Les yeux de Orchha

Orchha, un village tranquille du Madhya Pradesh, blotti dans un immense site archéologique avec deux palais, des mausolées et plusieurs temples…vestiges des temps anciens. Bien loin de l’agitation et des sollicitations de Khajuraho. Une toute petite ville toute simple. D’un autre âge, d’une autre culture.

Notre premier repas à Orchha est inoubliable. Il fait plus doux en cette fin d’après-midi et nous choisissons un resto avec une terrasse sur le toit, juste devant les châteaux. Un bonheur pour les yeux. Après une longue attente, nos plats sont enfin déposés devant nous. Les odeurs qu’ils dégagent ravissent nos estomacs affamés. Notre petit-déjeuner pris très tôt avant le départ du train de Khajuraho est bien loin déjà. Un dal de lentilles jaunes, un aloo gobi et des pains naan! Des plats juste assez épicés…

Du coin de l’œil, je vois passer de grands singes un peu plus loin et me lève pour m’assurer qu’ils ne viennent pas vers nous. Mais non, ils partent dans une autre direction. Nous continuons notre repas, mieux vaut manger tandis que tout est encore chaud. C’est tellement bon!

Tout à coup, je sens une présence à côté de moi. Des grands singes se servent à même nos naans! Celui qui est le plus près de moi dépasse la table à partir du torse. Juste à la bonne hauteur pour se servir confortablement. Ses yeux à la hauteur de mes yeux. Je hurle. De peur, bien sûr mais aussi de colère de me faire piquer un repas si attendu! Sans réfléchir, je me lève et les intrus reculent. Le renfort arrive. Mes cris ont alerté les serveurs qui chassent prestement les gourmands. Tout se déroule tellement vite que mon amoureux n’a pas le temps de se lever. Lui qui est toujours prêt à me protéger!

Nous avons droit à de nouveaux naans, les autres plats n’ont pas été touchés et nous terminons notre festin sous l’œil attentif des serveurs, munitions en main pour éloigner les intrus. Le cuisinier raconte que les singes tentent souvent de le rejoindre dans sa cuisine. Il ne veut pas utiliser des pierres alors il leur lance ce qu’il a sous la main. Parfois des tomates, des patates…cette fois-ci c’est avec des petits oignons rouges que la chasse s’effectue. Et je doute que les primates apprécient…

Les deux palais de Orchha valent bien le détour. Datant du 16e et du 17ème siècles, ils sont encore impressionnants avec leurs portes en arcades et leurs cours intérieures. L’un des deux, le Jahangir Mahal, aurait été construit en l’honneur de Jahagir, un empereur Moghul, par son ami de très longue date, Veer Singh Deo. On raconte que l’empereur n’y aurait séjourné qu’une seule fois. Incroyable dépense d’argent, de temps et de matière première mais un vrai régal pour les yeux. Une véritable incursion au pays des mille et une nuits

 

Tout à côté, le Raja Mahal est encore plus finement ciselé. Encore aujourd’hui, il est possible d’admirer les peintures qui recouvrent les murs de certaines pièces, peu exposées à la lumière. Les portes de ces chambres sont fermées mais les gardiens ne se font pas prier pour les ouvrir. Imaginez pendant quelques minutes cette construction de cinq étages d’un côté et de quatre de l’autre, ses terrasses couvertes de tapis et de coussins. Les murs des pièces intérieures couverts de scènes impliquant Lord Rama, Khrisna tandis que d’autres représentent la vie quotidienne de l’époque. Un voyage dans le temps!

Les sites archéologiques sont disséminés dans la ville et nous devons nous déplacer à travers les petites rues pour les visiter. Nous adorons bien sûr ces escapades pédestres. Mais à certains moments, je me sens mal à l’aise. À plusieurs endroits, selon les habitudes d’ici, les hommes se regroupent sur le bord de la rue pour discuter, assis en demi-cercle pour déguster un tchaï. Du coin de l’œil, je vois souvent un de ces hommes donner un coup de coude à ses amis en m’apercevant. Les autres se retournent et m’examinent alors intensément lors de notre passage. Ils baissent à peine le regard lorsque je les regarde. Aucunement timide, je suis habituée à me faire regarder en voyage. C’est normal, je ne suis pas chez moi. Blanche avec les yeux bleus, portant des vêtements différents, je puis comprendre que cela attire l’attention. Mais habituellement un sourire finit par détendre l’atmosphère et les salutations fusent. Pas ici. Je ne me sens pas en danger, juste scrutée intensément, dans un lourd silence. Sans gêne, ni respect. Lors d’un repas, je questionne notre cuisinier-chasseur-de-singes et il explique que l’intention de ces gens n’est pas d’être déplacés. Leurs actes découlent d’une simple curiosité qu’ils ne pensent même pas à dissimuler. Il s’agit souvent de gens qui ont peu vu de touristes. Je comprend mieux. D’autres femmes touristes m’ont confirmé que cela leur arrive aussi. Mais parfois c’est trop et mon amoureux se fâche par un bel après-midi alors qu’un groupe d’adolescents me regarde intensément, debout juste devant moi, assez près pour me toucher. Occupée à lire dans notre guide de voyage, j’ignore les intrus. Mais je ne pourrais faire un seul pas tant ils sont proches! Et « sir » Robert fait une colère et les chasse protégeant ainsi sa princesse.

Le lendemain, la visite du palais de Datia, le Birsingh Deo, s’avère aussi passionnante que celle des palais de Orchha. Nous sommes pratiquement seuls pour visiter l’ancienne résidence du maharaja. Il a plusieurs étages et même si j’ai le vertige, je ne veux rien manquer. Les quartiers du maharaja sont situés au centre du palais et sont répartis sur sept étages.

À la fin de la visite, le guide nous demande si nous voulons rester un peu pour jouir un peu plus longtemps de la vue du troisième étage. Nous acceptons et j’en profite pour prendre des photos. Robert pour explorer davantage. Au moment de redescendre, nous cherchons l’escalier. Totalement intéressés par les propos de notre guide, nous n’avons pas prêté attention. D’autant plus que les marches sont toutes dissimulées derrière un mur et qu’il est bien difficile de reconnaître l’escalier par lequel nous sommes montés. Il y a bien plusieurs descentes mais celles que nous empruntons sont verrouillées à l’étage du bas et il nous faut remonter. Nous finissons par retrouver notre chemin à l’aide des jeunes des environs qui se promènent par là. Quelle aventure!

En fin d’après-midi, alors que nous marchons à travers le marché de Orchha, l’attention de mon amoureux est attirée par un bel étalage de biscuits colorés disposés en pyramide dans une boutique située tout juste en bordure de la rue. Vous connaissez la passion de cet homme pour ces desserts, aussi bons pour les yeux que pour le palais. Il s’approche tranquillement pour mieux voir alors qu’une vache s’approche elle aussi, venue d’un autre côté. Assis devant sa propre boutique, un marchand de l’étal voisin, lève les yeux de son journal et aperçoit la vache qui s’approche de plus en plus. Il crie à son voisin qui accourt aussitôt de l’arrière de son magasin pour protéger sa marchandise. Il arrive tout juste après que la vache ait humé les pâtisseries et risqué un grand coup de langue. Il chasse l’intruse sans trop de ménagements. Le marchand replace tranquillement ses pâtisseries sous l’œil dégouté de mon amoureux…Pas de pâtisserie pour lui…la vache est arrivée première!

Notre séjour à Orchha est teinté d’expériences diverses. Ce soir nous soupons à notre resto préféré, mais à l’intérieur cette fois-ci pour éviter nos amis les singes. Cet endroit calme où les clients discutent tranquillement se transforme presque instantanément à l’arrivée de trois touristes qui se mettent à faire un vacarme assourdissant. Ils discutent fort et rient à gorge déployée. Ils ont trouvé le moyen d’avoir une bouteille de vin, une denrée rare à Orchha. L’alcool n’y est pas vendue ouvertement. En soit, il n’y a pas de mal à boire du vin et celui-ci provient Sula, un vignoble près de Nasik. Nous y avons fait un saut l’an dernier. Le vin est délicieux. Mais ce soir, le ton monte rapidement jusqu’à ce que le trio fasse un appel avec leur tablette électronique. Ils parlent tellement fort que plus personne ne s’entend parler. Ils crient et doivent répéter car leur interlocuteur ne semble pas comprendre. Robert leur demande poliment de baisser la voix. Mais il s’attire des refus et des insultes suivies d’une invitation à sortir du resto s’il n’est pas content. À notre grande surprise d’autres clients parlent leur langue et il s’ensuit une engueulade bien sentie. Un italien n’a pas apprécié les insultes que Robert a récoltées, il le dit haut et fort. Un autre couple vient à la rescousse. Tous sont dérangés par le trio et outrés de leur comportement. Mais rien n’y fait. Les serveurs découragés ne savent plus quoi faire. Ils appellent leur patron à leur secours. Une des femmes du bruyant trio se met à m’imiter lorsque je discute avec le serveur au sujet du plat qu’il vient de me servir. Je la regarde mais je ne dis rien et ne lui accorde aucune autre attention. Cela ne vaut pas la peine. Et cela ne mènera à rien. Si deux couples d’Italiens n’ont pas réussi à les arrêter, mieux vaut lâcher prise. Heureusement le patron arrive et se rend à la table du trio maléfique qui quitte le resto non pas sans avoir passé des commentaires désobligeants sur les plats qui leur ont été servis. Ouf! Nous avons droit à des excuses du patron et des employés. Mon amoureux fulmine, avec raison. Moi je me dis que la vie s’occupera bien d’eux. Mais cette aventure nous a quand même un peu secoués. C’est si loin de nos valeurs.

Au déjeuner, le lendemain matin, le cuisinier-chasseur-de-singes nous raconte que ces gens de la veille ne seront plus admis au resto et il avoue son impuissance. « Je sais comment agir quand il s’agit de gens de mon pays, mais hier soir c’étaient des étrangers, personne ne savait quoi faire… ». Mais bon, cette aventure nous a liés avec ce courageux Italien venu à la rescousse de Robert. Il a gagné mon respect pour la vie. Ainsi que sa douce Roberta, aussi ahurie que moi de voir son amoureux habituellement calme devenir si furieux! Espérons que nous pourrons nous revoir. En Italie ou au Québec. Nous allons certainement garder le contact.

Notre séjour à Orchha a été vraiment riche en aventures et en belles rencontres. Il y a aussi Marie et Patrice, rencontrés à notre hôtel pour une période trop courte. Nous gardons aussi le contact.

Avant notre départ, mon amoureux a bénéficié d’une coupe de cheveux qui s’avérait absolument nécessaire depuis un bon moment. Il a trouvé son compte chez un barbier installé dans un minuscule abri au bord de la route avec en plus, un bon rasage et de massage de tête. Il en est ressorti tout beau, tout frais.

Nous partons pour Gwalior par un bel après-midi en laissant une ville qui nous a fait passer par toutes les émotions. Heureusement, celles qui demeurent sont le souvenir des magnifiques palais et de belles personnes dont nous garderons un excellent souvenir.

Les toits de Varanasi

Varanasi, notre deuxième séjour dans cette ville que nous aimons sans l’aimer. Même si nous avons apprécié notre première visite il y a quelques années, un retour à Varanasi ne faisait pas partie de nos projets. Mais en raison de sa proximité du site archéologique de Sarnath, la décision de s’y arrêter s’est prise toute seule. Après son illumination à Bodh Gayá, d’où nous arrivons, Lord Buddha se serait dirigé vers la région de Sarnath et il y aurait prononcé son premier sermon. Une étape importante dans l’histoire du Bouddhisme.

Lors de notre premier séjour à Varanasi, la magie avait mis beaucoup de temps à s’installer. Il avait fallu que nous déménagions dans un hôtel sur le bord du Gange pour ressentir enfin le côté mystique de cette vieille cité. Pourquoi? Parce que Varanasi a un autre visage. Celui qui se développe lorsque des touristes sont regroupés au même endroit. Lorsque l’appât du gain devient prédominant. Lorsque l’autre n’est plus une personne mais une occasion de faire de l’argent. Lorsque les gens sont si nombreux à offrir le même service qu’il faut se démarquer, faire plus de bruit que les autres pour gagner sa vie. Mais certains choisissent un chemin particulier…un chemin qui rend Varanasi difficile à aimer. Les sollicitations qui ne finissent plus, le long de rues extrêmement sales avec une circulation…indescriptible.

Et pourtant, Varanasi a beaucoup plus à offrir. Et c’est à la découverte de ces moments que nous partons avec notre caméra. Pas de projet, pas d’itinéraire. Juste suivre les ruelles qui s’ouvrent devant nous aussitôt que nous quittons la rue principale du marché.

Notre première randonnée nous mène le long des ghats, ces escaliers qui longent le Gange. Chacun des ghats porte un nom différent selon sa vocation. Ils se succèdent pour devenir de longues promenades bâties entre le fleuve sacré et de grands édifices érigés il y a plusieurs siècles. Ces gigantesques constructions arborent un air d’un autre âge, un peu perdues dans le brouillard et dans la fumée qui flotte dans l’air. Varanasi dégage sa propre odeur. Je l’ai reconnue dès mon arrivée. J’avais oublié.

Les  vaches sont omniprésentes, même dans les escaliers abrupts. C’est à se demander comment elles arrivent à s’y engager! Aujourd’hui, des enfants essaient de jouer au criquet sur l’une des places plus dégagée mais un troupeau de vaches les entoure soudain. Curieux, nous observons comment les gamins s’en sortent. Les vaches sont traitées avec des attentions particulières ici. Mais les jeunes repoussent les intruses une à une, doucement et continuent leur joute comme si de rien n’était. Quant à nous, nous continuons notre chemin en regardant où l’on met les pieds. Ces coquines laissent des traces odorantes dans lesquelles mieux vaut ne pas mettre les pieds.

Inlassablement, nous refusons les offres pour une balade en bateau. Nous en avons déjà fait l’expérience et je dois vous dire qu’une excursion sur le fleuve sacré soit au lever du jour ou au coucher du soleil nous ramène à une autre époque. Une aventure inoubliable. Je crois que c’est à ce moment que j’ai ressenti le mieux l’âge et la sagesse de cette vieille cité. Aujourd’hui encore, à toute heure du jour, les propriétaires de barques emplissent leur bateau de fervents pour aller déposer des pujas à l’intention de Ganga, la déesse-fleuve. Des centaines d’oiseaux les suivent afin de profiter de ces offrandes. Lors du coucher du soleil, les embarcations laissent derrière eux une traînée de fleurs et de petites chandelles allumées. C’est très joli.

Jour après jour, le soir venu, de grandes cérémonies se tiennent sur le ghat Dasashwamedh. Il est possible d’y assister soit à partir d’une barque accostée au bord du fleuve soit assis directement sur le ghat. Des milliers de pèlerins y assistent, entassés les uns sur les autres, installés sur des plateformes prévues à cet effet. L’ambiance n’a pas sa pareille et l’énergie qui y circule est difficile à décrire. Tant de personnes rassemblées avec la même ferveur. C’est très émouvant et c’est avec le sourire que nous invoquons ces beaux souvenirs.

Plus loin, des baigneurs viennent de loin pour se purifier dans l’eau qu’ils considèrent sacrée. Malgré la pollution bien documentée. Des familles entières bien souvent. Ils arrivent en groupe, avec leurs vêtements secs, leur contenant vide pour ramener l’eau du Gange et souvent, leur repas pour casser la croûte assis sur le ghat avant de repartir. Purifiés.

En plus des gens qui se baignent et d’autres qui font leur toilette, le fleuve sert aussi pour la lessive. En effet, sur plusieurs ghats, chaque matin, les vêtements sont lavés. Ceux-ci sont alors savonnés et rincés dans l’eau du Gange. Ils sont étendus par la suite sur de grandes surfaces de pierre pour le séchage, offrant au promeneur une vue sur un carousel de tissus colorés et parfois, sur des vêtements intimes.

Puis il y a les ghats de crémation. Lors de notre visite précédente, il y a quelques années, nous avions vu un fils qui s’assurait que les derniers rites soient exécutés pour sa mère. Je ne voulais pas assister à une crémation mais puisque qu’une cérémonie se tenait au moment de notre passage, nous avons pris le temps d’observer. J’ai été impressionnée par le côté solennel de la cérémonie. Nous avons quitté après quelques minutes. Cette fois-ci, nous passons notre chemin.

Nous logeons près du grand marché à quelques minutes de marche des ghats. Au bout d’une petite allée, derrière une haute clôture de métal, se cache un très joli guest house tout blanc. Le Shree Ganesha. Impossible d’imaginer qu’une si jolie demeure se loge derrière ces maisons à l’aspect délabré qui bordent la rue. Les chambres sont très propres et la nôtre donne sur une petite place avec des tables et des chaises. Un vrai havre de paix à l’abri de la circulation intense de la rue! Déjà que les déplacements à pied sont difficiles, ils sont compliqués par le passage des dévots qui se rendent au Gange et des promeneurs qui sillonnent le grand marché tout près. Les propriétaires des boutiques et des petits commerces lancent sans cesse des invitations inopportunes et incessantes. Ils ne s’arrêtent que pour déguster leur tchaï, rassemblés en groupe devant une boutique. Leur précieux liquide versé dans une petite tasse de terre cuite à usage unique. Jetée par la suite.  Sur le bord de la rue. Aussitôt la pause terminée, ils se remettent à nous inviter à visiter leur commerce. Avec insistance s’il vous plaît. Une litanie sans fin.

À Varanasi, il y a deux sortes de rickshaws. Les auto-rickshaws et les autres, tirés par un homme en vélo. C’est surprenant de voir le nombre de personnes qui peuvent monter en même temps dans ces véhicules! Et comment les chauffeurs peuvent se frayer un chemin partout, à des endroits où l’on s’imagine que c’est impossible. Comme passager, la route est déjà passablement cahoteuse dans les rues encombrées. Mais comme piéton, les rickshaws sont des armes redoutables. Mieux vaut se ranger à leur passage. Bien entendu, les chauffeurs se cherchent constamment du travail et aussitôt que nous faisons quelques pas dans la rue, ils nous interpellent: « Tuk tuk madam? » « Where are you going sir? » Et ils nous suivent, même si l’on dit non. Peu importe le nombre de fois où nous le disons. La meilleure solution est de ne pas répondre, ce qui nous rend très inconfortables. Dans notre culture c’est très impoli mais un simple « non » entame un échange. Ce n’est pas une bonne idée. Les Indiens eux-mêmes nous suggèrent de continuer notre chemin sans répondre. Cela fonctionne jusqu’à un certain point.

Il nous semble qu’à chaque fois fois que quelqu’un nous adresse la parole ici c’est pour nous inviter à consommer un service. « Voulez vous visiter ma boutique? Juste regarder »…ou une autre offre du genre. Les gourous, bien reconnaissables dans leurs habits orangés, leur visage peint et leurs innombrables colliers, proposent une photo. Mais nous savons qu’ils vont nous demander de l’argent alors ce n’est pas la peine. Une industrie mercantile née de celle de la religion…l’autre visage de Varanasi. Vous l’avez compris, celui que nous aimons moins.

La visite à Sarnath nous offre un bel interlude. Partis en auto-rickshaw, nous profitons de la température plus clémente, il fait plus chaud ici à Varanasi. Une belle journée à se promener à travers les ruines et à rêver des temps anciens. Sans oublier la visite du musée du site, un vrai délice encore une fois!

L’après-midi avant notre départ pour Khajuraho, nous arpentons pour une dernière fois les petites ruelles du marché. Un vrai labyrinthe. Nous croisons des habitants du quartier, visitons quelques boutiques et croisons pas mal de vaches. Et oui, même dans les ruelles d’à peine un mètre de largeur! Nous avons vraiment l’impression qu’il y en a davantage cette fois-ci!

À quelques reprises, nous avons de la difficulté à circuler près de certains temples en raison des interminables files d’attente de fidèles qui attendent patiemment avec leurs offrandes dans les mains. Il y a tellement de temples à Varanasi! Nous en avons visité plusieurs la veille et lors de notre visite il y a plusieurs années. Dans certains temples, plus réputés donc plus achalandés, il faut être déterminés pour se frayer un chemin afin de jeter un coup d’œil. Les gens se poussent pour avoir accès au petit autel dressé pour la divinité et déposer leur puja. Près de ces temples, des policiers armés de fusils surveillent la situation. Particulièrement où il y a de longues files d’attente. Il y a des tensions religieuses à Varanasi. Beaucoup de tensions. Et une bousculade se déclenche vite!. En souriant, nous passons à côté de ces fidèles qui nous regardent avec beaucoup de curiosité.

Mais c’est du haut d’un toit que nous disons au revoir à Varanasi. L’endroit où nous retrouvons des moments paisibles. Où nous aimons prendre nos repas. Écouter la musique qui vient d’une maison voisine. C’est là que nous avons une autre vision de la ville. Des vêtements de toutes les couleurs qui sèchent sur les balcons et des cerfs-volants des enfants qui flottent dans l’air en émettant un léger sifflement. Les grands édifices au loin, les barques sur le Gange. Des maisons plus propres et mieux aménagées que ce que notre vue à partir de la rue nous laisse entrevoir, les clameurs de la vie en bas…

Nous garderons un bon souvenir de Varanasi malgré tous ses enquiquinements. Mais deux fois est suffisant pour nous. Est-ce que nous recommandons d’éviter cette ville? Jamais. La visite en vaut la peine. Mais regardez où vous mettez les pieds.

Bodh Gaya

Bodh Gaya, un village construit près de l’emplacement où Lord Bouddha a eu son illumination suite à une longue méditation sous un arbre appelé Boddhi. L’endroit est devenu un site de pèlerinage et l’empereur bouddhiste Ashoka y a fait ériger le temple Mahabodhi quelques 250 années plus tard. C’est notre prochaine destination après Kolkata.

Nous prenons le train de nuit.

Ce soir, nous partageons un espace de six couchettes. Deux autres lits accommodent deux personnes, le long du couloir. Huit places dans un endroit assez restreint. Mon amoureux et moi aimons les trajets en train car ils offrent de belles occasions de faire des rencontres inoubliables. Cette fois-ci ne fait pas exception. À notre arrivée, un Indien est assis devant nous. Il se rend à Gaya, chez sa belle-famille, pour ramener sa femme, son fils de 5 ans et un bébé de quelques semaines. Un homme charmant avec un bel anglais et de belles manières. Peu avant le départ, un jeune asiatique se joint à nous. Grand, souriant et heureux d’apprendre qu’il est dans le bon wagon et qu’il n’est pas le seul à se rendre à Bodh Gaya, située à plusieurs kilomètres plus loin que Gaya… Un trajet en rickshaw s’imposera.

Pendant la soirée, alors qu’un vendeur de tchaï fait sa tournée, le jeune homme asiatique demande le prix puis en achète un. Il sort une liasse de roupies et paye sa consommation. Nous le regardons tous avec des yeux ronds. Sortir son argent de cette façon est bien la dernière chose à faire. Une règle élémentaire que n’importe lequel routard connaît bien. Mieux vaut ne pas étaler ses possessions. Notre co-locataire indien lui explique de ne pas se comporter ainsi. Mais le jeune homme comprend très peu l’anglais et le parle encore moins. Peine perdue. Questionné sur ses projets à Bodh Gaya, il balbutie quelques mots en anglais. Il y restera une seule nuit et je pense qu’il n’a pas d’hôtel. Il a l’air un peu perdu et pas très organisé. L’homme indien a les yeux de plus en plus inquiets. Finalement, le jeune asiatique sort son cellulaire et les deux hommes discutent à l’aide d’un traducteur. Le calme revient.

Je commence à aimer ce grand asiatique qui, malgré son air naïf, a la technologie de son côté et sait comment l’utiliser. Nous préparons les couchettes et après nous avoir salué très poliment, le jeune homme gagne celle qui lui est réservée, au dessus de celle de Robert et de la mienne. Au moment de fermer la lumière, l’homme indien nous dit: « Je suis inquiet pour lui » en indiquant le jeune homme endormi sur la couchette du haut.

Plus la nuit s’installe, plus l’air se rafraîchit. Nous sommes dans un « sleeping class », la classe la moins luxueuse. C’est tout ce qui nous restait lors de l’achat des billets. Les fenêtres ne ferment pas juste et le vent s’infiltre. Les habitués ont d’épaisses couvertures avec eux. Pas nous. Pourtant, nous avions prévu une température froide sur le train, mais pas à ce point. Malgré nos vêtements les plus chauds, le froid nous glace jusqu’aux os. En pleine nuit nous ouvrons nos bagages pour ajouter des couches de vêtements. Puis, nous quittons nos couchettes respectives pour nous blottir l’un contre l’autre et garder ainsi notre chaleur. Jusqu’au petit matin.

Les trains en Inde n’annoncent pas le nom des gares où ils entrent, alors il faut être vigilants. Dans le cas d’un train de nuit, mieux vaut mettre une sonnerie pour se réveiller avant l’arrivée prévue. Histoire de se préparer et de rassembler les bagages. Et surtout d’arrêter à la bonne gare. Ce matin, notre train a plusieurs heures de retard, c’est encore un peu plus compliqué car l’heure prévue de l’arrivée du train ne sert plus de repère. Notre compagnon indien connaît déjà le trajet et essaie lui aussi d’évaluer le temps qui nous reste avant de descendre.

Le jeune asiatique se lève à son tour. Mais encore une fois, il fait sourciller notre co-locataire indien avec son peu d’anglais et son allure un peu perdue. Celui-ci essaie de lui expliquer de ne pas acheter ses billets de train dans une agence à Bodh Gaya. Ce sage Indien ne semble vraiment pas faire confiance aux commerçants de cette ville. En souriant, Robert et moi écoutons ses recommandations sur les règles de sécurité. Il s’inquiète au sujet de notre compagnon asiatique. J’avoue que celui-ci semble être une proie facile. Jusqu’au moment où il sort son cellulaire, consulte son GPS et nous informe que nous sommes presque arrivés. Il se lève et rassemble ses affaires sous l’œil éberlué de notre compagnon indien!

À l’extérieur de la gare, l’Indien négocie le prix du rickshaw, monte avec nous ainsi que notre nouvel ami asiatique. Arrivé à destination, avant de descendre alors que nous continuons notre route, il nous demande par signe d’aider notre jeune compagnon. Nous acquiesçons même si je crois que le jeune homme sait très bien se débrouiller seul. Il est arrivé jusqu’ici, non?

Le trajet en rickshaw entre Gaya et Bodh Gaya, nous expose au vent frais du petit matin et nous arrivons à destination complètement frigorifiés. Au moment de payer le chauffeur de rickshaw, notre compagnon de fortune sort sa liasse de billets pour payer sa part et je ne réussis pas à lui faire comprendre que c’est dangereux de montrer son argent ainsi. Je laisse tomber, il ne comprend pas mon intervention. Comme si rien de mal pouvait lui arriver. J’aime de plus en plus ce jeune homme.

Heureusement, malgré notre arrivée hâtive, le personnel de l’hôtel nous laisse une chambre avec un chauffage d’appoint en surcroît. Nous laissons notre jeune ami régler son séjour à l’hôtel jusqu’à ce que personnel de la réception nous appelle. Sans réservation, la chambre doit être payée d’avance, c’est normal. Entre l’anglais boiteux du personnel de l’hôtel et celui presque inexistant de notre compagnon de fortune…je comprends que la discussion soit difficile. Je réussis à expliquer au jeune homme ce qui est attendu de lui, fait « Ahhhhh! » et heureux, il sort sa liasse de billets. Je l’adore.

Affamés, Robert et moi allons déjeuner. Après un bon repas chaud, nous sommes d’attaque pour profiter de la journée qui commence.  L’hôtel est situé un peu à l’extérieur de la ville mais des rickshaws collectifs font la navette régulièrement vers Bodh Gaya. Cela sera notre moyen de transport pour la durée de notre séjour.

Ce petit village, habituellement tranquille, devient un lieu de pèlerinage entre octobre et mars. Des familles complètes, des moines et quelques rares touristes, comme nous, viennent se recueillir au temple. Le Dalaï Lama y séjourne à l’occasion. Des temples boudhistes de plusieurs pays tel que la Thaïlande, le Tibet, le Bhoutan, le Japon, le Sri Lanka et la Birmanie sont construits un peu partout dans la ville. Ils lui donnent un air cosmopolite. Les rues les plus achalandées sont bordées d’étals de toutes sortes. Mais malgré cet aspect très mercantile de la cité et sa vie très animée pendant le jour, une atmosphère de recueillement règne un peu partout. Aujourd’hui, c’est l’exploration de cette petite ville qui nous intéresse.

En après-midi, un grand jeune homme m’interpelle avec un grand sourire. C’est notre ami asiatique. Il sort ses billets de train, heureux de son achat. Il me les montre, il n’a pas payé trop cher. Heureux, il a un sourire extraordinaire. Définitivement, j’aime ce jeune homme. Il ne faut pas se fier aux apparences, je suis sûre qu’il s’en sortira très bien.

Il fait froid en cette période de l’année. Tous portent des vêtements très chauds sauf pendant une heure ou deux l’après-midi alors que le soleil réussit à réchauffer l’atmosphère. Nous profitons de cette période la plus chaude pour visiter le temple Mahabodhi avec son Bouddha aux cheveux bleus. Entrés dans le temple pour nous recueillir avec d’autres pèlerins, nous observons un moine changer les vêtements de l’énorme Bouddha assis derrière une vitre. Cette cérémonie est accomplie plusieurs fois par jours.

L’arbre sacré, le Boddhi, est toujours derrière le temple, soutenu par des étais. Il est protégé par une grande clôture recouverte de guirlandes de fleurs. Des pèlerins s’assoient près de l’arbre pour méditer tandis que d’autres marchent sans interruption autour du temple en récitant des prières. L’énergie dégagée est palpable.

Par la suite, de longues marches dans les jardins autour du temple et près du ghat avec des milliers de pèlerins nous plongent dans une atmosphère inoubliable. Un grand évènement collectif avec des gens venus de tous les coins du pays pour se recueillir. À chaque visite d’un temple, Robert et moi sommes émerveillés par la ferveur des gens croyants. Aujourd’hui, à plus d’une reprise, mon regard est attiré par le visage paisible d’un moine plongé dans sa méditation.

En fin d’après-midi, nous entrons nous réchauffer et déguster un bon café dans un minuscule restaurant. Il sert un café digne de ce nom. Quel bonheur!

Quelques jours plus tard, satisfaits de notre visite à Bodh Gaya, Robert et moi reprenons notre route. Cette fois-ci, nous prenons un train de jour vers Varanasi. Il fera plus chaud et d’autres découvertes nous attendent.

Une marche dans Kolkata

 

Nous sommes en Inde. À Kolkata, pour être plus précis.

Aujourd’hui, nous allons au marché aux fleurs, à pied et vous venez avec nous.

Robert a programmé le trajet sur son IPhone à partir de l’application Google Maps. Une fois le trajet enregistré, il peut le consulter hors ligne. Le GPS de l’appareil indique notre situation par un petit point bleu qui nous suit dans nos déplacements. Nous connaissons toujours notre position. Ne vous inquiétez pas, impossible de se perdre. Pas longtemps du moins.

Il fait froid aujourd’hui, quelques degrés plus froid que d’habitude à cette date, selon les habitants de Kolkata. Les femmes se promènent avec de grands châles épais enroulés autour de leurs épaules, par dessus leur sari. Comme d’habitude, les couleurs s’harmonisent parfaitement, peu importe la simplicité du sari. Les hommes portent un manteau et un foulard autour du cou, certains l’ont enroulé autour de leur tête. C’est l’hiver. Par contre, le soleil se montre le bout du nez en cette fin d’avant-midi et devrait nous réchauffer un peu. Nous portons nos chandails les plus chauds. Tout ira bien.

Des itinérants dorment encore, recroquevillés sous une couverture d’une couleur douteuse, couchés à même le sol ou sur des cartons étendus sur le trottoir. Certains, se sont recouverts entièrement et il est bien difficile d’imaginer un être humain blotti sous cet amas de couvertures. Les passants circulent juste à côté sans même jeter un regard. Quant à nous, nous évitons aussi de les regarder, leur laissant ce qui leur reste d’intimité. Le bruit de la circulation environnante et le passage des gens ne semblent pas les déranger. Ils sont habitués. Ils n’ont pas le choix.

La place autour du nouveau marché est curieusement tranquille. Habituellement les rues environnantes sont envahies par les marchands et les promeneurs. Le sol est entièrement couvert de marchandises de toutes les sortes. On peut trouver presque tout ici mais il est extrêmement difficile d’y circuler. Nous évitons habituellement sinon c’est la bousculade assurée ou des sollicitations qui ne finissent plus. Mais aujourd’hui, c’est pratiquement désert. Un homme nous apprend que c’est l’anniversaire d’un militaire important, il a milité pour l’indépendance du pays, en même temps que Gandhi. Plusieurs personnes ont congé et certains commerces sont fermés. En effet, les rues nous apparaissent plus calmes. Mais elles ne sont pas désertes pour autant.

Aussitôt dépassé le marché, un petit carrefour s’ouvre devant nous. Un immense marché à ciel ouvert apparaît, encadré par de hautes maisons. Le genre de marché qui s’installe le temps de le dire sur une espace vide et propose des vêtements, des saris et des châles de toutes les sortes. Les marchands arrivent avec de grandes boîtes le matin et repartent avec leur matériel invendu en fin de journée. C’est le festival des couleurs, des textures et des tissus chatoyants. La place est en pleine effervescence avec les bruits de conversations et les pétarades des motos qui se frayent un chemin à coup de klaxon. Quelle ambiance! Soudain, des femmes avec des bébés dans leurs bras nous abordent pour demander de l’argent, de la nourriture ou du lait. Elles sont insistantes, très insistantes. Une d’entre elles tire sur mon chandail alors que d’autres sollicitent mon attention en criant: « Auntie, auntie! » en espérant que je me retourne. Je résiste en sachant que certaines d’entre elles font partie d’un réseau, que d’autres auraient d’autres solutions que la rue. La présence du marché et d’acheteurs éventuels les a attirés. On nous dit de ne pas leur donner d’argent car cela les maintient dans la rue. J’ai questionné des gens du pays à plusieurs reprises et la réponse est toujours la même. Ne pas donner sauf peut-être aux personnes handicapées ou aux femmes très âgées. Même à eux, c’est impossible de donner à tous. Il y en a tellement! C’est difficile de ne pas se laisser attendrir, surtout quand le bébé nous regarde avec ses grands yeux bruns immensément brillants, les vêtements et les cheveux sales. Les plus vieux ne vont pas à l’école…quelle vie les attend? Un Indien parle aux femmes dans leur langue et à ses gestes je crois qu’il leur demande de nous laisser passer. Venez!

Secoués? Nous le sommes aussi. Je ne me suis jamais habituée. Malgré tous ces mois passés en Inde, j’ai plus de questions que de réponses. À quel soutien ces gens ont-il accès? Malgré toutes mes recherches, les réponses sont nébuleuses. J’ai entendu dire qu’à certains endroits, il y a distribution de nourriture et que plusieurs ONG font du travail sur le terrain. Pour le reste, je n’en sais trop rien et cela m’attriste, comment pouvons nous aider?

Continuons notre chemin. Robert vient de consulter le trajet sur son IPhone, nous sommes sur la bonne route. Mais il faut traverser la rue. De l’autre côté, des motos sont stationnées en rang serré sur le trottoir et il est bien difficile de se frayer un chemin. Elles sont placées si près l’une de l’autre qu’un faux mouvement qui ferait tomber une moto ferait tomber toutes les autres, comme un jeu de domino! C’est un peu le scénario qui m’inquiète à chaque fois que je dois passer entre des motos stationnées en ligne sur le trottoir. Vous connaissez ma maladresse…
Une musique se fait entendre. Allons voir! La musique se fait de plus en plus forte et le chanteur a une jolie voix. Des chaises sont placées devant une estrade.Des enfants se retournent, je leur souris et ils m’envoient la main. D’un signe, ils proposent de nous asseoir. Et bien, allons-y! Robert adore cette musique et le joueur de tabla est excellent. De temps en temps, quelqu’un réalise que nous sommes là et donne un coup de coude à son voisin en nous montrant du menton. Le sourire arrive peu après quand je leur adresse un large sourire. Nous sommes les seuls blancs depuis un bon moment déjà. Ne soyez pas intimidés. Regardez plutôt autour de nous. C’est tout un spectacle d’être assis à ce carrefour avec de grands édifices grisâtres en arrière-plan, le passage incessant des autobus d’un côté, et de l’autre, des livreurs avec un lourd chargement sur la tête. Ce n’est pas tout le monde qui est en congé. Le soleil commence à se faire plus chaud et c’est plus confortable. Le spectacle terminé, Robert serre la main du chanteur et nous reprenons notre route. Suivons-le!

Sur notre droite, un homme et son fils font leur toilette à un point d’eau situé en bordure du trottoir. Bien savonnés, il sont sur le point de se rincer. À l’eau froide. En silence, concentrés sur leur tâche, les yeux baissés. Nous détournons le regard. Ces points d’eau sont pour tous. Les cuisiniers des échoppes sur le trottoir s’en servent pour laver leur vaisselle, sur le côté de la rue. D’autres viennent faire une provision d’eau. Plus loin, des mères lavent leur enfant, une autre nettoie ses pieds et ses sandales de plastique. Cette eau n’est accessible qu’à certaines heures de la journée. Mieux vaut en profiter.

À un autre point d’eau, une femme fait ses ablutions en se cachant avec son sari alors que des hommes déchargent patiemment un camion de sable à l’aide d’une pelle. Ils ne s’occupent pas de la femme même s’ils ont dû se stationner à un mètre d’elle. Quant à la femme, elle continue à se savonner, bien concentrée. Passons notre chemin.

Quel est ce bruit? C’est le tramway qui avance lentement. Il circule dans des quartiers précis et à certaines heures seulement, selon la circulation. Il est bondé. Les passants, les motos et les autos n’ont pas le choix de lui laisser le passage. Sa route est toute tracée, il ne peut en dévier. Il y a de plus en plus de gens dans les rues, la circulation est plus dense, c’est difficile de traverser. Tenons-nous ensemble. Pour les intersections plus importantes, mieux vaut attendre d’être plusieurs avant de mettre le pied dans la rue. Le traffic n’a donc pas le choix de s’arrêter. Mais ça va, ce n’est pas long avant qu’un petit groupe se forme il y a tellement de monde! Attendons un peu.

Vous entendez des bruits de clochettes et des bêlements? Vous ne rêvez pas. Des moutons défilent devant nous. Suivies de leur gardien. En bordure de la rue, entre les vélos et les rickshaws. Un troupeau de moutons dans les rues de Kolkata, en plein après-midi. Je n’ai aucune idée d’où ils viennent, ni où ils vont. Mais je peux vous assurer que cela arrive tous les jours.

Robert consulte de nouveau notre trajet sur son IPhone. Il se met en retrait pour ne pas trop attirer l’attention et je me place devant lui. C’est une précaution que nous prenons partout même à Kolkata, où nous nous sentons en sécurité sur la rue. En plein après-midi particulièrement. Un calme règne malgré le bruit des autos et des motos qui ne cessent de klaxonner. Tout près, une petite famille est assise sur le trottoir, au soleil. Des hommes, des femmes et des enfants dans un arc-en-ciel de couleurs. Un des enfants semble raconter quelque chose et fait de grands gestes. Une des femmes le regarde en souriant, ses yeux pleins d’amour et de fierté. Elle fait des signes complices à l’homme devant elle. L’amour familial à son meilleur.

Des hommes filiformes nous abordent. Ils nous offrent de monter dans leur rickshaw. Ils le tirent avec leurs bras, marchant souvent pieds nus. Robert dit qu’il a y eu de grandes discussions sur leur sort à Kolkata. La décision a été prise de ne plus accepter de nouveaux « pulled rickshaw » mais de permettre seulement à ceux qui avaient déjà leur permis de continuer car c’est leur unique moyen de survie. Jusqu’ici j’ai toujours refusé de monter. Je ne m’en sens pas capable. Pourtant, me rappelle Robert, c’est leur gagne-pain. Nous voyons régulièrement des personnes utiliser leurs services et pas nécessairement des touristes. Et vous? Le feriez-vous? Continuons notre route.

Sur la gauche un homme se fait raser, assis sur un petit banc sur le bord du trottoir. Presque au coin de la rue. Les yeux fermés, il lève le menton avec confiance afin que son barbier puisse le raser avec plus de facilité. Les gestes de celui-ci sont lents et précis. Un moment presque intime entre celui qui a besoin d’un service et celui qui fait son travail de son mieux. Le lieu, les gens qui passent et les bruits environnants ne semblent pas avoir d’importance. Il fait bon sous le soleil d’après-midi.

De chaque côté de la rue des commerces se succèdent. Sur la droite, ceux des tailleurs de pierre. Ils travaillent assis par terre, couverts de poussière, bien concentrés sur leur œuvre. Ils ont beaucoup de talent et leur travail est raffiné. De l’autre côté de la rue, des marchands de chaudrons et de contenants de métal de toutes les sortes attendent leurs clients. Plusieurs d’entre eux lisent leur journal, bien tranquillement. Je m’arrête devant un magasin de paniers et je prends une photo. Robert me sourit, il connaît ma passion pour la vannerie. Un homme est assis devant le commerce voisin. Du regard et d’un signe vers mon appareil photo, je lui demande la permission de le photographier. Il acquiesce d’un hochement de tête et prend la pose. Je le remercie et lui montre la photo. Il sourit. La photo lui plaît. Un peu plus loin des chiens dorment sur le trottoir, étendus au soleil. Rien ne les dérange et ne bougent pas d’un poil à notre passage.

Nous marchons encore, puis Robert regarde de nouveau notre trajet. À l’expression de son visage, je réalise que quelques chose ne va pas. Nous marchons dans la mauvaise direction depuis plusieurs minutes. Intrigués par nos observations, nous avons changé de rue. Je ris…Ce n’est pas grave. Nous arriverons au marché de fleurs un peu plus tard et par un autre chemin. C’est tout.

Le quartier semble de plus en plus pauvre, les rues plus étroites. Il y a moins de commerces sauf des marchands de fruits le long du trottoir ou un peu de cuisine de rue. Nous traversons une voie ferrée et j’arrête, surprise. Un bidonville construit le long de la voie. Tout près. Très près du passage du train. Des maisons en tôle et en carton. Robert prend des photos mais j’en suis incapable…tant de pauvreté. À l’infini.

C’est le visage que nous montre Kolkata. Ces visages de la rue. Tous ces autres passants que nous avons rencontrés ont probablement une vie plus privée, sûrement plus douce. Mais celle-là, nous n’allons que la deviner. Comme un bel appartement derrière une porte entrebâillée.

Nous approchons de la rivière et des ghats. Robert me montre le pont Howrah tout près. Le marché aux fleurs commence sous ce pont. Nous sommes presque à destination, ne vous inquiétez pas. Voyez vous, sans cette erreur de trajet, nous serions arrivés de l’autre côté et nous n’aurions jamais vu le bidonville.

En approchant du pont, des bruits de toutes sortes deviennent de plus en plus intenses et nous apercevons les premiers marchands. Entourés d’un va et vient continu, très dense. J’ai lu que ce marché poursuit ses opérations jour et nuit, que ses fleurs sont distribuées partout au pays. Je le crois volontiers en observant ces hommes qui transportent de grands paniers de fleurs sur leurs têtes. Certains montent l’escalier vers le pont, toujours avec leur chargement sur leur tête. Ils crient quand quelqu’un se place sur leur route et les empêche de passer. Leur charge doit être lourde! D’autres descendent ce même escalier avec d’immenses sacs sur leur tête. Ils les déposent avec fracas aux pieds du marchand destinataire.

Une discussion s’entreprend sur notre droite. Deux femmes crient. L’une fait un signe de main à la vendeuse et fait mine de quitter. Elles se crient à distance. N’ayez pas peur…elles négocient, elles négocient serré mais c’est tout. Un camion se fraye un chemin avec difficulté. Nous devrions aller sur le côté, entre les marchands pour lui laisser de la place.

Je veux monter sur le pont pour voir la scène de plus haut. Vous venez? Oui, je sais, monter l’escalier avec tous ces gens n’est pas une tâche facile mais cela ira. Nous sommes au bout du monde, il faut en profiter. C’est beau non! Regardez! Le marché est si grand vu d’en haut! Derrière nous, un flot incessant de personnes avance sur le trottoir du pont, passant d’une rive à l’autre. Nous sommes en fin d’après-midi et les gens rentrent chez eux. Il est temps pour nous de rentrer aussi car la noirceur arrivera bientôt et nous serons mieux à l’hôtel.

Prenons un taxi, nous avons assez marché aujourd’hui. Les bruits continuels, la circulation dense, la foule, c’est fatigant au début. Et Robert veut aller déguster un bon thali dans le restaurant où nous sommes allés l’autre soir sur Park Street. Venez, vous allez aimer.

Il fait presque nuit lorsque nous arrivons finalement sur Sudder Street, la rue de notre hôtel. Les gens de la rue ont commencé à faire des feux sur le trottoir. Ils se tiennent debout, les mains tendues au dessus des flammes pour se réchauffer les mains. Les chauffeurs de taxi ont mis leur tuque et leur manteau. Les itinérants portent leur couverture sur le dos. La nuit sera fraîche.

Kampot

Après presque trois semaines au Cambodge, nous avons compris que les beautés de ce pays ne sont pas nécessairement où l’on s’attend. Il nous reste plus d’une semaine avant de reprendre l’avion et l’exploration des régions du sud reste à faire. Même si les guides de voyages ne donnent pas des commentaires élogieux sur cette région, nous réservons un hôtel pour quelques jours à Kampot, quitte à allonger notre séjour si la ville est bien. Sinon, un retour anticipé à Phnom Penh demeure une option.

Lors de la recherche d’un hôtel, le Blue Bouddha attire notre attention. Un peu excentré par rapport au centre de la ville, mais puisque Kampot n’est pas très grande, cela ne devrait pas poser de problème. Les commentaires sont positifs et nous réservons quelques nuitées.

L’hôtel est effectivement très, très propre. Accueillant malgré sa grande simplicité. Et surprise, notre hôte parle avec l’accent québécois. Normal, car il vient de la Rive Sud de Montréal!

Comme d’habitude, notre premier réflexe est de louer les services d’un chauffeur de tuk tuk qui nous fera découvrir les environs de Kampot.  À notre rythme. C’est à dire…lentement.

Le chaud soleil, la montagne et une grotte ancienne, la préparation des marais salants pour la saison qui commence sous peu, la plantation de poivre Starling Farm, le lac secret et une longue ballade dans la merveilleuse campagne autour de Kampot. Quelle belle journée!

Nous profitons de la visite de la plantation de poivre pour acheter ce fameux poivre qui fait la réputation de la région. Le poivre frais parfume un plat comme rien d’autre et notre réserve en provenance de la Malaisie est épuisée. Celui de Kampot est certifié biologique et nous avons l’assurance qu’il provient bien de la région. C’est l’occasion idéale. Au marché il y a bien du poivre vendu sous l’appellation « poivre de Kampot » alors qu’il provient principalement du Vietnam. Il est certainement excellent lui aussi mais pas de même qualité alors qu’il est vendu au même prix!

C’est vrai qu’il y a peu à faire à Kampot sauf prendre le temps de vivre. Tout est plus calme ici, la circulation vraiment moins dense et les rues plus larges. Les déplacements à pied s’effectuent plus facilement et les longues marches deviennent possibles. Les couchers de soleil sont mémorables, contemplés confortablement assis sur un banc au bord de la rivière. Un beau petit village pour se reposer.

Notre hôtel n’offre pas encore les services de restauration, ses opérations n’ayant débuté que depuis six mois. Il faut donc se déplacer pour les repas. C’est parfois difficile de trouver un resto qui nous convienne même si les choix ne manquent pas. Les heures d’ouverture et les journées de congé varient d’un restaurant à l’autre alors il faut bien s’organiser! Certains endroits sont toujours bondés. Pour les autres…nous n’osons pas. Ils ne paient pas de mine. La cuisine de rue? Hors de question. Pour confirmer nos appréhensions, lors de notre départ de l’hôtel, un des employés revient d’une hospitalisation de deux jours pour un empoisonnement alimentaire, la prudence reste de mise.

L’hôtel offre des services de buanderie par le biais d’un commerçant de la ville. Un matin, un homme rapporte nos vêtements propres juste au moment où nous passons devant la réception de l’hôtel.  Il nous demande de valider ceux qu’il ramène. Deux morceaux semblent ne pas nous appartenir. Nous confirmons. Deux vêtements manquent donc à l’appel. Parti au pas de course, l’homme revient avec un sac de vêtements en vrac puis nous demande de lui indiquer quels sont les nôtres. Imaginez la scène: Robert et moi, cherchant nos possessions parmi t-shirts, shorts, bas et linge de corps, le tout pêle-mêle. Mal à l’aise, n’osant trop fouiller dans un sac de vêtements qui ne nous appartiennent pas. L’homme prend le sac et amorce le geste de le vider par terre. Robert l’arrête juste à temps. « No! Not on the floor! » Notre hôtelière s’insurge et explique à l’homme de ne pas mettre des vêtements propres par terre au beau milieu de la réception! Outrée, elle déclare que c’est un mauvais service et oblige le commerçant remettre l’argent que nous lui avons versé. Je ne suis pas d’accord car les vêtements sont effectivement propres et ils sentent bon. Je lui en aurais payé la moitié au moins mais je n’ose plus contredire l’hôtelière. C’est elle qui devra continuer à faire des affaires avec ce fournisseur, pas moi. Je ne veux pas qu’elle fasse mauvaise figure et de plus, je vois bien que son idée est faite. Nous finissons par trouver les morceaux manquants et l’homme nous quitte. L’hôtelière est furieuse et nous sommes morts de rire! C’est la première fois qu’une telle chose nous arrive. Mais elle a raison, ce n’est pas acceptable.

Avant de repartir vers Phnom Penh, nous effectuons une petite virée à Kep, une ville située au bord de la mer à 40 minutes de Kampot. Un chauffeur de tuk tuk sera notre guide, il est originaire de la ville, quelle chance! Premier arrêt, le Parc national de Kep aménagé dans la montagne. Nous y restons presque deux heures trente à marcher le long des sentiers avant de rebrousser chemin même si nous aurions bien continué notre exploration. Mais il faut repartir si nous voulons visiter le reste de la ville.


Lorsque la faim se fait sentir, notre chauffeur propose un petit resto sur le bord de la mer. Le choix du repas n’est pas bien difficile à faire…Kep est réputée pour son crabe au poivre vert. En attendant l’arrivée du repas, nous observons la vie autour de nous. Des femmes s’affairent auprès de cages immergées non loin de la rive, j’imagine qu’elles contiennent des crabes. Des enfants s’amusent à faire voler leur cerf-volant… Il fait soleil et une brise vient de la mer. Notre crabe est servi. Quel délice…

Après le repas, nous marchons le long de la plage et le temps dégagé permet de voir l’île au Lapin, située juste en face de la ville.

En fin d’après-midi, nous grimpons jusqu’à un temple un peu isolé, accroché au flanc de la montagne. Le temple est paisible, la vue est superbe et le coucher de soleil à couper le souffle. Il semblerait qu’il est possible d’apercevoir au loin l’Île de Phú Quoc au Vietnam. Nous y avons passé quelques jours avant de traverser au Cambodge. Plusieurs îles se découpent à l’horizon et il est bien difficile d’identifier celle qui nous intéresse. Cela n’a pas vraiment d’importance, nous profitons simplement de cette belle nature.  La vue et le coucher de soleil sont splendides et valent bien la montée.

Pour terminer, nous traversons un village de pêcheurs et nous rentrons alors que le jour s’est couché. Une autre belle journée…

C’est avec un peu de regret que nous quittons Kampot, une ville parfaite pour se reposer. Mais Phnom Penh nous attend, nous prévoyons terminer notre séjour au Cambodge par quelques nuitées à l’Hotel Anise. Un véritable havre de paix.

Kompong Thom

Qu’est-ce qui nous amène dans ce petit village situé à mi-chemin entre Siem Reap et Phnom Penh? Notre insatiable intérêt pour les sites archéologiques bien sûr, jumelé à notre désir de connaître davantage la vie dans un petit village. Le Cambodge nous intrigue et ce n’est pas en suivant uniquement les circuits touristiques que nous en apprendrons plus.

Le choix d’un hôtel nous a pas mal donné une idée de ce qui nous attend. Un patelin avec peu de services pour les touristes. Mais c’est de bonne guerre. Au fil des jours nous comprenons que le Cambodge a peu de sites d’intérêts à offrir et qu’un voyageur peut rapidement en faire le tour. Ce pays a d’autres richesses qu’il faut prendre le temps de découvrir. Nous avons le temps et surtout, le désir de comprendre le mode  de vie de ce petit pays. Il se peut que le confort ne soit pas toujours au rendez-vous!

Notre hôtelière parle le français et se fait un plaisir de nous répondre dans notre langue. Par contre, pour apprendre un peu plus sur la vie Kompong Thom, ce n’est pas elle qui m’aidera. Elle demeure très formelle et peu présente. Elle nous salue poliment, avec un grand sourire et c’est tout.

Aussitôt nos bagages déposés dans notre chambre, nous partons à la recherche d’un chauffeur de tuk tuk qui voudra bien nous amener au Sambor Pre Kuk, le site archéologique qui nous a attiré à Kampong Thom. Les négociations terminées, nous allons prendre une bouchée au seul restaurant recommandable de la ville. Ou presque…

Le restaurant est immense pour une si petite ville. Ce n’est pas surprenant, tous les autobus s’y arrêtent en allant soit vers Siem Reap, soit vers la région de Phnom Penh ou encore plus loin vers le sud. La nourriture y est assez bonne, le service assez courtois mais la propreté laisse à désirer. Mais nous avons appris avec le temps à demander que notre table soit nettoyée. Avec le sourire, cela passe mieux. Les Cambodgiens n’aiment pas être pris en défaut, c’est normal et nous sommes des invités dans leur pays.

Sur le chemin du retour vers notre hôtel, un chauffeur de tuk tuk nous aborde poliment, dans un anglais impeccable. Il propose une visite au site archéologique pour le lendemain. Il est très réservé mais ses yeux s’éteignent lorsque je lui explique que nous avons déjà notre chauffeur. Il est plus de dix heures du soir. Cet homme n’a pas de travail pour le lendemain, son regard déçu restera avec moi longtemps.

Réveillés tôt le lendemain, nous partons pour Sambor Pre Kuk après le petit déjeuner pris au même restaurant que la veille. Je reconnais certains serveurs de la soirée précédente, ils ont l’air un peu endormis et je me demande jusqu’à quelle heure ils ont travaillé. Les heures de travail sont longues ici au Cambodge et parfois le salaire n’est pas au rendez-vous.

Encore une fois, il fait beau et chaud. Nous avons environ une heure de route devant nous. Une belle occasion de découvrir la campagne. Le sourire aux lèvres nous savourons notre voyage.

Sambor Pre Kuk est très ancien, très étendu et disséminé dans la verdure. Nous désirons prendre un guide mais personne n’est libre. Juste au moment où nous débutons notre visite par nous même, notre chauffeur de tuk tuk nous appelle. Quelqu’un vient de se libérer.

Et la visite commence. Pendant presque trois heures, notre guide nous entretient de cette culture Pré-Ankorienne qui date de l’époque du 7e siècle au 9e siècle, jusqu’à ce que le pouvoir soit transféré à Angkor avec l’arrivée d’un nouveau roi. Le site a été revisité par la suite et de nouvelles constructions se sont ajoutées. Par contre, les techniques de construction sont différentes et ces édifices supportent moins bien le passage du temps. Les styles diffèrent et les dieux aussi. Au Cambodge, le Bouddhisme s’est ajouté à l’Hindouisme et il n’est pas rare que les deux religions se retrouvent dans les mêmes lieux.

C’est pour nous un véritable bonheur de découvrir ces petits édifices camouflés dans une belle verdure. Les arbres nous protègent du soleil et la visite se déroule confortablement.

D’entrée de jeu, nous réalisons que le site a été bombardé et que les édifices portent des stigmates de ces batailles. Des Vietnamiens se seraient réfugiés à travers les ruines et des bombardements auraient suivi pour les déloger. Encore une triste page d’histoire pour cette nation qui est considérée comme ayant été la plus bombardée de l’histoire. Jusqu’à maintenant…

Notre guide prend le temps de nous expliquer les enjeux qui menacent les ruines. La déforestation, les gens qui viennent couper les arbres le soir où la nuit,  d’autres qui viennent creuser pour trouver des artéfacts. Sambor Pre Kuk est immense et seulement une partie  a été explorée. Des travaux de réfection sont toujours en cours, parrainés par des pays amis. La cité est en attente d’être reconnu par l’UNESCO. Le processus sera peut-être terminé d’ici deux ans. Est-ce que cela sera suffisant pour protéger ce patrimoine laissé aux habitants de ce pays? Quelles en seront les conséquences pour le personnel déjà en place? Qui sait.

Nous avons aussi une belle discussion avec notre guide au sujet de la vie à la campagne et les enjeux concernant la survie de son peuple. L’importance de l’éducation, son regret de ne pas avoir pu pousser ses études comme il l’aurait souhaité, sa reconnaissance envers ceux qui lui ont donné la chance d’étudier et son désir de transmettre ses connaissances aux jeunes de sa communauté. Il donne de son temps à des élèves afin de leur enseigner l’anglais.

Même si la majorité des gens n’en parlent pas ou ne font que le mentionner, nous constatons que ce pays a été durement touché par les guerres. Ce peuple est travaillant, la population jeune et dynamique. Nous leur souhaitons des jours meilleurs.

Nous remercions chaleureusement notre guide, la visite a été plus longue que prévu, il a été très généreux de son temps. Un petit pourboire lui témoigne de notre gratitude.

Notre chauffeur de tuk tuk nous reçoit avec un « Je vous attends depuis trois heures!  » Bien sûr! Nous lui avions dit la veille, cela faisait partie de la négociation du prix. Mais je crois qu’il ne nous avait pas crus…C’est bien mal connaître notre passion!

Sur le chemin du retour, notre chauffeur s’arrête à une intersection: « Voulez-vous prendre les routes de campagne? » Sans aucune hésitation, nous acceptons. Une heure pour nous promener à travers les petits hameaux, les rizières et les cultures de lotus! Quel bonheur! La campagne est beaucoup plus propre que Kampong Thom et ses alentours. Il existe bien de petits amoncellements de détritus près de certaines habitations, mais ce n’est pas généralisé.

Nous avons appris lors de la discussion avec notre guide du matin que plusieurs membres de la population ont de la difficulté à se nourrir tous les jours. Même lui doit compléter ses revenus par un travail occasionnel dans une rizière. L’état de ses mains nous le confirme. Une chaude lutte non seulement pour nourrir sa famille mais aussi pour éduquer leur enfant et peut-être, de compléter ses propres études. Ce que nous lui souhaitons de tout coeur. C’est à lui et à tous les autres qui travaillent si fort que nos pensées vont en traversant cette verdoyante nature. C’est aussi en souhaitant que l’homme réalise à quel point cette nature est merveilleuse mais qu’il la met à risque en la fragilisant avec ses détritus, en polluant ses cours d’eau et en en décimant ses forêts pour cuisiner. Ou tout simplement pour la vente de son bois précieux.

Nous revenons à notre hôtel, pleins de poussière mais le sourire aux lèvres. Kampong Thom vaut le détour. Nous repartons demain pour Phnom Penh.

Battambang

Battambang, la deuxième plus grande ville au Cambodge.

Nous arrivons par bateau, une randonnée de presque 8 heures dans une embarcation chargée plus que la raison ne le permet. Des dizaines de personnes juchées sur le toit, avec leurs bagages. Sous le soleil brûlant du Cambodge, sans gilet de sauvetage. Heureusement, presque tout le trajet s’effectue dans des canaux peu profonds. Le seul risque est de tomber dans une eau extrêmement polluée et de retrouver nos appareils électroniques dans la boue et l’eau sale. Rien de bien réjouissant. Un voyage où l’inconfort des bancs de bois et la monotonie prennent presque toute la place.

Bien sûr, nous  traversons des villages flottants sur le Tonlé Sap, ce qui demeure très intéressant. Nous observons alors en direct comment se font les transports d’un village à l’autre. En bateau-taxi. Cette fois-ci en utilisant notre rafiot, déjà trop chargé. Une plus petite embarcation amène le passager vers la plus grande. Même stratégie lorsque la destination est atteinte. Le voyageur repart dans une petite barque qui l’attend. Je suis impressionnée de l’agilité de ces passagers qui transfèrent d’une embarcation à l’autre, les bagages à la main sans même l’ombre d’une hésitation.

Au fil des heures, nous observons les changements dans le mode de vie des habitants des rives des canaux menant vers Battambang. Tout d’abord des villages flottants avec leurs épiceries, leurs écoles et leurs maisons, flottant si près du niveau de l’eau que la moindre vague les fait ballotter. Plus loin, des agglomérations de maisons sur pilotis apparaissent, bâties sur les bords de la rivière. Nous naviguons plus bas que le rivage et il m’est impossible de voir les terres avoisinantes, plusieurs mètres plus haut même si parfois la présence de grandes rizières se laisse deviner.

En approchant de Battambang, nous longeons une série de refuges de fortune. Des bâches accrochées sur des supports de bois pour la protection du soleil. C’est tout. Des gens s’affairent autour de leur abri, leur quotidien se passe à l’extérieur. Des enfants jouent ou se baignent à une heure où ils devraient être à l’école…je n’ai pas pris de photo. J’en ai été incapable. Cela fait partie des images que vous ne verrez pas. La pauvreté ne se photographie pas. Par respect.

Nous n’avions pas besoin de cette ballade pour comprendre davantage le Cambodge et je ne la recommande à personne. Et sachez que vous traverseriez une section du Tonlé Sap sans protection et que le bateau serait trop chargé, l’appât du gain des opérateurs défiant toute raison.

Battambang est une ville tranquille avec peu d’attractions. C’est la campagne qui est intéressante. Et c’est ce que nous cherchons à organiser lorsqu’une courte publicité retient notre attention.

Parfois il n’en tient qu’à un entrefilet pour nous mener vers l’aventure. Le Butterflytour.asia en est un bon exemple. Une agence qui offre des tours en vélo hors des sentiers battus? Faire le tour des villages en pédalant, visiter des petites entreprises et discuter avec les gens du pays accompagnés d’un guide qui parle anglais? Intéressant!

Cette organisation embauche des étudiants qui désirent parfaire leur anglais. Aider des jeunes à payer leurs études et apprendre davantage sur le Cambodge…cela nous convient.

Je dois vous avouer tout de suite que la ballade en vélo m’inquiète un peu. Je ne suis pas très habile sur un vélo même si j’en ai fait pas mal il y a plusieurs années. Déjà au Canada je ne suis pas très à l’aise dans une circulation dense. Ici, il y a moins de voitures mais il y a beaucoup de motos et de vélos. Une discussion avec le jeune homme qui nous reçoit à l’agence me rassure, une courte section du trajet se fera dans la ville mais aussitôt que nous atteindrons la campagne, nous suivrons des routes secondaires. Des enfants le font alors pourquoi pas moi? Et le trajet nous intéresse beaucoup. Nous prenons un rendez-vous pour le lendemain après-midi. Un tuk tuk nous prendra à notre hôtel. Une sortie parfaite pour le jour de Noël.

À notre arrivée, notre guide et sa stagiaire précisent l’ordre du jour et nous ajustons nos vélos. Je m’attends à me sentir insécure pour les premières minutes en vélo mais que tout devrait rentrer dans l’ordre aussitôt habituée à ma monture. La circulation m’inquiète plus…mais pas trop quand même. Les casques de vélo sont fournis ainsi que de l’eau, indispensable sous le chaud soleil d’après-midi..

La sortie de la ville est un peu ardue pour moi mais notre guide est extrêmement gentil et me rend la tâche facile. Les premiers kilomètres se font facilement et la chaleur se tolère bien à vélo. Nous passons à travers de petits villages mais je dois avouer que je n’ai pas trop le temps de regarder, toute mon attention est centrée sur la conduite du vélo. Les salutations fusent de partout. Mon amoureux adore le vélo et son sourire ne trompe pas. C’est Noël et la journée est belle.

Au premier arrêt, une petite entreprise de fabrication de papier de riz destiné à cuisiner des rouleaux de printemps. Les membres d’une famille nous attendent pour nous montrer leur savoir-faire.

Mon amoureux en profite pour troquer son casque de sécurité pour son bonnet de père Noël. Avec sa barbe blanche il a vraiment la tête de l’emploi et il s’amuse!

Une des femmes m’offre de participer au processus et de placer les feuilles de riz sur une grille qui sera ensuite exposée au soleil pour le séchage. Après quelques essais j’y arrive sans mal. Il me reste à prendre de la vitesse. Notre guide précise que c’est un travail effectué par les femmes en raison de son aspect routinier. Je fronce un peu les sourcils mais je n’ajoute rien.

À regarder les femmes travailler, je me dis que les mouvements répétitifs doivent quand même laisser des traces sur le corps, surtout quand on voit la quantité impressionnante de feuilles qui sont fabriquées chaque jour! Une famille vit en partie des revenus de ce petit commerce.

Au deuxième arrêt, nous rencontrons une femme qui opère un commerce de bananes séchées. Les petites bananes sont pelées et tranchées dans le sens de la longueur puis étendues sur un grand plateau métallique qui sera placé au soleil pour le séchage. Les tranches de fruits séchés sont ensuite grillées et leur goût devient un peu plus sucré.

Cette famille exploite aussi une rizière et vit dans une maison traditionnelle de bois. Les habitants dorment à l’étage supérieur alors que le rez- de-chaussée demeure sur la terre battue. Nous y retrouvons la cuisine, une table pour les repas, un hamac. Cet espace sert aussi d’entreposage pour les outils et la moto. Il y fait plus frais qu’à l’étage et la famille y passe une grande partie de son temps. Pourquoi les chambres sont-elles à l’étage? En partie pour se protéger des animaux sauvages. Les serpents sont venimeux et les scorpions aussi.

Encore une fois Robert fait rire autour de lui avec son chapeau de père Noël!

Notre hôtesse accepte la prise de photo avec Robert ainsi accoutré mais avec un sourire en coin. Les enfants le regardent avec les yeux ronds…Noël n’est pas une fête connue de tous les Cambodgiens. Ils ne la fêtent pas, même si des décorations de Noël sont visibles partout en ville. C’est pour les touristes. Et pour les quelques expatriés qui vivent au Cambodge.

Nous continuons notre route vers la distillerie de vin de riz. Le travail est terminé pour la journée mais le propriétaire vient quand même nous rencontrer pour  expliquer le processus de fabrication de son alcool. Il veut bien nous montrer l’ensemble des ingrédients qu’il utilise mais les quantités restent secrètes, de même qu’un ingrédient mystérieux qui ferait toute la différence selon lui. Il invite le père Noël à goûter au produit fini, bien sûr!

Nous arrivons près d’une fabrique qui produit une pâte de poisson, l’odeur ne trompe pas et notre guide annonce en riant que cette visite n’a pas besoin de présentation. J’ai beaucoup de respect pour tous ces travailleurs qui gagnent leur vie en travaillant dans cette petite entreprise. L’odeur est difficile à supporter et les conditions d’hygiène déplorables. Malgré tout, nous avons été reçus par des salutations bien senties et de grands sourires. À la fin, personne de notre groupe  n’est fâché de se remettre en route! Même le père Noël! Pourtant il adore les marchés de poisson, vous le savez bien…

La ballade en vélo se poursuit dans les rires et la bonne humeur. Mon amoureux attire partout l’attention avec son chapeau de père Noël et les rires fusent sur notre passage. Les motos ralentissent pour le saluer. Personne ne peut lui résister, son grand sourire heureux a son charme et tout le monde le salue. Quel beau Noël pour nous!

Nous arrêtons chez une famille qui fabrique des nouilles de riz de façon artisanale. La production est aussi terminée pour la journée mais tout le processus nous est expliqué et nous goûtons à une soupe préparée à notre intention avec des nouilles de riz fraîches, attablés au bord de la route.

Nous arrêtons finalement à l’endroit où nous devrions déguster des gâteaux de riz. Nous sommes trop tard. Là aussi c’est terminé. Nous avons mis trop de temps pour notre tournée et la noirceur commence à s’installer. Je demande à notre guide d’appeler un tuk tuk, je suis fatiguée. Pas en raison de la randonnée, elle est facile. Plutôt en raison de la peur qui ne m’a jamais quittée. Toute mon énergie a été concentrée à contrôler mon vélo et je ne me suis pas sentie en sécurité sauf dans les sentiers que nous avons empruntés à l’occasion. D’autant plus que j’ai chuté lors d’un arrêt. Une chute sans conséquence, sauf quelques égratignures et peut-être quelques bleus, mais qui illustre bien mon manque d’habileté. Il fait de plus en plus noir et je sais qu’il est plus sage pour moi de déclarer forfait. Ça va, je m’assume. C’est donc en tuk tuk avec mon vélo que je termine la randonnée alors que les autres nous suivent dans un sprint final.

Est-ce que je recommande cette visite? Sans aucun doute. Le matin de préférence afin que tous les commerces visités soient en opération. Pour la ballade en vélo à travers les villages, les rencontres avec les gens, pour la belle campagne. Robert, et  son sourire ne trompent pas. C’est une journée réussie. Quant à moi, je me remettrai au vélo dès la prochaine occasion. Soyez-en assurés!

Les temples d’Angkor, complètement séduits

Nous prenons un congé des temples pour visiter le Musée national d’Angkor. Une belle balade de 20 minutes à pied à partir de notre hôtel, en longeant une rivière. Le soleil nous accompagne, une brise légère souffle doucement. Tout va bien!

Un musée bien fait, où les informations nous aident à mieux comprendre les civilisations anciennes d’Angkor. Tout ce que nous avons visité depuis notre arrivée fait encore plus de sens. Les explications sont claires et les pièces inspirantes. L’évolution de l’art Khmer et de ses influences du IXe siècle au XIVe,  c’est passionnant!  Nous apprécions notre visite dans cet endroit calme et reposant.

Le seul bémol de la visite? Un groupe de touristes et leur guide,  certainement débarqués d’un immense autobus. Ils sont bruyants, leur guide parle très fort et ils sont envahissants. Les gardiens ne disent rien…les autres visiteurs du musée les regardent d’un air découragé. Heureusement leur présence ne dure pas longtemps, un guide leur fait traverser les salles d’un pas rapide et ne leur donne des explications que pour les pièces les plus importantes. Le calme revient aussi soudainement qu’il nous avait quitté et la fin de la visite se passe bien.

Nous profitons du reste de la journée pour marcher dans Siem Reap et nous reposer un peu. Nous avons loué une chambre dans un hotel bien tenu, situé dans une petite ruelle à l’écart du brouhaha du marché et de l’immense bazaar bondé de restaurants et de boutiques de souvenirs. Nous y sommes très bien. La nourriture Khmer est savoureuse, goûteuse et il est possible de choisir des plats végétariens avec de beaux légumes frais.

Comme cette partie de Siem Reap est très touristique, nous avons droit à des offres de consommation de toutes les sortes. Difficile de marcher dans la rue sans que les chauffeurs de tuk tuk, stationnés aux endroits stratégiques, nous crient: « Hello! Hello! Tuk tuk sir? Madam! You want a tuk tuk? Hello! Hello! Hello! » Ou si nous traversons les boutiques du marché: « Madam, you want something Madam? Hello! Madam! » Ils veulent vendre et feront tout pour cela, c’est leur gagne pain. Nous sommes devenus leur moyen de survie. Si nous ralentissons pour admirer une pièce un peu spéciale, les incitations augmentent en intensité… Il nous arrive chacun notre tour de trouver cela un peu difficile mais nous finissons toujours par en rire.

Aussitôt que nous entrons dans la ruelle conduisant à notre hôtel, le silence revient…jusqu’au lendemain matin où le réceptionniste m’accueille alors que je descends encore l’escalier. « Good morning Madam. Did you sleep well? How was your night? Going for breakfast now? Are you eating next door? You can eat  somewhere else if you want to, no problem! Where are you going today? Where is your husband? » Une vrai usine à questions! Et je l’entends recommencer avec Robert qui suit pas très loin derrière moi! Heureusement, les autres membres du personnel sont plus discrets.

Au troisième jour de la visite des temples d’Angkor, monsieur Kong, notre chauffeur de tuk tuk se présente avec un épais blouson avec un capuchon. Il fait frais et nous avons une heure trente de trajet devant nous. Nous emportons de quoi nous couvrir, la première fois depuis Sapa. Le temps légèrement plus frais se continue depuis quelques jours. Les visites sont assez confortables malgré la chaleur qui s’installe rapidement au cours de la journée. Mais en tuk tuk, le vent est un peu froid et c’est avec nos manteaux que nous débuterons la visite ce matin. Tout au long de la route, de grandes rizières et les étangs de lotus alternent avec de petits bourgs plutôt pauvres et désordonnés. Nous passons de paysages bucoliques à la dure réalité d’un pays où une grande partie de la population est plus pauvre que pauvre. Mais partout, les gens s’affairent sous le soleil qui se réchauffe peu à peu.

Le temple Banteay Srei vaut amplement le détour. C’est le site le plus ancien de ceux que nous avons visités. Je suis heureuse de le découvrir car ce que nous avons lu à son sujet la veille au musée a éveillé ma curiosité. La succession de rois et les influences des artisans, venus de pays avoisinants, ont grandement inspiré les différents styles de construction d’Angkor mais aussi les sculptures et les décorations. Dans toute cette évolution, malgré qu’il soit très ancien,  Banteay Srei propose un style savamment ciselé, tout en subtilités et en détails.

 

Une surprise nous attend à Bantay Srei! Malgré l’éloignement du site, nous croisons un nombre important de groupes de touristes. Et puisque le temple est tout petit, nous sommes entassés les uns sur les autres et il est un peu difficile de rester en place pour observer les détails ou même pour prendre des photos.

 

Je décide donc de lâcher prise, d’essayer de savourer la visite et même de rire de la situation avec un autre couple de touristes qui se sont fait bousculer eux aussi. Mais malgré tout cela, la visite vaut la peine!

 

Notre randonnée à la campagne prévoit un autre arrêt, l’escalade d’une montagne où nous pourrons admirer des belles chutes. Il semblerait que les Cambodgiens aiment bien s’y relaxer. En discutant pendant notre repas du midi, nous décidons plûtot de nous entendre avec monsieur Kong, notre chauffeur, pour retourner au Bayon pour l’admirer de nouveau et au Ta Promh pour terminer notre visite de la veille. Notre visite au musée nous a fait voir les styles de construction avec un autre œil. Nous voulons aussi ressentir encore une fois le charme de nos temples préférés. Nous repartons en fin d’après-midi, rassasiés de nos visites et prêts pour une bonne douche!

Les temples d’Angkor nous ont complètement séduits…

 

Les temples d’Angkor, absolument émerveillés

Le circuit de la deuxième journée aux temples d’Angkor propose la découverte de temples plus connus et plus imposants que ceux de la veille. La tournée commence donc par le célèbre Angkor Wat, un chef d’œuvre de l’architecture Khmer.

Nous apercevons de loin les cinq tours qui coiffent Angkor Wat et en approchant, nous réalisons à quel point elles sont imposantes. Pas étonnant qu’elles soient devenues l’emblème du Cambodge et qu’elles apparaissent sur le drapeau national!

Cet immense temple montagne, au départ hindou puis bouddhiste, est dédié tout d’abord à Vishnu. Le centre du Wat est conçu pour représenter le mont Meru et loge des lieux saints à son sommet. Nous y parvenons par un escalier assez abrupt dont l’accès est contrôlé par des gardiens. Un nombre limité de personnes sont admises à la fois et il faut attendre que d’autres touristes redescendent. Lorsque notre tour arrive, notre habillement est vérifié, nos épaules et nos genoux doivent être couverts pour accéder au sanctuaire. Nous pouvons enfin gravir les marches, notre laisser-passer autour du cou. Tout est paisible en haut et porte au recueillement. Du haut des remparts qui ceinturent le sanctuaire, il est possible d’admirer les environs et les sommets des autres constructions qui surgissent de la forêt au-delà des douves d’Angkor Wat. Une brise légère adoucit les effets du soleil qui commence à chauffer. Le regard de Robert croise le mien…nous sommes privilégiés.

La partie centrale d’Angkor Wat est entourée de grandes galeries rectangulaires. L’une d’entre elles nous impressionne plus particulièrement par ses bas-reliefs qui recouvrent presque tous ses murs, illustrant le Râmâyana et le barattage de la mer de lait, un épisode de la création du monde.  Le travail est d’une telle finesse et fait d’Angkor Wat un véritable bijou archéologique!

Régulièrement Robert nous fait la lecture, toujours assis un peu en retrait. Nous apprenons un peu plus sur la civilisation Khmer et sur les grands rois qui ont construit Angkor. La magie est au rendez-vous.

Mais notre réel coup de coeur nous prend par surprise. En entrant au Bayon, situé exactement au centre de la grande cité Angkor Thom, nous admirons longuement de magnifiques bas-reliefs avant d’entrer dans le labyrinthe de galeries du rez-de-chaussée.

Mais rien ne nous prépare à la vue qui nous attend en grimpant les escaliers qui mènent à l’étage.

Le deuxième étage de la structure est littéralement coiffé d’immenses têtes avec quatre visages qui regardent toutes vers un point cardinal différent. Une nouvelle tête surgit à chaque détour! Elles se découpent fièrement sur le ciel bleu, entourant un troisième étage d’une forme sphérique. Lors de la construction du Bayon, il y en aurait eu 54 en tout, comme le nombre de provinces au Cambodge. À travers les années, cette structure a suscité la curiosité de bien des archéologues. Quant à moi, elle séduit mon imaginaire!

Nous continuons notre périple sous le soleil d’après-midi pour nous retrouver derrière un immense temple que nous venons d’escalader, le Baphuon. Il m’a fallu tout mon courage pour redescendre l’escalier abrupt et mes genoux tremblent encore. Les indications nous amènent en arrière de l’imposante structure vers des panneaux d’information protégés par un toit de palme. Un bouddha devrait attirer notre attention même s’il est endommagé. Rien en vue. Désolés de l’avoir manqué, nous refaisons nos pas en pensée…regardons autour des panneaux…avançons un peu plus loin…rien! Je me retourne vers le Baphuon en me disant que je n’ai pas le courage de remonter. Il est là! Ce majestueux Bouddha mesure 60 mètres et occupe tout le mur arrière du temple! Il est immense. Pas étonnant que l’étage supérieur du temple soit presque inexistant, ils en ont repris les pierres pour construire le Bouddha couché!

Le temple appelé Ta Promh, situé lui aussi dans la cité Angkor Thom, se classe lui aussi au palmarès de nos coups de coeur. Cet endroit a été laissé à lui-même pendant plusieurs années et la nature a repris ses droits. Quel spectacle! De grands fromagers ont élu domicile le long des murs et autour des entrées. Une vrai cité perdue que nous avons l’impression de découvrir!

Avec ses multiples cours et ses galeries, elle ressemble à un immense labyrinthe à l’intérieur duquel il fait bon se perdre.

Si le Bayon a suscité bien des questionnements de la part des archéologues en raison du style de sa construction, Ta Promh quant à lui fait rêver. La lumière est parfaite en cette fin d’après-midi. Nous quittons les lieux à regret, la fin des visites étant arrivée. Mais il  nous reste encore une journée de visite, nous reviendrons!

Nous repartons vers Siem Reap en compagnie de notre chauffeur de tuk tuk, juste le temps de prendre quelques photos supplémentaires et de nous dire que nous avons passé une belle journée.

Les temples d’Angkor, se laisser apprivoiser

 

C’est avec un peu d’appréhension que nous entreprenons la visite des temples d’Angkor. Pourquoi? Bien sûr, voir Angkor fait partie de mes rêves et de mes souhaits depuis un bon moment déjà. Mais nous avons visité tant de beaux sites archéologiques depuis que nous voyageons Robert et moi! Les vieilles pierres et leur histoire nous fascinent. Les travaux des grandes civilisations ne cessent de nous épater. Est-ce que les temples de Angkor seront à la hauteur de ceux d’Ayuthaya en Thaïlande, des ruines du Mexique et de l’Amérique centrale ou des temples à couper le souffle du Tamil Nadu?

Nous décidons cependant de garder l’esprit bien ouvert, d’effectuer nos lectures et de nous laisser bercer par la découverte de ces temples, certains lovés en pleine jungle. Préparés à avoir chaud et à faire les visites parmi une mer de touristes, nous louons les services d’un chauffeur de tuk tuk par le biais de notre hôtel à Siem Reap. Si nous l’aimons, nous le reprendrons les jours suivants.

Le coeur me débat un peu en achetant nos billets pour trois jours. Prévoyant attendre en file, je suis surprise de la rapidité avec laquelle notre photo est prise et le billet imprimé. Monsieur Kong, notre chauffeur, nous prête une petite protection plastifiée pour nos billets. Nous la passons autour de notre cou.  La validité de nos billets sera vérifiée à l’entrée de chacun des temples ainsi que notre habillement qui doit nous recouvrir suffisamment. En effet, plusieurs de ces temples sont toujours utilisés comme lieux de culte. Respect oblige.

Le premier jour, nous visitons de plus petits temples. Nous sommes heureux et reconnaissants de découvrir Angkor mais la magie ne monte que lentement. Angkor prend son temps pour nous apprivoiser. C’est au fil des lectures que nous comprenons que plusieurs temples sont en fait des nécropoles. Pre Rup par exemple.

C’est au dernier temple de la journée, le Preah Khan, que la magie nous emporte. Plus grand, plus majestueux il nous séduit.

La cité abritait un monastère, une université bouddhique et des résidences de villageois tout autour. Les restes des maisons de bois et de bambou ont depuis longtemps disparu mais une bonne partie des constructions de pierre demeurent. Nous pouvons même encore arpenter les couloirs et imaginer la vie à cette époque où presque 100,000 personnes vivaient autour de cette immense cité. Imaginez le nombre de serviteurs requis pour l’entretien!

Même si la plupart des statues ont ėté volées ou placées dans des musées et que la végétation a repris ses droits, Preah Khan est très impressionnante. Des amoncellements de pierres disséminées dans les galeries laissent présager un immense casse-tête pour les travaux qui restent à accomplir.

Nous commençons à mieux connaître cette civilisation et je réalise que les jours de fête, les statues des divinités étaient décorées d’étoffes soyeuses et de bijoux. Assis dans un coin tranquille nous rêvons à toute cette population qui y vivait et les activités qui devaient animer les recoins de cette cité antique. Notre coeur vibre…

En fin de journée, nous observons le coucher de soleil du haut du Phnom Bakhèng en compagnie de plusieurs centaines de personnes. Notre chauffeur de tuk tuk nous a bien guidés. Arrivés tôt, après vingt minutes de marche dans un sentier qui mène au sommet de la montagne, nous n’avons aucune difficulté à obtenir un laisser-passer spécial et à monter la volée d’escaliers pour accéder au temple. Seulement 300 de ces permissions seront délivrées et à notre descente, au coucher du soleil, des centaines de personnes attendent leur tour. Nous remettons notre laisser-passer qui est immédiatement assigné à quelqu’un d’autre. Pour plusieurs d’entre eux il sera trop tard. Encore une fois, nous sommes chanceux. Merci monsieur Kong!

Sur le chemin du retour vers l’hôtel, notre chauffeur pointe de grandes structures en passant. « Tomorrow » dit-il à plusieurs reprises en riant. Il sait comment nous mettre en appétit! Et cela fonctionne. Nous sommes fourbus, les vêtements collés au corps mais heureux d’être à Angkor. La cité antique a gagné notre coeur et nous a apprivoisés.