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La montagne

 

Ce soir nous dormons chez l’habitant après une randonnée d’une journée vers Lao Chai et Tà Van. Nous sommes très chanceux, il fait beau aujourd’hui encore. Le soleil qui illumine toute la montagne. D’entrée de jeu, Khiet notre guide, nous informe que plusieurs journées de beau temps de suite sont rares à Sapa et qu’elles sont obligatoirement suivies d’une ou plusieurs journées de pluie…Mais nous nous sentons sous une bonne étoile et s’il peut dans la montagne, nous nous ajusterons, c’est tout. Nous avons nos manteaux de pluie et des sacs étanches pour notre équipement électronique.

Mais le soleil radieux nous accompagne pour toute la durée de notre séjour dans la montagne. Beau et chaud, comme si nous étions gâtés par les ancêtres. En effet, au Vietnam une partie de la population vit selon des rites animistes et pratique le culte des ancêtres. Un petit hotel est alors placé bien en vue dans la salle commune pour honorer ceux qui nous ont quittés et leur demander de nous protéger. Une autre partie de la population est catholique et tout au long de notre parcours nous allons apercevoir de petites églises accrochées au flanc de la montagne.

En empruntant un premier sentier pour descendre dans la vallée, une femme Hmong s’adresse à notre guide en lui montrant une toute petite maison d’où proviennent les pleurs d’un très jeune bébé. Une femme vient d’accoucher, seule avec son autre enfant un peu plus vieux. Elle n’a pas de mari et sa famille l’a rejetée, pour donner une leçon à toutes celles tentées de suivre son exemple. Après avoir demandé l’avis de la femme Hmong, Robert lui laisse un peu d’argent. Ce n’est pas une grande aide mais cela devrait lui permettre de manger pour les prochains jours. Suite à mes questions, Khiet nous confirme qu’éventuellement le chef du village pourrait influencer un peu les évènements, pour aider cette jeune femme. « Le Vietnam change » nous dit-il,  » nous nous ajustons lentement ».

Notre parcours de la journée nous fait découvrir de grandes rizières sculptées dans la montagne, souvent à perte de vue. La récolte est maintenant terminée mais d’autres légumes poussent à profusion. Les rizières sont maintenant d’un beau jaune doré. Khiet attire notre attention sur les plantes les plus utilisées ou m’offre une fleur en jetant un coup d’œil rieur en direction de mon amoureux. À l’occasion, nous rencontrons une ou deux poules, quelques chiens mais aussi des buffles. L’équipement aratoire est pratiquement inutilisable dans la montagne et les buffles font bien le travail quand il s’agit de labourer dans les rizières.

Nous suivons de petits sentiers de terre battue. Heureusement nous avons de bonnes chaussures mais je dois bien regarder où je mets les pieds. Cela fait longtemps que je n’ai pas marché en montagne. La femme Hmong nous a suivis et descend dans le sentier souvent très abrupt, sans effort, chaussée uniquement de sandales de plastique, son panier sur le dos et cela, en rassemblant des fils de chanvre qu’elle tissera plus tard. À l’occasion, elle me montre comment placer mes pieds et m’offre de me tenir la main lors des passages difficiles. Mais j’ai bien compris, elle s’attend à ce que j’achète d’elle. Je suis à l’aise avec cela sinon, je l’en aurais informée tout de suite. Au repas du midi, à sa demande, nous lui achetons deux petites pièces de tissu qui nous serviront de foulard. Après avoir négocié serré, bien sûr! Tous les guides nous mettent en garde. Il faut absolument négocier pour avoir le juste prix.

Après le repas, nous reprenons la route mais sur un chemin cimenté qui permet aux paysans de mieux circuler et d’utiliser la moto. Plus facile me direz-vous? Bien sûr…mais pas pour moi. Je ne sais trop comment cela se produit mais je perds l’équilibre et je vois arriver le sol plus vite que je ne l’aurais souhaité. J’ai juste le temps de me protéger avec les mains. Mon appareil photo frappe le ciment d’un bruit sec. Par terre, je vois mon pantalon déchiré, le sang sur mes jambes et mon appareil photo en ruine. Robert qui s’inquiète pour moi, la voix nouée. Après quelques minutes, la montagne cesse de tourner autour de moi, je peux me relever et marcher sans aucun problème, désolée pour mon pantalon neuf et mon appareil photo, neuf lui aussi. Khiet lui, a d’autres préoccupations. Il nous fait entrer dans un école où il sait qu’il y a toujours du personnel qualifié pour les premiers soins.

Nous sommes bien reçus, mes blessures nettoyées et désinfectées avec beaucoup de douceur, des pansements sont appliqués. La jeune femme qui a pris soin de moi refuse les dôngs que lui offre Robert pour la remercier et nous faisons plutôt un don à l’école. Pour les enfants. Khiet a eu raison de nous faire arrêter à l’école, le gîte où nous allons dormir, quoique bien équipé n’aurait probablement pas pu m’offrir le même service. Khiet prend bien soin de moi.

Le soir, nous partageons le repas avec la famille de notre hôte et un autre couple de touristes. Avant le repas, nous avons le temps de nous reposer un peu pendant que les grands-parents assistent les enfants de la famille à prendre leur bain dans un bac de plastique dans la cour arrière, près du jardin. Les enfants de la région apprennent très jeunes à développer leur autonomie. Nous l’avons observé à plusieurs reprises.

Robert est volontaire pour participer à la préparation du repas. Il append à faire des nem, une spécialité vietnamienne.Tous les plats sont préparés dans une cuisine munie d’un équipement rudimentaire à nos yeux mais que la famille utilise avec grande efficacité. Le repas est délicieux et tous se régalent. Nous portons un toast en goûtant un alcool de riz fabriqué par la famille. Comme le font toutes les autres familles d’ailleurs. Nous avons appris plus tard que même si ce n’est pas le cas pour la famille qui nous a reçus, la consommation de l’alcool de riz peut devenir problématique pour ce peuple habitant les montagnes.

Nous passons la nuit sur des nattes, protégés par un grand filet. Une nuit à dormir sur le dur, courbaturée de ma chute.. Mais ce n’est pas grave, j’adore notre aventure.

Le lendemain, une randonnée de cinq heures nous ramène vers Sapa toujours en suivant des petits sentiers de montagnes et en découvrant d’autres paysages. Tous à couper le souffle. En cours de route, Khiet nous chante une chanson de sa composition, les montagnes et la vallée derrière lui, comme décor… Puis nous avons reprenons le bus pour nous rendre au train pour notre trajet de nuit vers Hanoï…

Les rizières de Kumarakom

Les rizières de Kumarakom et des alentours sont situées plus bas que le niveau de la mer, un phénomène unique dit-on. En lisant cela, j’ai tout simplement cru que c’était dû à une formation naturelle.La nature nous joue parfois de ces tours…Mais  non! Pas du tout.

Le vaste réseau des canaux des backwaters est bien dû à des fantaisies de la nature mais l’accès à la terre pour les rizières ne l’est pas! C’est Ajish Varghese, notre hôte au Backwater Breeze qui m’a expliqué comment l’homme est intervenu il y a de cela plusieurs centaines d’années pour développer plus de terres de culture pour la population. Un grand projet a ceinturé et divisé les abords du grand lac Vembanad en petites sections pour en retirer l’eau afin d’avoir accès aux terres jusqu’alors inondées. J’imagine que la profondeur de l’eau n’était pas si grande pour que le projet fonctionne!

Aujourd’hui, lorsque nous nous promenons sur les canaux, le niveau de l’eau sur lequel nous navigons est surélevé de plusieurs mètres au dessus des rizières. Un jour en passant en bateau nous avons eu la chance de voir comment les eaux des rizières sont retirées avant les plantations.

Cela donne un paysage magnifique! Les canaux sont bordés de petits sentiers ou de routes justes assez larges pour laisser passer une petite voiture. Une rangée de cocotiers et de petites maisons séparent les champs de riz et les canaux alors qu’une clairière inattendue nous laisse entrevoir de magnifiques étendues vertes où travaillent plusieurs personnes souvent sous un soleil ardent.

Un jour alors que je faisais remarquer à Ajish que les eaux des canaux sont tellement plus propres que celles de Cochin, il m’a expliqué que les autorités de la région ont installė des cloisons sous certains ponts de la région pour empêcher les eaux de la mer d’entrer dans les backwaters des environs. Les rizières sont alors assurées d’un apport d’eau fraîche qui provient de la pluie ou du lac Vembanad. Dans le cas où une sécheresse se ferait sentir, il suffirait d’ouvrir les vannes pour irriguer le tout!

Pour moi, les rizières de la région de Kumarakom et de Kottayam sont parmi  les plus belles que je n’ai vu jusqu’ici!