lui arriver. J’aime de plus en plus ce jeune homme.

Heureusement, malgré notre arrivée hâtive, le personnel de l’hôtel nous laisse une chambre avec un chauffage d’appoint en surcroît. Nous laissons notre jeune ami régler son séjour à l’hôtel jusqu’à ce que personnel de la réception nous appelle. Sans réservation, la chambre doit être payée d’avance, c’est normal. Entre l’anglais boiteux du personnel de l’hôtel et celui presque inexistant de notre compagnon de fortune…je comprends que la discussion soit difficile. Je réussis à expliquer au jeune homme ce qui est attendu de lui, fait « Ahhhhh! » et heureux, il sort sa liasse de billets. Je l’adore.

Affamés, Robert et moi allons déjeuner. Après un bon repas chaud, nous sommes d’attaque pour profiter de la journée qui commence.  L’hôtel est situé un peu à l’extérieur de la ville mais des rickshaws collectifs font la navette régulièrement vers Bodh Gaya. Cela sera notre moyen de transport pour la durée de notre séjour.

Ce petit village, habituellement tranquille, devient un lieu de pèlerinage entre octobre et mars. Des familles complètes, des moines et quelques rares touristes, comme nous, viennent se recueillir au temple. Le Dalaï Lama y séjourne à l’occasion. Des temples boudhistes de plusieurs pays tel que la Thaïlande, le Tibet, le Bhoutan, le Japon, le Sri Lanka et la Birmanie sont construits un peu partout dans la ville. Ils lui donnent un air cosmopolite. Les rues les plus achalandées sont bordées d’étals de toutes sortes. Mais malgré cet aspect très mercantile de la cité et sa vie très animée pendant le jour, une atmosphère de recueillement règne un peu partout. Aujourd’hui, c’est l’exploration de cette petite ville qui nous intéresse.

En après-midi, un grand jeune homme m’interpelle avec un grand sourire. C’est notre ami asiatique. Il sort ses billets de train, heureux de son achat. Il me les montre, il n’a pas payé trop cher. Heureux, il a un sourire extraordinaire. Définitivement, j’aime ce jeune homme. Il ne faut pas se fier aux apparences, je suis sûre qu’il s’en sortira très bien.

Il fait froid en cette période de l’année. Tous portent des vêtements très chauds sauf pendant une heure ou deux l’après-midi alors que le soleil réussit à réchauffer l’atmosphère. Nous profitons de cette période la plus chaude pour visiter le temple Mahabodhi avec son Bouddha aux cheveux bleus. Entrés dans le temple pour nous recueillir avec d’autres pèlerins, nous observons un moine changer les vêtements de l’énorme Bouddha assis derrière une vitre. Cette cérémonie est accomplie plusieurs fois par jours.

L’arbre sacré, le Boddhi, est toujours derrière le temple, soutenu par des étais. Il est protégé par une grande clôture recouverte de guirlandes de fleurs. Des pèlerins s’assoient près de l’arbre pour méditer tandis que d’autres marchent sans interruption autour du temple en récitant des prières. L’énergie dégagée est palpable.

Par la suite, de longues marches dans les jardins autour du temple et près du ghat avec des milliers de pèlerins nous plongent dans une atmosphère inoubliable. Un grand évènement collectif avec des gens venus de tous les coins du pays pour se recueillir. À chaque visite d’un temple, Robert et moi sommes émerveillés par la ferveur des gens croyants. Aujourd’hui, à plus d’une reprise, mon regard est attiré par le visage paisible d’un moine plongé dans sa méditation.

En fin d’après-midi, nous entrons nous réchauffer et déguster un bon café dans un minuscule restaurant. Il sert un café digne de ce nom. Quel bonheur!

Quelques jours plus tard, satisfaits de notre visite à Bodh Gaya, Robert et moi reprenons notre route. Cette fois-ci, nous prenons un train de jour vers Varanasi. Il fera plus chaud et d’autres découvertes nous attendent.

Une marche dans Kolkata

 

Nous sommes en Inde. À Kolkata, pour être plus précis.

Aujourd’hui, nous allons au marché aux fleurs, à pied et vous venez avec nous.

Robert a programmé le trajet sur son IPhone à partir de l’application Google Maps. Une fois le trajet enregistré, il peut le consulter hors ligne. Le GPS de l’appareil indique notre situation par un petit point bleu qui nous suit dans nos déplacements. Nous connaissons toujours notre position. Ne vous inquiétez pas, impossible de se perdre. Pas longtemps du moins.

Il fait froid aujourd’hui, quelques degrés plus froid que d’habitude à cette date, selon les habitants de Kolkata. Les femmes se promènent avec de grands châles épais enroulés autour de leurs épaules, par dessus leur sari. Comme d’habitude, les couleurs s’harmonisent parfaitement, peu importe la simplicité du sari. Les hommes portent un manteau et un foulard autour du cou, certains l’ont enroulé autour de leur tête. C’est l’hiver. Par contre, le soleil se montre le bout du nez en cette fin d’avant-midi et devrait nous réchauffer un peu. Nous portons nos chandails les plus chauds. Tout ira bien.

Des itinérants dorment encore, recroquevillés sous une couverture d’une couleur douteuse, couchés à même le sol ou sur des cartons étendus sur le trottoir. Certains, se sont recouverts entièrement et il est bien difficile d’imaginer un être humain blotti sous cet amas de couvertures. Les passants circulent juste à côté sans même jeter un regard. Quant à nous, nous évitons aussi de les regarder, leur laissant ce qui leur reste d’intimité. Le bruit de la circulation environnante et le passage des gens ne semblent pas les déranger. Ils sont habitués. Ils n’ont pas le choix.

La place autour du nouveau marché est curieusement tranquille. Habituellement les rues environnantes sont envahies par les marchands et les promeneurs. Le sol est entièrement couvert de marchandises de toutes les sortes. On peut trouver presque tout ici mais il est extrêmement difficile d’y circuler. Nous évitons habituellement sinon c’est la bousculade assurée ou des sollicitations qui ne finissent plus. Mais aujourd’hui, c’est pratiquement désert. Un homme nous apprend que c’est l’anniversaire d’un militaire important, il a milité pour l’indépendance du pays, en même temps que Gandhi. Plusieurs personnes ont congé et certains commerces sont fermés. En effet, les rues nous apparaissent plus calmes. Mais elles ne sont pas désertes pour autant.

Aussitôt dépassé le marché, un petit carrefour s’ouvre devant nous. Un immense marché à ciel ouvert apparaît, encadré par de hautes maisons. Le genre de marché qui s’installe le temps de le dire sur une espace vide et propose des vêtements, des saris et des châles de toutes les sortes. Les marchands arrivent avec de grandes boîtes le matin et repartent avec leur matériel invendu en fin de journée. C’est le festival des couleurs, des textures et des tissus chatoyants. La place est en pleine effervescence avec les bruits de conversations et les pétarades des motos qui se frayent un chemin à coup de klaxon. Quelle ambiance! Soudain, des femmes avec des bébés dans leurs bras nous abordent pour demander de l’argent, de la nourriture ou du lait. Elles sont insistantes, très insistantes. Une d’entre elles tire sur mon chandail alors que d’autres sollicitent mon attention en criant: « Auntie, auntie! » en espérant que je me retourne. Je résiste en sachant que certaines d’entre elles font partie d’un réseau, que d’autres auraient d’autres solutions que la rue. La présence du marché et d’acheteurs éventuels les a attirés. On nous dit de ne pas leur donner d’argent car cela les maintient dans la rue. J’ai questionné des gens du pays à plusieurs reprises et la réponse est toujours la même. Ne pas donner sauf peut-être aux personnes handicapées ou aux femmes très âgées. Même à eux, c’est impossible de donner à tous. Il y en a tellement! C’est difficile de ne pas se laisser attendrir, surtout quand le bébé nous regarde avec ses grands yeux bruns immensément brillants, les vêtements et les cheveux sales. Les plus vieux ne vont pas à l’école…quelle vie les attend? Un Indien parle aux femmes dans leur langue et à ses gestes je crois qu’il leur demande de nous laisser passer. Venez!

Secoués? Nous le sommes aussi. Je ne me suis jamais habituée. Malgré tous ces mois passés en Inde, j’ai plus de questions que de réponses. À quel soutien ces gens ont-il accès? Malgré toutes mes recherches, les réponses sont nébuleuses. J’ai entendu dire qu’à certains endroits, il y a distribution de nourriture et que plusieurs ONG font du travail sur le terrain. Pour le reste, je n’en sais trop rien et cela m’attriste, comment pouvons nous aider?

Continuons notre chemin. Robert vient de consulter le trajet sur son IPhone, nous sommes sur la bonne route. Mais il faut traverser la rue. De l’autre côté, des motos sont stationnées en rang serré sur le trottoir et il est bien difficile de se frayer un chemin. Elles sont placées si près l’une de l’autre qu’un faux mouvement qui ferait tomber une moto ferait tomber toutes les autres, comme un jeu de domino! C’est un peu le scénario qui m’inquiète à chaque fois que je dois passer entre des motos stationnées en ligne sur le trottoir. Vous connaissez ma maladresse…
Une musique se fait entendre. Allons voir! La musique se fait de plus en plus forte et le chanteur a une jolie voix. Des chaises sont placées devant une estrade.Des enfants se retournent, je leur souris et ils m’envoient la main. D’un signe, ils proposent de nous asseoir. Et bien, allons-y! Robert adore cette musique et le joueur de tabla est excellent. De temps en temps, quelqu’un réalise que nous sommes là et donne un coup de coude à son voisin en nous montrant du menton. Le sourire arrive peu après quand je leur adresse un large sourire. Nous sommes les seuls blancs depuis un bon moment déjà. Ne soyez pas intimidés. Regardez plutôt autour de nous. C’est tout un spectacle d’être assis à ce carrefour avec de grands édifices grisâtres en arrière-plan, le passage incessant des autobus d’un côté, et de l’autre, des livreurs avec un lourd chargement sur la tête. Ce n’est pas tout le monde qui est en congé. Le soleil commence à se faire plus chaud et c’est plus confortable. Le spectacle terminé, Robert serre la main du chanteur et nous reprenons notre route. Suivons-le!

Sur notre droite, un homme et son fils font leur toilette à un point d’eau situé en bordure du trottoir. Bien savonnés, il sont sur le point de se rincer. À l’eau froide. En silence, concentrés sur leur tâche, les yeux baissés. Nous détournons le regard. Ces points d’eau sont pour tous. Les cuisiniers des échoppes sur le trottoir s’en servent pour laver leur vaisselle, sur le côté de la rue. D’autres viennent faire une provision d’eau. Plus loin, des mères lavent leur enfant, une autre nettoie ses pieds et ses sandales de plastique. Cette eau n’est accessible qu’à certaines heures de la journée. Mieux vaut en profiter.

À un autre point d’eau, une femme fait ses ablutions en se cachant avec son sari alors que des hommes déchargent patiemment un camion de sable à l’aide d’une pelle. Ils ne s’occupent pas de la femme même s’ils ont dû se stationner à un mètre d’elle. Quant à la femme, elle continue à se savonner, bien concentrée. Passons notre chemin.

Quel est ce bruit? C’est le tramway qui avance lentement. Il circule dans des quartiers précis et à certaines heures seulement, selon la circulation. Il est bondé. Les passants, les motos et les autos n’ont pas le choix de lui laisser le passage. Sa route est toute tracée, il ne peut en dévier. Il y a de plus en plus de gens dans les rues, la circulation est plus dense, c’est difficile de traverser. Tenons-nous ensemble. Pour les intersections plus importantes, mieux vaut attendre d’être plusieurs avant de mettre le pied dans la rue. Le traffic n’a donc pas le choix de s’arrêter. Mais ça va, ce n’est pas long avant qu’un petit groupe se forme il y a tellement de monde! Attendons un peu.

Vous entendez des bruits de clochettes et des bêlements? Vous ne rêvez pas. Des moutons défilent devant nous. Suivies de leur gardien. En bordure de la rue, entre les vélos et les rickshaws. Un troupeau de moutons dans les rues de Kolkata, en plein après-midi. Je n’ai aucune idée d’où ils viennent, ni où ils vont. Mais je peux vous assurer que cela arrive tous les jours.

Robert consulte de nouveau notre trajet sur son IPhone. Il se met en retrait pour ne pas trop attirer l’attention et je me place devant lui. C’est une précaution que nous prenons partout même à Kolkata, où nous nous sentons en sécurité sur la rue. En plein après-midi particulièrement. Un calme règne malgré le bruit des autos et des motos qui ne cessent de klaxonner. Tout près, une petite famille est assise sur le trottoir, au soleil. Des hommes, des femmes et des enfants dans un arc-en-ciel de couleurs. Un des enfants semble raconter quelque chose et fait de grands gestes. Une des femmes le regarde en souriant, ses yeux pleins d’amour et de fierté. Elle fait des signes complices à l’homme devant elle. L’amour familial à son meilleur.

Des hommes filiformes nous abordent. Ils nous offrent de monter dans leur rickshaw. Ils le tirent avec leurs bras, marchant souvent pieds nus. Robert dit qu’il a y eu de grandes discussions sur leur sort à Kolkata. La décision a été prise de ne plus accepter de nouveaux « pulled rickshaw » mais de permettre seulement à ceux qui avaient déjà leur permis de continuer car c’est leur unique moyen de survie. Jusqu’ici j’ai toujours refusé de monter. Je ne m’en sens pas capable. Pourtant, me rappelle Robert, c’est leur gagne-pain. Nous voyons régulièrement des personnes utiliser leurs services et pas nécessairement des touristes. Et vous? Le feriez-vous? Continuons notre route.

Sur la gauche un homme se fait raser, assis sur un petit banc sur le bord du trottoir. Presque au coin de la rue. Les yeux fermés, il lève le menton avec confiance afin que son barbier puisse le raser avec plus de facilité. Les gestes de celui-ci sont lents et précis. Un moment presque intime entre celui qui a besoin d’un service et celui qui fait son travail de son mieux. Le lieu, les gens qui passent et les bruits environnants ne semblent pas avoir d’importance. Il fait bon sous le soleil d’après-midi.

De chaque côté de la rue des commerces se succèdent. Sur la droite, ceux des tailleurs de pierre. Ils travaillent assis par terre, couverts de poussière, bien concentrés sur leur œuvre. Ils ont beaucoup de talent et leur travail est raffiné. De l’autre côté de la rue, des marchands de chaudrons et de contenants de métal de toutes les sortes attendent leurs clients. Plusieurs d’entre eux lisent leur journal, bien tranquillement. Je m’arrête devant un magasin de paniers et je prends une photo. Robert me sourit, il connaît ma passion pour la vannerie. Un homme est assis devant le commerce voisin. Du regard et d’un signe vers mon appareil photo, je lui demande la permission de le photographier. Il acquiesce d’un hochement de tête et prend la pose. Je le remercie et lui montre la photo. Il sourit. La photo lui plaît. Un peu plus loin des chiens dorment sur le trottoir, étendus au soleil. Rien ne les dérange et ne bougent pas d’un poil à notre passage.

Nous marchons encore, puis Robert regarde de nouveau notre trajet. À l’expression de son visage, je réalise que quelques chose ne va pas. Nous marchons dans la mauvaise direction depuis plusieurs minutes. Intrigués par nos observations, nous avons changé de rue. Je ris…Ce n’est pas grave. Nous arriverons au marché de fleurs un peu plus tard et par un autre chemin. C’est tout.

Le quartier semble de plus en plus pauvre, les rues plus étroites. Il y a moins de commerces sauf des marchands de fruits le long du trottoir ou un peu de cuisine de rue. Nous traversons une voie ferrée et j’arrête, surprise. Un bidonville construit le long de la voie. Tout près. Très près du passage du train. Des maisons en tôle et en carton. Robert prend des photos mais j’en suis incapable…tant de pauvreté. À l’infini.

C’est le visage que nous montre Kolkata. Ces visages de la rue. Tous ces autres passants que nous avons rencontrés ont probablement une vie plus privée, sûrement plus douce. Mais celle-là, nous n’allons que la deviner. Comme un bel appartement derrière une porte entrebâillée.

Nous approchons de la rivière et des ghats. Robert me montre le pont Howrah tout près. Le marché aux fleurs commence sous ce pont. Nous sommes presque à destination, ne vous inquiétez pas. Voyez vous, sans cette erreur de trajet, nous serions arrivés de l’autre côté et nous n’aurions jamais vu le bidonville.

En approchant du pont, des bruits de toutes sortes deviennent de plus en plus intenses et nous apercevons les premiers marchands. Entourés d’un va et vient continu, très dense. J’ai lu que ce marché poursuit ses opérations jour et nuit, que ses fleurs sont distribuées partout au pays. Je le crois volontiers en observant ces hommes qui transportent de grands paniers de fleurs sur leurs têtes. Certains montent l’escalier vers le pont, toujours avec leur chargement sur leur tête. Ils crient quand quelqu’un se place sur leur route et les empêche de passer. Leur charge doit être lourde! D’autres descendent ce même escalier avec d’immenses sacs sur leur tête. Ils les déposent avec fracas aux pieds du marchand destinataire.

Une discussion s’entreprend sur notre droite. Deux femmes crient. L’une fait un signe de main à la vendeuse et fait mine de quitter. Elles se crient à distance. N’ayez pas peur…elles négocient, elles négocient serré mais c’est tout. Un camion se fraye un chemin avec difficulté. Nous devrions aller sur le côté, entre les marchands pour lui laisser de la place.

Je veux monter sur le pont pour voir la scène de plus haut. Vous venez? Oui, je sais, monter l’escalier avec tous ces gens n’est pas une tâche facile mais cela ira. Nous sommes au bout du monde, il faut en profiter. C’est beau non! Regardez! Le marché est si grand vu d’en haut! Derrière nous, un flot incessant de personnes avance sur le trottoir du pont, passant d’une rive à l’autre. Nous sommes en fin d’après-midi et les gens rentrent chez eux. Il est temps pour nous de rentrer aussi car la noirceur arrivera bientôt et nous serons mieux à l’hôtel.

Prenons un taxi, nous avons assez marché aujourd’hui. Les bruits continuels, la circulation dense, la foule, c’est fatigant au début. Et Robert veut aller déguster un bon thali dans le restaurant où nous sommes allés l’autre soir sur Park Street. Venez, vous allez aimer.

Il fait presque nuit lorsque nous arrivons finalement sur Sudder Street, la rue de notre hôtel. Les gens de la rue ont commencé à faire des feux sur le trottoir. Ils se tiennent debout, les mains tendues au dessus des flammes pour se réchauffer les mains. Les chauffeurs de taxi ont mis leur tuque et leur manteau. Les itinérants portent leur couverture sur le dos. La nuit sera fraîche.

Kampot

Après presque trois semaines au Cambodge, nous avons compris que les beautés de ce pays ne sont pas nécessairement où l’on s’attend. Il nous reste plus d’une semaine avant de reprendre l’avion et l’exploration des régions du sud reste à faire. Même si les guides de voyages ne donnent pas des commentaires élogieux sur cette région, nous réservons un hôtel pour quelques jours à Kampot, quitte à allonger notre séjour si la ville est bien. Sinon, un retour anticipé à Phnom Penh demeure une option.

Lors de la recherche d’un hôtel, le Blue Bouddha attire notre attention. Un peu excentré par rapport au centre de la ville, mais puisque Kampot n’est pas très grande, cela ne devrait pas poser de problème. Les commentaires sont positifs et nous réservons quelques nuitées.

L’hôtel est effectivement très, très propre. Accueillant malgré sa grande simplicité. Et surprise, notre hôte parle avec l’accent québécois. Normal, car il vient de la Rive Sud de Montréal!

Comme d’habitude, notre premier réflexe est de louer les services d’un chauffeur de tuk tuk qui nous fera découvrir les environs de Kampot.  À notre rythme. C’est à dire…lentement.

Le chaud soleil, la montagne et une grotte ancienne, la préparation des marais salants pour la saison qui commence sous peu, la plantation de poivre Starling Farm, le lac secret et une longue ballade dans la merveilleuse campagne autour de Kampot. Quelle belle journée!

Nous profitons de la visite de la plantation de poivre pour acheter ce fameux poivre qui fait la réputation de la région. Le poivre frais parfume un plat comme rien d’autre et notre réserve en provenance de la Malaisie est épuisée. Celui de Kampot est certifié biologique et nous avons l’assurance qu’il provient bien de la région. C’est l’occasion idéale. Au marché il y a bien du poivre vendu sous l’appellation « poivre de Kampot » alors qu’il provient principalement du Vietnam. Il est certainement excellent lui aussi mais pas de même qualité alors qu’il est vendu au même prix!

C’est vrai qu’il y a peu à faire à Kampot sauf prendre le temps de vivre. Tout est plus calme ici, la circulation vraiment moins dense et les rues plus larges. Les déplacements à pied s’effectuent plus facilement et les longues marches deviennent possibles. Les couchers de soleil sont mémorables, contemplés confortablement assis sur un banc au bord de la rivière. Un beau petit village pour se reposer.

Notre hôtel n’offre pas encore les services de restauration, ses opérations n’ayant débuté que depuis six mois. Il faut donc se déplacer pour les repas. C’est parfois difficile de trouver un resto qui nous convienne même si les choix ne manquent pas. Les heures d’ouverture et les journées de congé varient d’un restaurant à l’autre alors il faut bien s’organiser! Certains endroits sont toujours bondés. Pour les autres…nous n’osons pas. Ils ne paient pas de mine. La cuisine de rue? Hors de question. Pour confirmer nos appréhensions, lors de notre départ de l’hôtel, un des employés revient d’une hospitalisation de deux jours pour un empoisonnement alimentaire, la prudence reste de mise.

L’hôtel offre des services de buanderie par le biais d’un commerçant de la ville. Un matin, un homme rapporte nos vêtements propres juste au moment où nous passons devant la réception de l’hôtel.  Il nous demande de valider ceux qu’il ramène. Deux morceaux semblent ne pas nous appartenir. Nous confirmons. Deux vêtements manquent donc à l’appel. Parti au pas de course, l’homme revient avec un sac de vêtements en vrac puis nous demande de lui indiquer quels sont les nôtres. Imaginez la scène: Robert et moi, cherchant nos possessions parmi t-shirts, shorts, bas et linge de corps, le tout pêle-mêle. Mal à l’aise, n’osant trop fouiller dans un sac de vêtements qui ne nous appartiennent pas. L’homme prend le sac et amorce le geste de le vider par terre. Robert l’arrête juste à temps. « No! Not on the floor! » Notre hôtelière s’insurge et explique à l’homme de ne pas mettre des vêtements propres par terre au beau milieu de la réception! Outrée, elle déclare que c’est un mauvais service et oblige le commerçant remettre l’argent que nous lui avons versé. Je ne suis pas d’accord car les vêtements sont effectivement propres et ils sentent bon. Je lui en aurais payé la moitié au moins mais je n’ose plus contredire l’hôtelière. C’est elle qui devra continuer à faire des affaires avec ce fournisseur, pas moi. Je ne veux pas qu’elle fasse mauvaise figure et de plus, je vois bien que son idée est faite. Nous finissons par trouver les morceaux manquants et l’homme nous quitte. L’hôtelière est furieuse et nous sommes morts de rire! C’est la première fois qu’une telle chose nous arrive. Mais elle a raison, ce n’est pas acceptable.

Avant de repartir vers Phnom Penh, nous effectuons une petite virée à Kep, une ville située au bord de la mer à 40 minutes de Kampot. Un chauffeur de tuk tuk sera notre guide, il est originaire de la ville, quelle chance! Premier arrêt, le Parc national de Kep aménagé dans la montagne. Nous y restons presque deux heures trente à marcher le long des sentiers avant de rebrousser chemin même si nous aurions bien continué notre exploration. Mais il faut repartir si nous voulons visiter le reste de la ville.


Lorsque la faim se fait sentir, notre chauffeur propose un petit resto sur le bord de la mer. Le choix du repas n’est pas bien difficile à faire…Kep est réputée pour son crabe au poivre vert. En attendant l’arrivée du repas, nous observons la vie autour de nous. Des femmes s’affairent auprès de cages immergées non loin de la rive, j’imagine qu’elles contiennent des crabes. Des enfants s’amusent à faire voler leur cerf-volant… Il fait soleil et une brise vient de la mer. Notre crabe est servi. Quel délice…

Après le repas, nous marchons le long de la plage et le temps dégagé permet de voir l’île au Lapin, située juste en face de la ville.

En fin d’après-midi, nous grimpons jusqu’à un temple un peu isolé, accroché au flanc de la montagne. Le temple est paisible, la vue est superbe et le coucher de soleil à couper le souffle. Il semblerait qu’il est possible d’apercevoir au loin l’Île de Phú Quoc au Vietnam. Nous y avons passé quelques jours avant de traverser au Cambodge. Plusieurs îles se découpent à l’horizon et il est bien difficile d’identifier celle qui nous intéresse. Cela n’a pas vraiment d’importance, nous profitons simplement de cette belle nature.  La vue et le coucher de soleil sont splendides et valent bien la montée.

Pour terminer, nous traversons un village de pêcheurs et nous rentrons alors que le jour s’est couché. Une autre belle journée…

C’est avec un peu de regret que nous quittons Kampot, une ville parfaite pour se reposer. Mais Phnom Penh nous attend, nous prévoyons terminer notre séjour au Cambodge par quelques nuitées à l’Hotel Anise. Un véritable havre de paix.